Le couvre-feu nocturne dans les villes « rouges » (très) loin d’être respecté
Rechercher

Le couvre-feu nocturne dans les villes « rouges » (très) loin d’être respecté

Les policiers se contentent d'expliquer les nouvelles règles aux résidents et aux commerçants, les gens se promènent librement dans les rues

Policiers vus à l'entrée du quartier de Beit Hanina à Jérusalem-Est alors qu'Israël impose un couvre-feu nocturne dans une quarantaine de villes gravement touchées par le coronavirus, le 8 septembre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Policiers vus à l'entrée du quartier de Beit Hanina à Jérusalem-Est alors qu'Israël impose un couvre-feu nocturne dans une quarantaine de villes gravement touchées par le coronavirus, le 8 septembre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Le premier couvre-feu nocturne imposé entre 19 heures mardi et 5 heures mercredi dans 40 villes et quartiers très infectés par le coronavirus ne ressemble pas du tout à un couvre-feu.

Les habitants ont déclaré aux médias israéliens qu’il y avait une grande confusion, car la mesure tant vantée, destinée à lutter contre la montée en flèche des taux d’infection et prévue pour une semaine, est restée essentiellement théorique.

Le couvre-feu, approuvé mardi soir par le cabinet et devant être réévalué dans une semaine, vise les activités de la vie nocturne, qu’il s’agisse de bars ou de rassemblements traditionnels de la prière des Slichot organisés à l’approche des fêtes de fin d’année, qui commencent le 18 septembre cette année. Les écoles sont également fermées, ainsi que la plupart des commerces des zones touchées pendant les heures de couvre-feu.

La plupart des villes et localités touchées sont parmi les plus pauvres d’Israël, les villes arabes et ultra-orthodoxes constituant une grande partie de la liste. Environ 1,3 million d’Israéliens sont concernés par le couvre-feu, selon un décompte de la Douzième chaîne.

La police impose un verrouillage dans le quartier de Beit Hanina à Jérusalem-Est lors d’un couvre-feu nocturne dans une quarantaine de villes gravement touchées par le coronavirus, le 8 septembre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Mais dans des quartiers supposément confinés de Jérusalem, les commerces sont restés ouverts au mépris des règles de couvre-feu, et les policiers derrière les barrages routiers ont à peine empêché les gens de passer, rapporte le quotidien Haaretz.

Dans le quartier de Shahmon d’Eilat, un seul policier a demandé à ceux qui sortaient du quartier la raison et les a implorés de rentrer chez eux si ce n’était pas un besoin vital, rapporte Ynet. À part lui, les policiers ont simplement été vus acheter un sandwich dans un magasin local.

Les résidents sont très critiques à l’égard du principe de fermeture localisée, surtout quand la mesure n’est pas accompagnée d’une interdiction d’entrer dans le quartier.

« Si vous faites un confinement, faites-le correctement et ne fermez pas seulement des parties », dénonce le barbier d’Eilat Mor Saba. « Ceux qui ont été infectés sont dans tout Eilat. »

La police à l’entrée du quartier de Ramot à Jérusalem lors de l’entrée en vigueur d’un couvre-feu pour les coronavirus, le 8 septembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

« C’est un confinement idiot à mon avis », juge Dorit, une caissière de supermarché dans la ville balnéaire. « Tous ceux qui ont apporté le coronavirus de l’extérieur sont partis et nous sommes punis pour cela. »

Dans le quartier Zayin d’Ashdod, il n’y avait pas de barrages routiers à 19 heures et les habitants circulaient librement dans les rues, selon Ynet. Seuls quelques commerces ont fermé.

« Qui a dit qu’il y avait un confinement ? Je ne sais pas, il n’y en a pas ici. C’est bon pour les médias de dire qu’il y en a un, mais on ne dirait pas qu’il y en ait un ici », a commenté le résident local Moshe Grinbaum.

Dans la ville ultra-orthodoxe de Rechasim, un barrage routier n’a empêché qu’une poignée d’habitants de passer, lesquels se sont vus priés de rentrer chez eux. A l’intérieur de la ville, de nombreux adolescents étaient dans les rues sans restrictions, et les magasins étaient remplis.

Le fonctionnaire municipal Yossi Kakoun a déclaré à Ynet que de telles scènes ne se reproduiraient probablement pas plus tard dans la semaine, lorsque les mesures de répression seront renforcées.

« Il vaut mieux faire les choses de manière conséquente et non par la coercition, afin que les gens ne soient pas amers », a-t-il expliqué.

Dans la ville arabe d’Oum al-Fahm, les policiers ont arrêté des voitures et des piétons et sont entrés dans des commerces restés ouverts, mais n’ont pris aucune mesure contre l’un d’entre eux et se sont contentés d’expliquer les nouvelles directives.

« Pour les prochains jours, nous nous préparons à faire appliquer les directives », a annoncé le chef adjoint de la police de la ville, Tzachi Ben Haim. « C’est une mission nationale difficile et nous allons essayer de la mettre en œuvre de la meilleure façon possible tout en nous concentrant sur le port de masques, les rassemblements et les propriétaires d’entreprises. »

Police vue à l’entrée de la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak alors qu’Israël applique un couvre-feu de nuit à une quarantaine de villes du pays gravement infectées par le coronavirus, le 8 septembre 2020. (Tomer Neuberg/FLASH90)

La méfiance à l’égard des autorités a été la plus marquée dans la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak, fermée à plusieurs reprises au cours des derniers mois, et où les résidents et les fonctionnaires municipaux s’opposent au couvre-feu et le considèrent comme une décision injuste pour leur communauté.

Le fait que le couvre-feu n’ait pas été sérieusement appliqué n’a rien changé à la situation – les habitants ont considéré qu’il s’agissait d’une mascarade.

« Il y a des véhicules de police qui bloquent l’entrée et la sortie de la ville, mais tous ceux qui viennent ici peuvent aller où ils veulent », a déclaré à Ynet un résident nommé Yisrael.

« Ce confinement n’a aucun sens. Il y a eu des incitations contre la population ultra-orthodoxe, alors ils ont décidé d’appliquer ce confinement pour que les gens disent que le gouvernement a fait quelque chose », a-t-il dit.

Des femmes juives ultra-orthodoxes passent devant des agents de la police des frontières à un point de contrôle dans un quartier de Jérusalem, dans le cadre des mesures mises en place par les autorités israéliennes pour tenter d’arrêter la propagation de la COVID-19, le 8 septembre 2020. (Photo de MENAHEM KAHANA/AFP)

Les consignes stipulent que, pendant les heures de couvre-feu, les résidents ont interdiction de se déplacer à plus de 500 mètres de leur domicile et que les commerces non essentiels doivent rester fermés. Les écoles sont totalement fermées, sauf pour les programmes destinés aux personnes ayant des besoins particuliers.

Les projets antérieurs de confinement local 24 heures sur 24 ont été brusquement abandonnés dimanche après que la communauté ultra-orthodoxe a exercé une forte pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avec notamment une lettre de quatre maires haredis remettant en question le soutien futur de leur communauté au Premier ministre et l’accusant de « piétiner » leur communauté et de « nous transformer en vecteurs de maladies et en ennemis du peuple ».

Le ministère de la Santé a déclaré mercredi que 3 506 nouveaux cas de coronavirus ont été confirmés au cours de la journée précédente – le chiffre quotidien le plus élevé depuis le début de la pandémie. Les responsables de la santé affirment que les villes arabes et ultra-orthodoxes sont celles qui ont connu les plus grandes épidémies de tout le pays.

« Le taux de mortalité dans les villes ‘rouges’ d’Israël est l’un des plus élevés au monde », a déclaré Ronni Gamzu, responsable du programme gouvernemental de lutte contre les coronavirus, dans des commentaires diffusés à la télévision lors de l’entrée en vigueur du couvre-feu.

« Même les taux dans les villes ‘vertes’ [celles avec les taux d’infection les plus bas] sont élevés. Nous devons agir pour protéger notre population », a-t-il insisté.

Selon les données du ministère de la Santé, le nombre total de cas de coronavirus en Israël a atteint 139 013 mercredi matin, dont 107 599 se sont rétablis.

Sur les 30 366 cas actifs, 458 sont dans un état grave, dont 140 sous respirateur, 169 autres sont dans un état modéré, les autres présentant des symptômes légers ou aucun. Au total, 930 personnes sont hospitalisées pour la Covid-19. Le nombre de décès s’élève à 1 048.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...