Le DG de Bayer Israel analyse l’écosystème des start-ups dans l’État juif
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Interview

Le DG de Bayer Israel analyse l’écosystème des start-ups dans l’État juif

Hugo Hagen, adepte du franc-parler et de la culture de l'innovation à l'israélienne, explique que la compagnie allemande a largement investi dans les entreprises israéliennes

Hugo Hagen, directeur général de Bayer Israël. (Autorisation : Danit Nitzan / Bayer)
Hugo Hagen, directeur général de Bayer Israël. (Autorisation : Danit Nitzan / Bayer)

Si la pandémie de coronavirus a prouvé quelque chose aux géants pharmaceutiques du monde entier, c’est bien qu’ils ont besoin d’exploiter l’énergie et le potentiel des start-ups plus jeunes, plus agiles aussi, ainsi que les technologies les plus récentes pour conserver leurs avancées dans le secteur et dominer la concurrence.

Sur les trois vaccins contre la COVID-19 qui sont actuellement distribués en Occident, l’un d’entre eux est le résultat d’une collaboration entre une entreprise pharmaceutique de premier ordre et une start-up spécialisée dans la bio-technologie — Pfizer et BioNTech ; un autre est né du travail conjoint mené par une importante firme et une université — AstraZeneca et Oxford ; et le troisième a été développé par une compagnie pharmaceutique qui est dans le paysage depuis à peine une décennie — Moderna.

Cela fait plus de dix ans que les géants pharmaceutiques ont commencé à exploiter l’écosystème des start-ups, dit Hugo Hagen, directeur et chef de Bayer Israel, la division de l’entreprise dans le pays, au cours d’un entretien accordé le mois dernier au Times of Israël. Et cette tendance est appelée à encore s’accélérer, a-t-il ajouté.

« Cela fait déjà un certain temps que l’industrie pharmaceutique a réalisé qu’elle ne pouvait pas tout faire toute seule, de son côté », a expliqué Hagen. « Alors que traditionnellement, nous nous concentrions sur la nécessité de développer nos médicaments entre nos murs, nous assistons aujourd’hui à un changement significatif et, dans différentes entreprises telles que la nôtre, une grande partie de la préparation vient maintenant de l’extérieur. »

Le siège de Bayer AG à Leverkusen, en Allemagne. (Autorisation)

« Bayer se focalise encore sur la nécessité de développer les médicaments et de faire sa recherche et son développement [R&D] au sein de l’entreprise, mais nous élargissons également nos recherches d’opportunité au-delà de notre cadre traditionnel et nous le faisons d’ailleurs depuis un moment », a-t-il poursuivi.

Hagen, 47 ans, est arrivé en Israël en 2017, explorant les technologies israéliennes dans les secteurs de la pharmacie, de l’agriculture et, aujourd’hui, des technologies sanitaires numériques pour le compte de Bayer AG, firme allemande spécialisée dans les sciences de la vie qui a été fondée il y a 150 ans.

Son travail, a-t-il précisé, est de signaler aux responsables de la compagnie, basés au siège de cette dernière, les nouveautés survenant dans l’écosystème local et de les alerter des dernières avancées. La concurrence visant à découvrir la dernière innovation en date survenant dans l’écosystème des start-ups israéliennes est forte.

« Il y a un si grand nombre d’entreprises qui sont là pour repérer les bonnes idées », a-t-il indiqué. « S’il y a une entreprise israélienne avec de bonnes données concernant des essais cliniques de phase II, je peux vous promettre qu’il y a déjà un grand nombre de firmes pharmaceutiques qui sont d’ores et déjà au courant. »

Au mois de janvier, la branche d’investissement de Bayers – Leaps – a investi dans la firme biotechnologique israélienne Ukko, fondée au sein de l’État juif, qui est parvenue à soulever une somme totale de 40 millions de dollars auprès d’investisseurs lors d’une levée de fonds de série B, concernant l’usage de l’intelligence artificielle et de l’ingénierie des protéines dans le développement d’une alimentation plus saine et de traitements qui seront mis au point pour combattre les allergies alimentaires.

Une serre à Los Pinos, au Mexique, le plus grand projet de tomates sous serres du pays, développé avec l’irrigation au goutte-à-goutte Netafim et la technologie israélienne. (Autorisation de Netafim)

La firme allemande, qui est active en Israël depuis 2008, a exploré des opportunités locales dans le secteur pharmaceutique ainsi que dans le secteur des technologies agricoles. La compagnie a investi dans la start-up de génomique végétale Evogene en 2010 ; dans Compugen Ltd., une firme d’immunothérapie dans la lutte contre le cancer en 2013 ; et dans le développeur d’irrigation au goutte-à-goutte, l’incontournable Netafim en 2016.

En 2016, Bayer a créé un fonds d’innovation agricole en collaboration avec le Trendlines Group, une compagnie d’investissements, pour traiter les maladies bactériennes qui touchent les récoltes, et la firme allemande a établi un partenariat avec l’incubateur israélien en biotechnologie FutuRx pour aider les start-ups dont les activités se concentrent sur les technologies thérapeutiques innovantes.

Bayer collabore également avec Prospera Technologies pour améliorer les rendements agricoles en utilisant l’intelligence artificielle et des méthodes de collecte de données avancées développées par la start-up israélienne.

En 2019, une délégation de 15 hauts-responsables de Bayer s’est rendue au sein de l’État juif en quête d’opportunités de partenariat et d’investissement dans des start-ups locales, dans les secteurs de la biotechnologie et de la santé numérique. Des visites similaires ont eu lieu depuis dans des pays qui étaient tous considérés comme leaders dans le domaine de l’innovation biotechnologique, pharmaceutique et digitale, notamment en Allemagne, en Chine et aux États-Unis.

« Je suis très heureux de ce qu’Israël a à offrir », a affirmé Hagen. « Je voudrais vraiment voir un plus grand nombre d’investissements actifs dans un plus grand nombre de domaines en Israël », a-t-il ajouté, disant qu’il espérait que Bayer mettrait en place « des investissements supplémentaires en Israël en 2021, en plus de celui dans la start-up Ukko qui s’est déjà concrétisé ».

Des collaborations avec des universités israéliennes figurent à l’ordre du jour, ainsi qu’une plus grande focalisation sur la santé numérique, a-t-il poursuivi.

Au mois de juin, Bayer a signé un accord de collaboration portant sur des essais de médicaments sur des tissus du cœur humain imprimés en 3D par des chercheurs de l’université de Tel Aviv.

Les tissus du cœur humain imprimés en 3D à l’université de Tel Aviv. (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israël)

Concernant la santé numérique, a-t-il dit, de nouvelles technologies permettront au fabricant de médicament d’élargir son cadre – en passant du traitement médicamenteux des maladies à la possibilité d’aider à les prévenir grâce à l’intelligence artificielle, au contrôle et aux technologies prédictives, a-t-il affirmé.

« Ce que veut Bayer dorénavant, c’est appartenir au système de santé numérique qui englobe tout – de l’informatique avancée pour identifier de nouvelles combinaisons de médicaments aux programmes d’assistance aux malades, basés sur des applications mobiles. Les technologies digitales ont le potentiel d’aider à transformer la manière dont de nouvelles médecines peuvent être découvertes, développées et mises à la disposition des patients », a-t-il établi.

La firme n’a acquis aucune entreprise israélienne et elle a traversé une période de turbulence au lendemain de son achat, en 2016, de la firme américaine Monsanto, spécialisée dans les technologies agricoles, au prix de 66 milliards de dollars. En plus de la compagnie, Bayer a acquis ce qui s’est avéré être plus de dix milliards de dollars de règlement de plaintes déposées concernant l’utilisation du désherbant Roundup qui avait été développé par Monsanto et qui a entraîné des cancers. Sa capitalisation boursière est alors tombée du chiffre record de 116,8 milliards de dollars en 2017 à seulement 46,1 milliards de dollars au mois d’octobre. Elle est depuis remontée à 65,9 milliards de dollars.

Un agent de santé israélien administre une dose du vaccin COVID-19 de Pfizer-BioNtech dans un centre de santé Clalit, dans un gymnase de la ville de Hod Hasharon, dans le centre d’Israël, le 4 février 2021. (JACK GUEZ / AFP)

Bayer, qui a été fondé suite à son invention de l’aspirine, n’a jamais été un acteur important en termes de vaccin et la firme s’était initialement tenue à l’écart de la course – potentiellement lucrative – d’un vaccin contre la COVID-19 qui, aux yeux de certaines entreprises pharmaceutiques, pouvait se transformer en une débâcle coûteuse, comme cela avait été le cas du vaccin contre la grippe porcine en 2009, qui avait été majoritairement inutilisé.

Mais, au mois de janvier, l’entreprise a décidé de faire le grand plongeon et a signé un accord de collaboration et de services avec CureVac NV, une compagnie biopharmaceutique allemande qui développe actuellement un vaccin contre la COVID-19 sur la base de l’ARN messager, du même type que ceux qui ont été créés par Moderna et par Pfizer-BioNTech.

Le logo de la société de biotechnologie Curevac avec le slogan « Le peuple de l’ARN » au siège de l’entreprise à Tuebingen, en Allemagne, le 7 janvier 2021. (Sebastian Gollnow / dpa via AP)

Malgré son entrée tardive dans la course, il existe toujours « un besoin médical élevé et non satisfait » dans les pays où seule une fraction de la population a été vaccinée, a déclaré Hagen. Il affirme que le vaccin devait être prêt pour sa commercialisation plus tard cette année.

Dans le cadre de cette collaboration, Bayer apportera son expertise et ses infrastructures dans des domaines telles que les opérations cliniques, les affaires réglementaires de pharmacovigilance, les informations médicales et la performance de la chaîne d’approvisionnement, ainsi qu’un soutien dans certains pays, a déclaré la société dans un communiqué.

Hagen a lui-même reçu les deux doses du vaccin Pfizer en Israël, où il est largement distribué, y compris à des résidents non-citoyens.

Le responsable de Bayer a salué Pfizer et BioNTech pour le travail « incroyable » qu’ils ont accompli pour développer le vaccin.

« Ce que Pfizer a réussi à réaliser au cours des six derniers mois est incroyable. Ils ont accompli ce dont toute société pharmaceutique rêverait », a-t-il déclaré. « Tout le monde connaît le nom de Pfizer, tout le monde l’associe au sauvetage du monde, aux vaccins, au retour à la normale. »

Né en Norvège, Hagen s’est entretenu avec l’auteur de ces lignes en plein air (en raison de la pandémie) lors d’une journée d’hiver ensoleillée, dans un parc écologique de Hod Hasharon, près du siège local de l’entreprise, où une centaine de personnes sont employées.

Hagen, à ce poste depuis juin 2019, a expliqué à quel point le coronavirus avait rendu compliqués les voyages de sa famille en Israël. De nombreux proches norvégiens étaient censés lui rendre visite en 2020, a-t-il déclaré, mais tous ces projets ont été suspendus en raison du virus.

Mais il aime à la fois son travail et le pays, a-t-il déclaré. Il rit de la façon dont, lors d’une réunion l’année dernière avec des entrepreneurs israéliens, la délégation de Bayer avait été surprise par le code vestimentaire informel local – un participant portait même des sandales.

« J’adore l’attitude », le « sentiment d’urgence israélien », a déclaré Hagen. Le fait que les gens soient « francs, honnêtes, directs. Certaines personnes peuvent trouver cela très direct, mais moi j’apprécie. Je déteste quand les gens mettent des mots sur les choses et que je ne comprends pas ce qu’ils disent réellement. »

« La culture de l’innovation est incroyable. Vous faites face à un défi ou à un problème, et vous décidez de le résoudre, qu’il n’y a rien dans ce monde qui va empêcher de résoudre ce problème – c’est un trait d’esprit incroyable à avoir. »

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