Le chaos engloutit Israël et Gaza, – maintenant la Cisjordanie
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Le chaos engloutit Israël et Gaza, – maintenant la Cisjordanie

Les forces de sécurité palestiniennes ont réprimé des émeutes; L’influence du Hamas se répandrait largement dans la région, un responsable déclare qu’elle va « exploser »

Palestinians protest in the occupied West Bank city of Ramallah on May 9, 2021, in solidarity with Palestinian families facing Israeli eviction orders in the Sheikh Jarrah neighbourhood of East Jerusalem. - Israeli Jews backed by courts have taken over houses in Sheikh Jarrah on the grounds that Jewish families lived there before fleeing in Israel's 1948 war for independence. The claimants seek to evict a total of 58 more Palestinians, according to the watchdog group Peace Now, and Israel's Supreme Court is set to announce a decision for four of those families. (Photo by ABBAS MOMANI / AFP)
Des Palestiniens manifestent dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 mai 2021, en solidarité avec les familles palestiniennes ayant reçu des ordres d'expulsion israéliens dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Alors que Gaza, Jérusalem et les villes judéo-arabes d’Israël connaissent des violences et troubles généralisés, les tensions en Cisjordanie mijotent sans atteindre le point d’ébullition, ce vendredi après-midi.

Des affrontements ont eu lieu en Cisjordanie entre les Palestiniens et les forces de sécurité israéliennes. Beaucoup se sont produites dans des zones sensibles, telles que Nabi Saleh, et près du checkpoint de Bab al-Zawiya à Hébron, qui sont régulièrement témoins de violentes manifestations contre l’État israélien.

Plusieurs Palestiniens ont été abattus et tués dans ce que l’armée israélienne a qualifié d’attaques terroristes, y compris une tentative d’attaque au couteau vendredi après-midi. Au moins une des personnes tuées s’est avérée être un membre des services de sécurité de l’Autorité palestinienne, qui aurait été abattu par erreur.

Le nombre de victimes palestiniennes en Cisjordanie – sept la semaine dernière – ferait d’habitude la une des journaux. Mais ce niveau de violence est éclipsé par les nouvelles venues d’Israël et de Gaza.

Le Hamas cherche ouvertement à entraîner la Cisjordanie à l’action. Avec des émeutes et des manifestations envahissant les rues des villes israéliennes et des milliers de roquettes pleuvant de Gaza, cela pourrait être le moment idéal pour Ramallah de tenter de prendre le dessus sur Israël.

Mais les dirigeants de l’Autorité palestinienne sont loin d’être intéressés à l’idée de rejoindre la mêlée, cherchant plutôt à tenter d’empêcher l’escalade, ont déclaré des responsables officiels.

« C’est [le Premier ministre Benjamin] Netanyahu qui a fait exploser la situation, et il est le seul à en tirer parti », a déclaré Ahmad Majdalani, un haut responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

L’escalade à Gaza et en Israël arrive à un moment peu propice pour le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Le dirigeant palestinien vieillissant a récemment retardé indéfiniment les premières élections législatives palestiniennes depuis 15 ans, craignant de plus en plus de perdre face à ses rivaux du Fatah et du Hamas, provoquant par là-même la colère du public.

Avant l’escalade, le Hamas avait déjà cherché à se présenter comme le défenseur de la démocratie palestinienne après l’annulation de facto des élections, refusant de prendre part à la réunion au cours de laquelle Abbas avait annoncé le report.

L’annulation des élections n’a pas conduit à des manifestations massives, mais elle a renforcé le sentiment qu’ont certains Palestiniens que l’Autorité palestinienne d’Abbas est en bout de course.

Aux yeux de certains Palestiniens, l’engagement d’Abbas en faveur de la coordination avec Israël – à l’exception d’une rupture de six mois durant l’année passée – n’a apporté que peu de bénéfices aux Palestiniens. Au même moment, la violence du Hamas semait le chaos dans tout Israël, et la forçait à faire des concessions, semblant ainsi rapporter des dividendes.

« Ramallah a perdu sa crédibilité en annulant les élections, ils ont perdu leur crédibilité en étant incapables de contrôler quoi que ce soit ou de maîtriser Israël. Israël a également sapé la crédibilité d’Abbas pendant des années, privilégiant au lieu de cela sa relation directe avec le Hamas », a déclaré un diplomate occidental en poste à Ramallah au Times of Israel.

Abbas a été impopulaire pendant des années, avec des pourcentages de majorité constants exigeant sa démission dans les sondages d’opinion. Mais le Hamas a rarement semblé être une alternative intéressante aux yeux des Palestiniens de Cisjordanie. La crise actuelle pourrait changer cet état de fait, ont suggéré certains responsables.

« Le Hamas n’a pas réussi à gagner un peu de popularité – il a réussi à gagner beaucoup de popularité. En Cisjordanie, bien sûr, et ailleurs dans la diaspora palestinienne. Peut-être un peu moins à Gaza », a déclaré un responsable palestinien, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat.

Le diplomate occidental a confirmé : « Le Hamas a prospéré sur ce terreau. Aux yeux de la population, ils ont gagné en popularité. Ils étaient à 8 % des voix deux jours avant l’annulation des élections. À présent ? Je ne voudrais même pas voir le sondage ».

La Cisjordanie n’a pas – encore – vu de soulèvement à grande échelle. Cela est dû en partie à la coopération entre Israël et l’Autorité palestinienne, car les deux parties travaillent en étroite collaboration pour maintenir la situation sous contrôle.

« Israël a été très efficace avant l’escalade en arrêtant un certain nombre de membres clés du Hamas et du Front populaire de libération de la Palestine. Ils continuent également de coopérer très étroitement avec les services de sécurité de l’Autorité palestinienne », a déclaré le diplomate occidental à Ramallah.

Dans certains cas – mais pas tous – les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ont agi pour empêcher les manifestants d’atteindre les dénommés « points de friction » qui entraînent un conflit avec les forces israéliennes.

Des centaines de manifestants se sont rassemblés plusieurs nuits durant à Ramallah et à Jénine, cette semaine. Dans des vidéos sur les réseaux sociaux, on peut voir les services de sécurité palestiniens tenter de disperser des manifestants à Jénine; certains manifestants ont répondu en essayant de les attaquer.

Majdalani, le responsable de l’OLP, a rejette ces critiques. Il a déclaré que les services de sécurité ont agi pour empêcher les frictions entre les soldats israéliens et les manifestants palestiniens, sauvant ainsi des vies.

« Les services de sécurité ont tenté d’empêcher les frictions, les martyrs et les blessés. Il ne s’agit pas de répression », a déclaré Majdalani lors d’un appel téléphonique plus tôt cette semaine.

Le responsable palestinien anonyme a affirmé que les manifestations ayant eu lieu jusqu’à présent avaient « un taux de fréquentation et un niveau assez bas ».

« D’accord, l’Autorité palestinienne a empêché une ou deux manifestations dans le centre-ville des agglomérations. Mais qu’en est-il de la campagne, des camps de réfugiés ? L’Autorité palestinienne n’y est pas présente. S’ils se soulevaient, personne ne pourrait les arrêter », a déclaré le responsable.

Le responsable palestinien a exclu la possibilité que les dirigeants du Fatah rejoignent une dynamique d’escalade, ou poursuivent une voie de manifestations populaires généralisées contre Israël.

« Cette direction du Fatah, ses rangs de dirigeants sont profondément engoncés dans des intérêts personnels. Un jour, ils le feront – mais pas sous cette direction », a déclaré le responsable palestinien.

Néanmoins, le responsable a averti : « Tout incident pourrait faire exploser la Cisjordanie, et j’espère que ce jour arrivera bientôt ».

« Ne soyez pas dupe. Ce calme est trompeur, artificiel, temporaire. La Cisjordanie est un baril de poudre à canon, et un jour – bientôt – elle explosera », a déclaré le responsable palestinien.

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