Le Crif « choqué » par les propos de Macron sur l’hommage à Pétain
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Le Crif « choqué » par les propos de Macron sur l’hommage à Pétain

Le président Emmanuel Macron, chef des armées, n'y assistera pas lui-même mais sera représenté par son chef d'état-major particulier, l'amiral Bernard Rogel

(Depuis la gauche) Joel Mergui, Serge Klarsfeld, Emmanuel Macron et Francis Kalifat, le 16 juillet 2017 (Crédit : Capture d'écran BFMTV)
(Depuis la gauche) Joel Mergui, Serge Klarsfeld, Emmanuel Macron et Francis Kalifat, le 16 juillet 2017 (Crédit : Capture d'écran BFMTV)

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) s’est dit « choqué » mercredi par les propos du président Emmanuel Macron qui a jugé « légitime » de rendre hommage samedi aux Invalides à Philippe Pétain, « grand soldat » pendant la Première Guerre mondiale.

« La seule chose que nous retiendrons de Pétain, c’est qu’il a été, au nom du Peuple français, frappé d’indignité nationale lors de son procès en juillet 45 », a déclaré le président du Crif, Francis Kalifat, cité dans un communiqué.

Sans « nier qu’il a été ‘aussi un grand soldat’ durant la guerre de 1914-1918 », le Crif rappelle que Philippe Pétain « a été jugé par la Haute Cour de justice en juillet 1945 pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison », « condamné à la peine de mort et frappé d’indignité nationale ».

« La dégradation nationale fait partie des peines afflictives et infamantes qui entraîne notamment la perte de certains droits dont la perte du rang dans les forces armées », souligne le Crif.

Un hommage sera rendu aux chefs militaires de la Grande Guerre, dont les huit maréchaux de Joseph Joffre au chef du régime collaborationniste de Vichy Philippe Pétain, samedi aux Invalides pour le Centenaire de l’Armistice à l’invitation du chef d’état-major des armées.

« C’est une cérémonie en hommage aux chefs militaires, du caporal au général », a déclaré mardi le porte-parole des armées Patrik Steiger à l’AFP, soucieux de couper court aux polémiques sur le format de l’hommage, qui ne sera pas ouvert à la presse.

« Le CEMA (chef d’état-major des armées) tenait à ce qu’on rende également hommage aux chefs. Il ne faut pas laisser croire qu’il y avait juste le poilu, le combattant et personne au milieu d’eux », a-t-il expliqué.

Le général Fançois Lecointre a donc proposé cet hommage qui a « été validé par l’Élysée » et se tiendra à la veille d’une grande cérémonie à l’Arc de Triomphe en présence de dizaines de chefs d’État et de gouvernement, a souligné le porte-parole.

Le président Emmanuel Macron, chef des armées, n’y assistera pas lui-même mais sera représenté par son chef d’état-major particulier, l’amiral Bernard Rogel, a-t-il ajouté.

L’Élysée a souligné de son côté que la « mémoire particulière » de Philippe Pétain, héros de la Grande Guerre puis symbole de la collaboration avec l’occupant nazi en 1940-44, posait « problème ».

L’entrevue de Montoire, le 3 octobre 1940, entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler (Crédit : wikimedia commons)

« Du point de vue du président, c’est bien le combattant qui est au cœur des célébrations de ce Centenaire (…) Le combattant de 14-18 c’est un civil qu’on a armé et envoyé au front », souligne-t-on à la présidence tout en concédant l’importance pour les militaires de célébrer des « victoires » et des « chefs parfaitement dignes » pendant la Première Guerre mondiale.

Ceux qui seront « nommément honorés » samedi par un dépôt de gerbe, ce sont les cinq maréchaux de la Grande Guerre qui ont leur tombeau aux Invalides, relève le colonel Steiger.

Il s’agit des maréchaux Foch, dont des descendants devraient être présents aux Invalides, Lyautey, Maunoury, Fayolle et Franchet d’Esperey, le titre de maréchal étant une distinction et non un grade.

« C’est une dignité nationale. Pour être maréchal, il faut avoir commandé victorieusement une armée française. C’est un choix politique qui est fait de distinguer particulièrement des grands chefs », explique Michel Goya, historien militaire et ancien colonel des troupes de Marine.

Outre l’éventuelle polémique sur Pétain, le choix d’Emmanuel Macron de commémorer « le civil armé » à travers son « itinérance mémorielle » d’une semaine sur les sites de la Grande Guerre fait aussi débat.

« C’est une vieille image dominante, celle de conscrits un peu inconscients qu’on a amenés à la ‘boucherie’ (..) On a l’impression qu’ils combattaient sans but mais chacun avait le sentiment de faire son devoir, et ce devoir c’était de défendre la France », regrette Michel Goya.

« Tout le monde a participé à la bataille », du simple soldat au maréchal, insiste-t-il aussi en notant que 102 généraux ainsi qu’un quart des officiers d’infanterie sont morts en 1914-18.

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