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L’ADN révèle que les « poissons-docteurs » de la mer de Galilée ont été mal identifiés

Le code-barres génétique suggère que l'espèce supposée être un Garra rufa, populaire comme nettoyeur de pieds, serait en réalité un Garra jordanica, une espèce en danger

Les poissons de la mer de Galilée, que l'on pensait être des Garras rufa, ou "poissons-docteurs", couramment utilisés dans les spas, sont en fait une espèce différente de garra, selon une nouvelle recherche ADN. (Crédit : Dina Middin, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)
Les poissons de la mer de Galilée, que l'on pensait être des Garras rufa, ou "poissons-docteurs", couramment utilisés dans les spas, sont en fait une espèce différente de garra, selon une nouvelle recherche ADN. (Crédit : Dina Middin, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)

Des scientifiques israéliens ont découvert qu’une espèce de « poisson-chirurgien d’eau douce » de la mer de Galilée a longtemps été identifiée à tort comme un autre habitant très similaire du lac.

L’analyse génétique a révélé que les petits poissons du plus grand lac d’eau douce du Moyen-Orient ne sont pas, comme on l’a longtemps pensé, des poissons-docteurs (Garra rufa), que l’on trouve principalement en Turquie, en Syrie, en Irak et en Iran, mais plutôt des Garra jordanica, une espèce qui se trouve être menacée.

Le poisson-docteur a reçu son nom en raison de sa popularité dans les « Fish pédicures » (ou pédicures à poissons). Les poissons, qui n’ont pas de dents, appliquent de délicates succions pour se nourrir des peaux mortes dans des bassins spéciaux proposés dans des centre de bien-être, bien que cette pratique ait été interdite dans de nombreux pays en raison de son caractère malsain et insalubre.

Les spas s’approvisionnent en poissons principalement en Israël et, dans une moindre mesure, en Turquie, où l’espèce a été surexploitée à l’état sauvage.

Le Garra rufa ressemble énormément au Garra jordanica et applique également de délicates succions.

On le retrouve au nord du bassin de la mer Morte, y compris dans la mer de Galilée et dans le Jourdain, ainsi que dans des plans d’eau tels que la rivière Keziv dans la Galilée occidentale, au nord d’Israël.

La mer de Galilée, qui se jette traditionnellement dans le Jourdain par son extrémité sud. (Crédit : Ela Faust, CC BY 2.5, PikiWiki Israël, Wikimedia Commons)

Faisant partie de la famille des Cyprinidae (carpes), les garras se sont adaptés à la consommation de détritus, d’algues et de petits animaux (arthropodes et phytoplancton).

La correction de l’identification erronée de l’espèce dans la mer de Galilée s’inscrit dans le cadre des travaux visant à créer des profils génétiques des poissons du lac afin de mieux les surveiller et les protéger.

La recherche, dirigée par Roni Tadmor-Levi et Lior David de l’Université hébraïque de Jérusalem, utilise le code-barres ADN, un système permettant d’identifier une espèce à l’aide d’une courte section d’ADN provenant d’un ou de plusieurs gènes spécifiques (dans ce cas, la séquence du gène MT-CO1).

Selon un article publié dans la revue PLOS One, la mer de Galilée, un habitat isolé (son seul débouché étant le Jourdain, qui se jette dans la mer Morte), abrite des populations de poissons uniques, notamment des espèces que l’on ne trouve que dans ce lac et des populations à la limite de leur aire de répartition.

Leur préservation est essentielle, notamment en raison des pressions exercées par le pompage de l’eau, la pêche et les loisirs. L’État considère la mer de Galilée comme la réserve d’eau d’urgence du pays.

Afin d’établir une base de référence pour les comparaisons futures, l’équipe de recherche a étudié les codes-barres ADN de 22 espèces et les a envoyés à la base de données des codes-barres de la vie au Centre de la science de la biodiversité du Quebec, au Canada. Sur les 22, 12 codes-barres de 10 espèces faisaient leur entrée dans la base de données.

Un poisson-docteur, ou Garra rufa. (Crédit : Dances, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Pour cinq espèces, dont le Garra, il y avait une discorde entre l’identification par la forme physique et la constitution de l’ADN.

Selon l’article, l’étude « jette les bases d’une utilisation plus poussée des outils moléculaires pour surveiller les populations de poissons, comprendre leur écosystème et gérer efficacement leur conservation dans cet habitat unique et important et dans la région. »

PLOS One est une revue scientifique, éditée quotidiennement par la Public Library of Science et diffusée exclusivement en ligne.

Ont également participé à cette recherche feu Tomer Borovski, qui a collecté une grande partie du matériel, Evgeniya Marcos-Hadad, James Shapiro, Gideon Hulata, Daniel Golani et Lior David.

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