La « tentation terroriste » des groupuscules d’extrême droite en France
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La « tentation terroriste » des groupuscules d’extrême droite en France

Au 1er février 2018, 611 personnes étaient détenues pour terrorisme – parmi elles, 28 appartenaient à l'extrême droite activiste

Une photo prise à Quatzenheim, France, le 19 février 2019 montre des croix gammées peintes sur le portail d'un cimetière juif, le jour d'une marche nationale contre la recrudescence des actes antisémites. - (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)
Une photo prise à Quatzenheim, France, le 19 février 2019 montre des croix gammées peintes sur le portail d'un cimetière juif, le jour d'une marche nationale contre la recrudescence des actes antisémites. - (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

Loups solitaires à la Anders Breivik ou tueries de masse comme à Christchurch : un rapport parlementaire s’alarme d’une possible « tentation terroriste » des groupuscules d’extrême droite en France.

Présidée par la députée LFI Muriel Ressiguier, une commission d’enquête s’est penchée pendant six mois « sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite en France ». Son rapporteur Adrien Morenas, député LREM, alerte sur le « risque de terrorisme d’ultradroite [qui] doit être pris très au sérieux comme en attestent les récents attentats de Christchurch (Nouvelle-Zélande) contre des mosquées ou de Pittsburgh (États-Unis) contre une synagogue ».

Parmi les personnes entendues par cette commission, plusieurs experts, comme l’historien Nicolas Lebourg, relèvent « un changement notable » depuis 2015 : « la tentation terroriste, question sérieuse », « en réaction aux attentats terroristes islamistes qui ont touché notre pays ».

Ce « risque terroriste d’ultradroite » émane notamment des « enfants du 13 novembre », selon Patrick Calvar, ancien directeur général de la sécurité intérieure. Des individus pourraient, selon lui, « se lancer dans une tuerie de masse sur notre sol si la capacité de résilience de la société française face au terrorisme islamiste venait à faire défaut », à l’instar des attentats en Norvège perpétrés par le néo-nazi Anders Breivik.

Cependant, selon une source proche du dossier interrogée par l’AFP, aucun groupe n’a aujourd’hui la capacité de mener à bien un projet d’attentat.

Quatre affaires récentes

Plusieurs projets d’actions violentes de l’ultradroite ont été déjoués ces deux dernières années: en octobre 2017, le groupe clandestin Organisation d’armées sociales (OAS) avait été démantelé, soupçonné d’avoir envisagé des attaques contre Christophe Castaner et Jean-Luc Mélenchon ou des lieux fréquentés par la communauté musulmane.

En juin et octobre 2018, seize personnes appartenant au groupe Action des forces opérationnelles (AFO) ont également été arrêtées parce qu’elles auraient cherché à commettre des violences à l’encontre de musulmans.

En novembre, six personnes affiliées au groupuscule Les Barjols ont été interpellées dans le cadre d’une enquête sur un possible projet d’action violente contre le président Emmanuel Macron.

Mardi 11 juin, on apprenait que cinq personnes appartenant à un groupuscule d’inspiration néo-nazie avaient été mises en examen entre septembre 2018 et mai 2019, après avoir envisagé de s’en prendre à « des lieux de culte juifs ou musulmans ».

Le « point de préoccupation le plus fort au cours des six ou douze derniers mois » réside dans l’apparition d’une « frange » dont les « militants ont pour caractéristique de ne pas être connus des services de renseignement », relève Nicolas Lerner, actuel patron de la DGSI.

Car, souligne la commission, « la thématique de l’ultradroite a pu, provisoirement, faire l’objet d’un suivi moins attentif compte tenu de la priorité accordée au danger jihadiste » après les attentats de 2015.

La dissolution, une solution ?

Face à ce risque potentiel, l’interdiction ou la dissolution de ces groupuscules peut-elle constituer une solution ?

En février, le président de la République avait demandé la dissolution de Bastion social, Blood and Honour et Combat 18. Si, fin avril, la dissolution du premier a été prononcée, les deux autres groupuscules n’ont pour l’heure pas fait l’objet d’un décret.

Un « effet d’annonce », avance Bénédicte Laumont, docteure en sciences politiques spécialisée dans la réponse publique aux groupes d’extrême droite en France et en Allemagne. En France, la dissolution est « un outil certes répressif », mais « utilisé de manière plus politique et plus isolée ».

Cela peut « (encourager) les membres à s’engager dans un parti politique d’extrême droite », explique la chercheuse, mais il est aussi possible que « des groupes se radicalisent encore plus ».

Pour Yvan Benedetti, qui a dirigé l’Oeuvre française avant sa dissolution, « ça ne nous fait pas renoncer. Et même, à l’inverse, ça mobilise les forces vives du mouvement », ajoute celui qui a été condamné mardi en appel à de la prison avec sursis pour reconstitution de ligue dissoute.

La menace doit cependant être relativisée, avertit dans le rapport parlementaire Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès. « Ni par leur ampleur, ni par leur nature, [ces individus] ne représentent un danger comparable à celui du terrorisme de groupes islamistes dont ils n’ont ni le financement, ni le fonctionnement, ni les bases arrière ».

Au 1er février 2018, 611 personnes étaient détenues pour terrorisme. Parmi elles, 28 appartenaient à l’extrême droite activiste, selon le rapport de la commission d’enquête du Sénat sur la menace terroriste.

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