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L’argent coule à flots dans la campagne électorale algérienne

Les candidats algériens reçoivent des sommes excédant largement le plafond légal de dépenses d'hommes d'affaires

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le 3 avril 2014 (Crédit : Jacquelyn Martin/AFP)
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le 3 avril 2014 (Crédit : Jacquelyn Martin/AFP)

Les hommes d’affaires algériens, longtemps tenus en suspicion dans un pays à l’économie anciennement dirigiste, déversent des millions dans la campagne électorale, espérant un retour sur investissement en soutenant notamment le président sortant Abdelaziz Bouteflika.

Le code électoral fixe à 60 millions de dinars (600 000 euros) – et 80 millions de dinars (800 000 euros) en cas de second tour – le plafond des dépenses pour une élection présidentielle. Mais les sommes réellement engagées s’élèvent à des dizaines de millions d’euros, selon des experts.

Pour l’économiste M’Hamed Hamidouche, ce montant fixé par la loi ne suffirait même pas à régler les frais de location des permanences électorales. La presse chiffre à 75 millions d’euros le coût de la campagne de M. Bouteflika, qui brigue un quatrième mandat à la présidentielle du 17 avril.

« Les candidats reçoivent en réalité des sommes importantes en liquides, à l’origine difficile à établir, et sans aucun contrôle », selon M. Hamidouche.

Pour animer les meetings, Abdelmalek Sellal, qui dirige la campagne d’Abdelaziz Bouteflika, sillonne le pays, vaste comme quatre fois la France, avec un avion affrété de la compagnie Tassili Airlines, propriété de Sonatrach, groupe pétrolier public.

Il est à chaque fois accompagné de son staff et d’une cinquantaine de journalistes tous pris en charge.

Ali Benflis, le principal adversaire de M. Bouteflika, se déplace aussi dans les mêmes conditions à bord d’un avion affrété d’Air Algérie.

M. Hamidouche classe en trois cercles les financiers du président Bouteflika. Le premier recrute parmi les entrepreneurs du BTP qui vivent de la commande publique, selon lui.

A leur tête, figure Ali Haddad, propriétaire d’une petite entreprise qui a connu une progression fulgurante depuis une quinzaine d’années et qui s’affiche ostensiblement avec le frère du président, Saïd Bouteflika. La presse évalue à 2,5 milliards de dollars le montant des marchés qu’il a obtenus de l’Etat.

Il a lancé une chaîne de télévision, Wiam, spécialement consacrée à la campagne de M. Bouteflika, alors que son autre chaîne Dzaïr TV soutient déjà le président sortant.

Dans le deuxième cercle, se trouvent les sociétés de service comme celles de Mahieddine Tahkout qui a également connu un très grand succès.

Menaces

 

Ancien petit commerçant de fruits et légumes, M. Tahkout est aujourd’hui propriétaire d’une flotte de centaines d’autobus, en contrat avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour le transport des étudiants. Il est aussi distributeur de plusieurs marques de véhicules européennes et asiatiques.

Le troisième cercle est formé par des industriels. Ils espèrent, selon M. Hamidouche, obtenir des facilités pour accéder aux crédits et aux réserves foncières grâce aux liens tissés avec l’entourage du président dans un pays soumis aux pesanteurs de la bureaucratie.

Dans ce troisième cercle se trouve notamment le groupe agro-industriel Laïd Bénamor qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 180 millions d’euros.

Le groupe a racheté en 2013 les minoteries publiques à hauteur de 60 % des parts, avec un engagement d’investir 100 millions de dollars sur les cinq prochaines années.

Principale organisation patronale, le Forum des Chefs d’entreprise (FCE) a voté un soutien au président Bouteflika lors d’une assemblée générale extraordinaire mi-mars.

Selon le site économique Maghreb Emergent, citant l’un d’entre eux, les patrons étaient invités à des engagements « écrits » variant entre 500 000 dinars (5 000 euros) et 50 millions de dinars (500 000 euros).

Avant cette réunion, un membre du Forum avait évoqué des « menaces » contre les récalcitrants.

« Je pèse mes mots quand je parle de menaces car certains d’entre nous commencent sérieusement à avoir peur », avait dénoncé Slim Othmani, patron d’une usine agro-alimentaire, dans une lettre rendue publique.

M. Othmani a ensuite démissionné du FCE. Dans une lettre à son président, il dénonçait « le peu de respect accordé » à l’organisation qui, selon lui, « méritait bien plus que cette mascarade de soutien électoral ».

Premier groupe privé algérien, Cévital, candidat au rachat du fabricant français d’électroménager Brandt, s’est abstenu de soutien à tout candidat pour la présidentielle.

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