Le backgammon ouvre de nouvelles perspectives de paix
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Le backgammon ouvre de nouvelles perspectives de paix

Le succès de "Jérusalem Double" montre que la réalité n'est pas aussi noire et blanche que les pions du backgammon

Palestiniens et Israéliens participent à un tournoi de backgammon à Jérusalem, le 31 août 2016. (Crédit : AFP/Gil Cohen-Magen)
Palestiniens et Israéliens participent à un tournoi de backgammon à Jérusalem, le 31 août 2016. (Crédit : AFP/Gil Cohen-Magen)

Réunis autour d’une passion commune pour le backgammon, une centaine d’Israéliens et de Palestiniens se sont affrontés à ce jeu de société emblématique du Moyen Orient, lors d’un rare moment de partage et de bonne humeur à Jérusalem.

Sous une vaste tente, au son d’un concert de musique arabe, entre des plateaux chargés de tranches de pastèques, de sirop d’orgeat ou de bière et dans la vapeur des narguilés, tous semblaient ce jour-là passer une soirée parfaite, concentré de douceur moyen-orientale.

Aboud, Palestinien de Bethléem, en Cisjordanie, n’avait pas passé un tel moment « depuis des années ».

« Je me souviens de cette époque où je passais la soirée ici, à Tel Aviv ou à Haïfa. J’avais des amis israéliens, ils venaient me voir à Bethléem, manger un houmous ou un falafel », dit, nostalgique, ce commerçant palestinien chrétien d’une cinquantaine d’années qui ne veut pas donner son nom de famille.

Face à lui, de l’autre côté du plateau de backgammon, a pris place Baroukh Meïri, retraité juif originaire d’Irak, content de décrasser son arabe maternel, surtout les insultes, qu’il échange copieusement avec Aboud en se gondolant de rire.

« Cette ambiance, la musique, la langue, le jeu, c’est tout ce dont je rêverais pour » Israël, confie ce septuagénaire.

Aboud et Baroukh n’auraient pas pu se rencontrer sans cette soirée. Le tournoi est un prétexte pour emprunter la machine à remonter le temps et retrouver cette sensation de « vivre ensemble » qu’ils ont connue, l’un dans son Irak natal, l’autre avant la construction de la barrière de sécurité entre Israël et la Cisjordanie, les attentats et la défiance réciproque.

« Jérusalem Double »

De jeunes militants israéliens et palestiniens ont donc résolu de s’en remettre à l’un des plus vieux jeux de plateau au monde pour créer ou recréer le lien.

Israéliens et Palestiniens se défient à qui retirera avant l’autre à coups de dés tous ses pions du plateau, au cours de quatre soirées en plein air, dans la partie arabe ou juive de la ville de Jérusalem, chez des particuliers ou dans des lieux publics, et sans policier alentour.

L’initiative baptisée « Jérusalem Double » – en référence au coup de dés qui donne le droit de jouer deux coups à la suite – est devenue au fil de l’été une attraction.

Autour des tables se pressent des Palestiniennes voilées, des juives religieuses avec leurs poussettes, des hommes ultra-orthodoxes en kippa noire, des jeunes des quartiers arabes et des ribambelles d’enfants excités.

« Pour beaucoup, c’est le maximum d’interaction qu’ils peuvent avoir avec un arabe ou un juif », confirme l’un des organisateurs, le juif Zaki Djamal.

Réunir des gens très différents

« La première soirée, on était 150. La deuxième, encore plus, avec un nouveau profil de participants : ceux qui avaient connu la bonne vieille époque, celle où Jérusalem était un mélange grouillant de juifs, de musulmans, de chrétiens », dit Mahmoud al-Rafai, l’un des organisateurs palestiniens.

Le succès de « Jérusalem Double » montre que la réalité n’est pas aussi noire et blanche que les pions du backgammon.

« La situation n’est pas celle que les politiciens essaient de nous vendre. Regardez comme les gens de Jérusalem sont en demande », dit Mahmoud al-Rafai.

En arabe et en hébreu, on appelle le jeu « shesh besh », un mélange de turc et de persan pour dire « 6 » et « 5 ». Les hommes se réunissent pour y jouer dans les cafés populaires de Ramallah ou de Tel Aviv.

Les organisateurs du tournoi ont découvert que les Palestiniens jouaient selon une variante dite « mahboussa », inconnue du public juif. Les Israéliens évacuent les jetons lorsqu’ils atteignent le bord du plateau, quand les Palestiniens les empilent pour compliquer la partie.

Cette différence donne à Aboud et Baroukh la matière à feindre des disputes interminables. Un des bénévoles propose sa médiation, ce qui fait hurler de rire les deux hommes.

Pour Zaki Djamal « il y a quelque chose avec le backgammon qui amène ici des gens très différents, pas seulement les habituels militants de la paix, mais des gens qui n’ont pas envie de parler politique ».

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