Le FPÖ, un parti au passé nazi omniprésent
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Le FPÖ, un parti au passé nazi omniprésent

Le comité Mauthausen, qui représente les déportés et leurs descendants, a dénombré 63 dérapages racistes, extrémistes ou antisémites émanant de ses rangs en seulement un an

Norbert Hofer, le Président nouvellement élu du parti fédéral FPO (Parti liberté autrichien) tient une petite pancarte avec son nom lors du 33ème Congrès fédéral ordinaire à Graz, en Autriche le 14 septembre 2019. (Photo de JOE KLAMAR / AFP)
Norbert Hofer, le Président nouvellement élu du parti fédéral FPO (Parti liberté autrichien) tient une petite pancarte avec son nom lors du 33ème Congrès fédéral ordinaire à Graz, en Autriche le 14 septembre 2019. (Photo de JOE KLAMAR / AFP)

Le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), qui espère revenir au gouvernement à l’issue de législatives anticipées dimanche, est un parti d’extrême droite fondé par d’anciens nazis, traversé par des courants nationalistes et libéraux.

Norbert Hofer est depuis septembre le nouveau dirigeant de cette formation, qui a vu se succéder des leaders sulfureux comme Jörg Haider puis Heinz-Christian Strache, débarqué après le scandale de l’Ibizagate.

Le FPÖ a été créé en 1956 comme émanation de l’Union des indépendants, qui rassemblait dans l’immédiat après-guerre d’anciens nazis privés de leurs droits civiques. Il est dirigé dans ses premières années par un ex-officier de la Waffen-SS.

Malgré une brève parenthèse libérale, qui lui a permis de participer à un gouvernement emmené par les sociaux-démocrates entre 1983 et 1986, le courant nationaliste et souverainiste reste majoritaire au sein de la formation.

Le FPÖ fait parler de lui à l’étranger bien avant l’avènement de la vague populiste mondiale, dès la fin des années 1980. Avec l’arrivée de Jörg Haider, il se transforme en une machine de guerre électorale, à coup de slogans xénophobes. En 1989, ce tribun vantant la politique de l’emploi du IIIe Reich est élu gouverneur de Carinthie (sud-est).

En 2000, le FPÖ entre au gouvernement dirigé par le conservateur Wolfgang Schüssel après avoir obtenu 26,9 % des voix aux législatives.

Les sympathisants du Parti de la liberté de l’Autriche (FPÖ) brandissent des écharpes et des photos du chef du parti Hans-Christian Strache et du candidat à la présidence Norbert Hofer l’année dernière lors du dernier rassemblement électoral du parti à Vienne, Autriche, le 13 octobre 2017. (AP/Matthias Schrader)

La participation du FPÖ à l’exécutif provoque l’adoption par l’Union européenne des seules sanctions prononcées à ce jour à l’encontre d’un État membre.

En 2008, Jörg Haider se tue au volant de sa voiture. L’un de ses intimes, Stefan Petzner, évoquera dans un livre l’existence d’une cagnotte secrète au Liechtenstein, qui aurait servi à financer les activités politiques du leader d’extrême droite, notamment grâce aux largesses du colonel Kadhafi.

En 2005, Heinz-Christian Strache s’empare des commandes du parti. Proche des néo-nazis dans sa jeunesse, il a développé un discours principalement identitaire et hostile à l’islam, jouant un rôle clé dans le rapprochement des formations nationalistes en Europe et avec la Russie.

En 2016, le candidat FPÖ Norbert Hofer réalise le meilleur score national du parti, recueillant 46,2 % au second tour de la présidentielle, après une campagne au ton affable et où toute saillie ouvertement xénophobe est bannie.

En décembre 2017, le FPÖ est de nouveau choisi par les conservateurs comme partenaire de coalition. Il obtient pour la première fois des postes régaliens.

Ce nouvel exercice du pouvoir a été jalonné de polémiques : la ministre des Affaires étrangères valsant avec Vladimir Poutine à sa cérémonie de mariage, le ministre de l’Intérieur accusé de saper l’état de droit, des cadres du parti exclus pour saillies néo-nazies.

Le comité Mauthausen, qui représente les déportés et leurs descendants, a dénombré 63 dérapages racistes, extrémistes ou antisémites émanant de ses rangs en seulement un an, entre juin 2018 et juillet 2019.

Des médias proches du FPÖ ont été subventionnés, alors qu’ils répandaient des contenus antisémites.

La communauté juive d’Autriche et les représentants de l’État israélien ont boycotté tout contact officiel avec des représentants du FPÖ.

L’ONG SOS Mitmensch a relevé pas moins de vingt prises de parole émanant de ministres ou de membres de la direction du parti, pouvant être considérées comme racistes envers les musulmans, qui représentent 8 % des habitants du pays.

A l’approche des européennes, un spectaculaire scandale vient poursuivre ce feuilleton. En mai, les médias allemands Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel révèlent, extraits vidéo à l’appui, une tentative de collusion de M. Strache avec la pseudo-nièce d’un oligarque russe, datant de 2017.

Pris au piège d’une mise en scène destinée à le confondre, dont les commanditaires restent mystérieux, M. Strache se dit disposé à offrir d’importants marchés publics à la jeune femme, si elle accepte d’investir dans le plus puissant journal du pays, la Kronen Zeitung, afin de le livrer à son contrôle.

Il a été contraint à la démission et a été remplacé par Norbert Hofer. L’épouse de M. Strache est candidate aux législatives sous les couleurs du FPÖ.

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