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La SPNI critique point par point le plan gouvernemental pour le plateau du Golan

La Société pour la protection de la nature en Israël appelle à renforcer les communautés existantes plutôt que d'en créer de nouvelles et demande d'inclure le public dans le projet

Vue aérienne de Gamla sur le plateau du Golan. (Crédit : AVRAMGR, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)
Vue aérienne de Gamla sur le plateau du Golan. (Crédit : AVRAMGR, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

La Société pour la protection de la nature en Israël (SPNI) a fait savoir que le plan gouvernemental, consistant à investir un milliard de shekels pour notamment doubler la population sur le plateau du Golan, présentait de très nombreux problèmes « juridiques, environnementaux, de planification et de représentation publique ».

Pendant une réunion spéciale du cabinet qui s’est tenue dimanche au kibboutz Mevo Hama, sur le plateau du Golan, le Premier ministre Naftali Bennett a annoncé la construction de deux nouveaux quartiers dans la ville de Katzrin, ainsi que la création de deux communautés qui seront appelées Asif et Matar et qui comprendront environ 2 000 logements chacune.

Mais dans une réponse détaillée, la SNPI a annoncé que ce plan allait menacer les paysages, les sources, les cascades et la diversité riche qui attirent tant les Israéliens et les touristes dans cette région où la population est rare.

L’organisation a estimé que le projet de mettre en place trop rapidement une commission de planification pour le plateau du Golan tout entier était légalement douteux – la loi n’autorise de tels comités de planification que dans les secteurs où il n’y a pas du tout d’implantations, a-t-elle noté – et elle s’est irritée de ce qu’aucune disposition n’ait été prise concernant l’inclusion dans ce comité d’un seul représentant de la société civile, sans même parler des organisations de défense de l’environnement.

Les ministres participent à une réunion spéciale du cabinet sur le plateau du Golan, le 26 décembre 2021. (Kobi Gideon/GPO)

La SPNI a suggéré qu’à la place, il fallait qu’un officiel responsable du développement du Golan vienne s’ajouter au comité de planification du district Nord, faisant remarquer que les conseils de district connaissent très bien les secteurs qui sont les leurs et qu’ils savent mieux que les autres ce qui doit être préservé dans la région.

L’idée de créer deux communautés totalement nouvelles – dans un secteur qui a été cartographié par le conseil général comme zone à protéger – n’a aucun sens des points de vue social, environnemental, économique ou de planification, a continué la SNPI, au vu de la nécessité ardente de renforcer les nombreux moshavim et kibboutzim qui existent déjà et en particulier la principale ville qui est aussi le centre de services majeur de la région, Katzrin.

L’État devrait ainsi plutôt utiliser les 12 000 permis de construction de résidence qui existent déjà et qui n’ont jamais été mis en œuvre. 4 500 permis supplémentaires permettent de faire construire à Katzrin seulement.

Le document critique ensuite un immense plan de champ d’énergie solaire dans un secteur appelé la vallée des Larmes – un site où s’était déroulée une bataille cruciale de la guerre de Yom Kippour, en 1973. Un petit groupe d’Israéliens était parvenu à empêcher l’avancée des forces syriennes mais les pertes avaient été très lourdes.

La Vallée des Larmes (Emek Habaha), où Israël a arrêté les Syriens en 1973 pendant la guerre de Kippour. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Cette vallée, a noté la SPNI, est un espace en plein air déterminant qui accueille 19 espèces de mammifères, notamment des gazelles et des loups.

Elle a recommandé à la place une campagne d’économie de l’électricité ainsi que l’installation de panneaux solaires sur les maisons, avec des solutions de stockage de l’énergie pour permettre aux communautés de s’approvisionner elles-mêmes en électricité.

Pour des raisons esthétiques et pour protéger les oiseaux, l’association a aussi demandé que les lignes à haute-tension soient enterrées.

En ce qui concerne la création de nouvelles zones industrielles qui offriront de nouveaux emplois, la SPNI a noté qu’il y avait de nombreuses zones de ce type dans le pays, et que certaines n’étaient même pas utilisées. Elle a déclaré que l’État devait travailler dans le cadre de la politique de renforcement des zones industrielles existantes décidée par l’Autorité de planification du district Nord – il y en a une à Katzrin, qui peut être élargie – en fournissant des incitations pour attirer les usines dans les zones rurales du pays et en garantissant que les revenus des impôts versés par ces dernières soient distribués de manière équitable.

Cette vue aérienne de Katzrin, une ville israélienne sur le plateau du Golan, le 26 décembre 2021. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Enfin, la SPNI a noté que des dizaines de tonnes de roche basaltique ont été empilées au fil des ans (en nettoyant les champs et en préparant les terres pour les activités militaires) et qu’elles doivent être utilisées avant de penser à ouvrir de nouvelles carrières qui ne feront qu’appauvrir les espaces ouverts.

Le gouvernement a affirmé que son plan avait pour objectif de privilégier « la croissance économique durable » sur le plateau du Golan.

Pour que cela soit vrai, a insisté la SNPI, il faudra des engagements significatifs pour équilibrer les besoins en développement et ceux de la nature. Ce qui implique de créer plus de réserves naturelles, de réhabiliter des sites qui ont été modifiés (pour les besoins de l’armée, par exemple), de créer un réservoir d’eau dans la vallée de Hula pour l’irrigation agricole de manière à ce que l’eau de la source du Golan puisse affluer dans les rivières plutôt que d’être détournée. Elle a ajouté qu’il serait indispensable de protéger les espèces en danger, comme les vautours et les gazelles.

Un vautour égyptien en vol au-dessus de la réserve naturelle de Gamla dans le Golan israélien, mai 2013. . (Wikipedia/Вых Пыхманн/CC BY-SA)

Ce sont environ 53 000 personnes qui vivent actuellement sur le plateau du Golan : 27 000 Juifs, 24 000 Druzes et environ 2 000 Alaouites (un groupe ethnoreligieux issu de l’islam chiite, un culte minoritaire dont se réclame la famille Assad, au pouvoir en Syrie).

A l’exception des États-Unis, la communauté internationale considère que le Golan appartient à la Syrie, qui avait perdu ce territoire stratégique lors de la guerre des Six jours, quand Israël en avait pris le contrôle. L’État juif a annexé le Golan en 1981.

Le plan gouvernemental, qui a été condamné par la Syrie et par le député de la Liste arabe unie Ahmad Tibi, vise à moderniser les infrastructures, à établir de nouveaux quartiers et de nouvelles communautés et à créer
2 000 nouveaux emplois en transformant la région en pôle pour les technologies d’énergie renouvelable israéliennes.

Environ 576 millions de shekels devraient être alloués pour la planification résidentielle – avec environ 3 300 nouveaux logements à Katzrin et 4000 logements supplémentaires dans les frontières du Conseil régional du Golan – sur cinq ans.

160 millions de shekels devraient être investis dans les infrastructures et les transports pour améliorer la qualité de vie sur le plateau du Golan.

Le Premier ministre Naftali Bennett avait annoncé ce plan pour la toute première fois au mois d’octobre.

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