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Le « camion Hitler », censé dénoncer l’antisémitisme à Berkeley, déchaîne les passions

L’initiative d'Accuracy in Media contre les groupes estudiantins qui veulent interdire les orateurs sionistes, critiquée comme banalisant la mémoire des victimes de la Shoah

Un camion portant une image d'Adolf Hitler et la phrase "Tous ceux qui sont en faveur de l'interdiction des juifs, levez la main droite", en réponse à une controverse impliquant plusieurs groupes d'étudiants en droit de l'université de Berkeley qui ont décidé d'interdire les orateurs "sionistes", a circulé à Berkeley, en Californie, le 20 octobre 2022. (Crédit : Autorisation Accuracy in Media)
Un camion portant une image d'Adolf Hitler et la phrase "Tous ceux qui sont en faveur de l'interdiction des juifs, levez la main droite", en réponse à une controverse impliquant plusieurs groupes d'étudiants en droit de l'université de Berkeley qui ont décidé d'interdire les orateurs "sionistes", a circulé à Berkeley, en Californie, le 20 octobre 2022. (Crédit : Autorisation Accuracy in Media)

JTA – Trois semaines après les accusations d’un militant pro-israélien important contre l’Université de Californie, Berkeley, qui aurait créé des « zones interdites aux Juifs », deux camions ont débarqué en ville en réponse à la controverse.

L’un d’eux affichait une grande photo d’Adolf Hitler.

« Tous ceux en faveur d’interdire les juifs, levez la main droite », pouvait-on lire sur le panneau d’affichage apposé sur le côté du camion.

Le camion a été envoyé par un groupe de lobby appelé Accuracy in Media, qui est connu pour ses méthodes visant à provoquer les libéraux et les progressistes. Le président du groupe, Adam Guillette, a déclaré à J. The Jewish News of Northern California que le camion faisait partie d’une campagne plus large de lutte contre l’antisémitisme sur les campus universitaires et avait pour but de s’opposer aux neuf groupes d’étudiants de Berkeley Law qui ont récemment annoncé leur décision d’adopter une loi interdisant les orateurs sionistes sur le campus. (Depuis la révélation de l’affaire, cinq autres groupes d’étudiants ont adopté le même règlement, selon plusieurs articles de presse).

« La montée de la haine, de l’intolérance et de l’antisémitisme est moralement scandaleuse et il est temps pour nous de réagir (de manière pacifique) », a déclaré à J. Weekly Guillette, ancien vice-président de l’opération d’infiltration médiatique conservatrice, Project Veritas, ajoutant la semaine dernière à la chaîne d’information conservatrice Newsmax qu’il s’identifiait comme juif.

Mais quel que soit l’effet recherché par le camion, sa présence a plutôt effrayé les étudiants et suscité la condamnation de la branche locale de l’Anti-Defamation League (ADL), de Berkeley Hillel et du Jewish Community Relations Council (JCRC) [Conseil des relations avec la communauté juive] local ; les administrateurs de l’université ont offert d’apporter un soutien émotionnel. Quelques passants ont jeté des pierres sur le véhicule.

« J’ai vu ce bus pendant mon jogging matinal », a écrit Grace Stewart, une étudiante de Berkeley, sur Instagram. « Très flippant. »

« Rajouter de l’antisémitisme, en utilisant notamment des images d’Hitler pour marquer des points rhétoriques minables, ne fait que banaliser la mémoire des six millions de morts », a tweeté le bureau de l’ADL à San Francisco, tandis que Berkeley Hillel a déclaré sur Instagram qu’il se tiendrait à la disposition des étudiants qui ont été « bouleversés et perturbés » par la vue du camion.

Après avoir rencontré les responsables de Berkeley la semaine dernière, le Jewish Community Relations Council de San Francisco a publié une déclaration indiquant que « les discussions sur les ‘zones interdites aux juifs’ ne sont ni précises, ni productives » et que le camion d’Hitler est « inapproprié et inutile ». Le Conseil a également qualifié d’antisémite la campagne des groupes d’étudiants en droit contre les orateurs sionistes.

Si le camion d’Hitler était particulièrement choquant, ce n’était pas le seul véhicule qui a été envoyé à Berkeley en réponse à l’exclusion des sionistes par les groupes estudiantins. Le groupe juif JewBelong, qui utilise des panneaux d’affichage pour sensibiliser à l’antisémitisme, a envoyé son propre camion, rose vif, avec un message qui fait également référence à la Shoah. (« Il y a à peine 75 ans que les chambres à gaz ont été détruites », indique le panneau sur la camionnette de JewBelong.)

Noa Tishby à Jaffa, au mois de janvier 2021. (Crédit : Alon Shafransky)

Pendant ce temps-là, Noa Tishby, l’actrice et auteure israélienne qui est récemment devenue la première « envoyée spéciale d’Israël pour combattre l’antisémitisme et la délégitimation », s’est rendue sur le campus pour dialoguer directement avec les étudiants. Tishby a installé un stand sur lequel on pouvait lire « L’antisionisme est de l’antisémitisme » et a discuté d’Israël avec les étudiants de Berkeley.

Toutes ces actions montrent à quel point Berkeley est devenu le dernier point sensible d’un débat continu et controversé sur l’évolution des attitudes au sein des universités à l’égard d’Israël et du sionisme, et sur la mesure dans laquelle les étudiants juifs se sentent à l’aise pour exprimer leur identité.

Des écoles allant de Berkeley à l’université du Vermont ou à l’université de Californie du Sud ont été le théâtre de récentes campagnes, généralement menées par des étudiants, visant à éradiquer ou à cibler les « sionistes » – des campagnes qui, en fonction de la personne à qui l’on s’adresse, relèvent soit de l’activisme estudiantin classique, soit de comportements nuisibles et antisémites par nature.

Certaines de ces écoles sont devenues la cible d’enquêtes fédérales sur les droits civils en raison de ces activités. Bon nombre des plaintes ayant donné lieu à ces enquêtes ont été introduites au nom d’étudiants juifs par le Louis Brandeis Center for Human Rights Under Law, un groupe de juristes pro-israéliens. Kenneth Marcus, le fondateur du groupe, est l’auteur de l’article d’opinion initial paru dans le Jewish Journal de Los Angeles, où il mentionne les « zones interdites aux juifs » ; l’article a depuis été partagé par des personnalités telles que Barbra Streisand et Sarah Silverman.

Des étudiants sur le campus de l’Université de Californie, Berkeley, le 29 mars 2022. (Crédit : Eric Risberg/AP)

Les opinions sur le sérieux avec lequel la communauté juive doit traiter ces allégations varient énormément. Le doyen juif de Berkeley Law et des membres de la faculté juive de l’université ont sévèrement critiqué l’affirmation de Marcus selon laquelle des « zones interdites aux juifs » avaient été créées, affirmant qu’elle était fausse et incendiaire.

Un haut responsable de l’American Jewish Committee (AJC) a également écrit dans une note interne que « l’affirmation centrale de l’article était incendiaire, ce qui a donné une image déformée de cet incident et du climat général pour les étudiants juifs sur le campus », même si l’AJC a signé publiquement une déclaration commune appelant Berkeley Law à prendre des mesures contre la résolution antisioniste des étudiants, d’après un article paru dans le magazine progressiste Jewish Currents.

Parallèlement à cela, un groupe d’étudiants juifs en droit à Berkeley a publié une tribune dans The Daily Beast dans laquelle ils critiquent ce qu’ils disent être « la tolérance inacceptable de l’école à l’égard de l’exclusion et de la diabolisation des identités sionistes », pointant du doigt une session « Palestine 101 » organisée par des étudiants qui, selon eux, « déforme fondamentalement le sionisme ».

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