L’annexion est mauvaise pour Israël. Notre allié américain devrait dire non
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Opinion

L’annexion est mauvaise pour Israël. Notre allié américain devrait dire non

L'extension unilatérale de la souveraineté israélienne en Cisjordanie nuit à la façon dont nous sommes perçus dans le monde, et modifie aussi la façon dont nous nous voyons

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président américain Donald Trump (à gauche) accueille le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 27 janvier 2020 à Washington DC. (Mark Wilson/Getty Images/AFP)
Le président américain Donald Trump (à gauche) accueille le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 27 janvier 2020 à Washington DC. (Mark Wilson/Getty Images/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dit qu’il voit une « opportunité historique », avec une administration Trump bienveillante, de commencer à étendre unilatéralement la loi israélienne à partir de la semaine prochaine à l’ensemble des 132 implantations et à la vallée du Jourdain – les 30 % de la Cisjordanie alloués à Israël dans le cadre de la proposition Trump « De la paix à la prospérité ».

Vraiment ? Pourquoi ?

Cela pourrait provoquer une recrudescence de la violence sur le terrain ; peut-être, craignent les agences de sécurité israéliennes, une reprise du terrorisme de type intifada.

Elle pourrait provoquer l’effondrement de notre traité de paix avec la Jordanie, dont le roi a qualifié l’annexion unilatérale d’inacceptable et indique qu’il va rappeler son ambassadeur et déclasser les relations, à tout le moins. Abdallah II a aussi que ça profiterait au Hamas.

Elle ralentira et peut-être arrêtera le réchauffement progressif des relations entre Israël et les autres pays de la région qui ont un intérêt commun à faire face à l’Iran.

Cela compliquera énormément nos relations avec l’Union européenne.

Elle aliènera une proportion croissante du Parti démocrate aux États-Unis, ce qui annulerait presque certainement toute reconnaissance de l’administration Trump de cette initiative si elle regagne la Maison Blanche.

Elle réjouira le mouvement de Boycott, Sanctions et Désinvestissement (BDS), qui dépeindra de manière résonnante Israël comme un régime d’apartheid imposant deux séries de lois aux populations israélienne et palestinienne sous son contrôle global en Cisjordanie, et connaîtra un succès bien plus grand dans ses efforts pour isoler Israël sur le plan diplomatique, économique et culturel. (Contrairement au plateau du Golan, où Israël a appliqué sa loi en 1981 dans une initiative qui a été approuvée par l’administration Trump l’année dernière, Netanyahu déclare qu’il n’offrira pas la citoyenneté aux Palestiniens dans les zones à annexer ; ils resteront dans des enclaves sous le contrôle général de la sécurité israélienne. De même, depuis qu’Israël a annexé Jérusalem-Est après la guerre de 1967, il a officiellement offert la possibilité d’obtenir la citoyenneté israélienne aux Palestiniens qui s’y trouvaient, quoique par le biais d’un processus plutôt complexe et laborieux).

Cela réjouira nos ennemis les plus dangereux, notamment les Iraniens, qui feront tout pour tirer profit du statut de paria croissant d’Israël.

Cela va éloigner une partie croissante de la diaspora juive.

Mais son impact le plus dévastateur sera sur Israël – ce que nous représentons et comment nous nous voyons.

Confiance des citoyens dans notre cause et notre légitimité

Ce pays a été réanimé par un mandat international il y a 72 ans, lors du redressement tardif d’un tort historique – tardif parce que la restauration de la souveraineté de la patrie juive historique est arrivée trop tard pour que l’Israël moderne puisse sauver des millions de Juifs européens des nazis.

Il a été relancé sur la base d’une solution à deux États – le retour de l’État juif historique, et un premier État indépendant pour les résidents arabes de cette région. Les pionniers sionistes d’Israël étaient profondément mécontents de la division de la Palestine mandataire britannique, mais ont accepté à contrecœur la répartition de cette dernière. En revanche, ceux qui se trouvent dans la région autour de l’Israël moderne naissant ont refusé d’admettre la renaissance de la souveraineté juive, et beaucoup d’entre eux ont cherché à détruire ce pays depuis lors.

De nombreux membres de la communauté internationale, trop paresseux ou trop aveuglés par l’idéologie pour distinguer la cause de l’effet, ont fustigé Israël au cours des décennies pour le crime ostensible de se défendre contre ceux qui ont cherché à nous détruire, alors que les examens les plus superficiels confirmeraient que le « conflit du Moyen-Orient » prendrait fin si l’agression contre Israël s’arrêtait.

Mais Israël lui-même sait la vérité. Sa résilience même – sa capacité non seulement à survivre mais aussi à prospérer à travers des décennies de guerre, de terrorisme et d’efforts pour le diaboliser – est le plus grand témoignage de cette confiance nationale dans notre cause et notre légitimité.

L’extension unilatérale de la souveraineté israélienne en Cisjordanie – qui préempte l’effort déclaré de l’administration Trump pour favoriser un accord négocié, avec un accaparement des terres qui fait d’Israël le parti du rejet – marque le contraire même de notre intérêt national. Non seulement cela nuit à la façon dont nous sommes perçus dans le monde, mais cela modifie également la façon dont nous nous présentons et nous voyons.

L’Autorité palestinienne a rejeté le plan Trump avant même qu’il ne soit dévoilé. Elle incite régulièrement à la haine contre Israël, et son président, Mahmoud Abbas, dans des discours incendiaires destinés à encourager l’intolérance et l’intransigeance, cherche sans cesse à séparer l’Israël moderne de son héritage juif historique. Nous ne pouvons pas céder des territoires à cette direction palestinienne en toute sécurité, pas dans le climat toxique qu’elle a contribué à créer. Nous sommes également conscients, bien sûr, des conséquences dévastatrices de l’abandon de territoires adjacents au nord (la « zone de sécurité » du Sud-Liban en 2000) et au sud (la bande de Gaza en 2005), où, dans les deux cas, des organisations terroristes ont comblé le vide, déclenché des guerres et des conflits et représentent un danger permanent.

Mais nous ne devons pas non plus détourner nos propres objectifs à long terme, les principes fondamentaux de notre propre déclaration d’indépendance – s’épanouir en tant qu’État juif et démocratique prêt et désireux de se défendre contre ses ennemis, et avec la main tendue pour la paix à ses voisins qui souhaitent vraiment vivre dans la tranquillité à ses côtés.

Il est difficile de comprendre pourquoi Netanyahu prétend voir une « opportunité historique » dans l’extension déclarative de la souveraineté israélienne à des parties contestées de la Cisjordanie, approfondissant l’enchevêtrement d’Israël parmi les Palestiniens hostiles et cédant la position de supériorité morale qui est essentielle à la résilience et à la confiance en soi d’Israël. Il se méfiait auparavant des dangers d’un État binational entre le Jourdain et la mer Méditerranée dans lequel Israël perdrait sa majorité juive ou devrait subvertir sa démocratie.

Mais il a déclaré qu’il n’irait de l’avant qu’avec l’approbation des États-Unis, notre allié le plus important, le plus fiable et le plus proche. Il appartient donc à l’administration Trump, en train de décider si elle veut donner son feu vert à la manœuvre de Netanyahu, de dire simplement non.

En janvier, le président américain Donald Trump a dévoilé une proposition conçue officiellement « pour le bénéfice des Palestiniens, des Israéliens et de la région dans son ensemble » comme base recommandée pour une négociation israélo-palestinienne directe sur une « solution réaliste à deux États ».

Restons-en là.

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