L’ambassadrice française en Israël convoquée après les propos de Gérard Araud
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L’ambassadrice française en Israël convoquée après les propos de Gérard Araud

Hélène Le Gal s'est rendue au ministère des Affaires étrangères israélien après les propos de son collègue sortant à Washington, qui clame n'avoir voulu évoquer que la Cisjordanie

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)
Hélène Le Gal, ambassadrice de France en Israël, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 12 décembre 2016. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Le ministère israélien des Affaires étrangères a convoqué lundi l’ambassadrice française Hélène Le Gal pour lui faire part de son mécontentement concernant les déclarations de l’ambassadeur de France à Washington, qui avait accusé Israël d’être un « État-apartheid ».

Dans un entretien accordé au magazine The Atlantic, le 19 avril, l’ambassadeur français sortant aux Etats-Unis, avait déclaré qu’Israël était « extrêmement à l’aise » dans le statu-quo parce que le pays remportera la mise.

« Il a la Cisjordanie mais en même temps, le pays n’a à prendre aucune décision douloureuse au sujet des Palestiniens, qu’il s’agisse d’en faire des apatrides ou des citoyens israéliens », avait dit le diplomate.

« Les Israéliens ne feront pas des Palestiniens des citoyens d’Israël. Alors il faudra qu’ils officialisent ce que nous savons de la situation – que c’est un apartheid. Il y aura officiellement un Etat d’apartheid. C’est déjà le cas », s’est-il exclamé.

« Nous nous insurgeons vigoureusement contre ces mots », a dit le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon dans la journée de mardi. Le Gal a été réprimandée par la vice-directrice générale Rodica Radian-Gordon, qui dirige le département européen du ministère, a-t-il ajouté.

« Je faisais référence à la Cisjordanie. J’ai passé six ans en Israël », a réagi sur Twitter Araud, qui a été ambassadeur de France en Israël de 2003 à 2006, en réponse à une publication consacrée à la réprimande de Le Gal.

La conquête de la Cisjordanie en 1967 et l’extension des implantations israéliennes sur ce territoire palestinien, illégales aux yeux de la communauté internationale, ont imposé deux lois différentes selon M. Araud : une pour les Israéliens, l’autre pour les Palestiniens « sur le même territoire avec un peuple dominant l’autre ».

« Israël dans ses limites de 1967 (hors Cisjordanie, Jérusalem-Est, Golan et bande de Gaza, ndlr) n’est ni un État colonial ni un régime d’apartheid », a-t-il souligné, précisant qu’il ne revenait pas sur ses propos accordés à The Atlantic.

Mais Nahshon a estimé que cette explication n’était pas recevable, répondant à Araud sur Twitter qu’il avait fait allusion à Israël de manière claire dans l’entretien accordé à The Atlantic. « Vous savez parfaitement que 60 % des Palestiniens de Cisjordanie sont placés sous la gouvernance de l’AP [Autorité palestinienne]. Vous savez que l’AP refuse systématiquement les négociations de paix. Vos propos ont été offensants et déplacés », a écrit le diplomate israélien.

Et l’intéressé de répondre : « Je suis désolé. C’était dans le contexte du processus de paix. Je n’ai pas honte de mon opinion et je connais très bien le sujet. Oui, la Cisjordanie. Pas Israël ».

Dans un entretien franc accordé au magazine, Araud avait également évoqué assez longuement ses points de vue sur le plan de paix très attendu de l’administration américaine.

Conçu par le président américain Donald Trump et son conseiller Jared Kushner, également son gendre, le plan sera « très proche de ce que veulent les Israéliens » mais il est à 99 % « voué à l’échec », avait-il dit.

« Mais le 1 %, n’oubliez jamais le 1 %. Trump a certainement donné un fort coup de pouce à Israël, il bénéficie là-bas d’une telle popularité », avait-il noté.

Araud avait indiqué être « très proche » de Kushner, qu’il a décrit comme une personnalité « extrêmement intelligente, mais dénuée de tout courage ». Araud est l’envoyé de Paris à Washington depuis 2014 et s’apprête à prendre sa retraite.

Le conseiller américain, avait clamé le diplomate, « ne connaît pas l’histoire » du conflit israélo-palestinien et « d’une certaine manière, c’est une bonne chose – nous ne sommes pas là pour dire qui a raison et qui a tort ; nous sommes là pour trouver un moyen d’avancer vers une solution ».

« Alors dans un sens, oui, c’est bien », avait-il ajouté, « mais en même temps, il est très rationnel et il est si pro-israélien qu’il pourrait négliger cette réalité. Si le choix est offert aux Palestiniens entre la reddition ou le suicide, ils pourraient choisir la dernière option. Quelqu’un comme Kushner ne le comprend pas », avait-il asséné.

Gérard Araud lors d’une conférence de presse, en 2011 (Crédit :Wikimedia/Clergier, CC BY-SA 3.0)

Araud avait confié au magazine que la Maison Blanche comptait sur trois facteurs concernant son plan de paix, le premier d’entre eux étant la popularité dont Trump jouit en Israël.

« Trump », avait-il affirmé, « est plus populaire encore que [Benjamin] Netanyahu en Israël et les Israéliens lui accordent leur confiance. Les Américains parient là-dessus, m’a dit Kushner. Le deuxième facteur est que les Palestiniens pourraient considérer que c’est leur dernière chance d’obtenir une souveraineté limitée ».

« Et le troisième élément, c’est que Kushner va investir de l’argent pour les Palestiniens. N’oubliez pas que les Arabes sont derrière les Américains. Le plan fait 50 pages », nous a-t-on dit, « il est très précis ; mais nous ne savons pas ce qu’il y a dedans. Mais nous verrons », avait-il continué.

Araud avait ajouté que « la disproportion du pouvoir est telle entre les deux parties que le plus fort [Israël] pourrait en conclure qu’il n’y a aucun intérêt à faire des concessions ».

Rien n’a filtré des détails de la proposition de Trump. Des rumeurs sur son contenu ont toutefois circulé, notamment sur les réseaux sociaux.

Jared Kushner a récemment annoncé que le très attendu plan de paix pour le Moyen-Orient serait dévoilé au mois de juin au plus tôt. Le gendre de l’occupant de la Maison-Blanche a expliqué à une centaine de diplomates qu’il serait présenté après la prise de fonction du nouveau gouvernement israélien et à l’issue du mois sacré du ramadan musulman, qui s’achèvera le 5 juin.

Il leur a vivement recommandé de conserver une « ouverture d’esprit, » selon une source citée par Reuters.

Peu d’éléments ont filtré, même si des informations récentes parues dans le Washington Post et dans le Guardian ont laissé entendre qu’il ne prévoyait pas la création d’un plein Etat palestinien.

Ce qui entraînerait une nouvelle fin de non-recevoir de la part des Palestiniens qui refusent d’ores et déjà de coopérer avec l’équipe de Trump, à suite de la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël en 2017 et au transfert de l’ambassade américaine dans la ville sainte en mai 2018.

L’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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