Le ghetto intérieur remporte le prix des libraires de Nancy
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Le ghetto intérieur remporte le prix des libraires de Nancy

L'auteur s'est inspiré de son grand-père, juif polonais émigré en Argentine, rongé par la culpabilité d'avoir échoué à convaincre sa mère de le rejoindre pour échapper à la Shoah

"Le ghetto intérieur" de Santiago H. Amigorena, aux éditions P.O.L, lauréat du prix des libraires de Nancy. (Crédit : Facebook)
"Le ghetto intérieur" de Santiago H. Amigorena, aux éditions P.O.L, lauréat du prix des libraires de Nancy. (Crédit : Facebook)

L’écrivain Santiago H. Amigorena a remporté lundi le convoité prix des libraires de Nancy pour Le ghetto intérieur (P.O.L), livre inspiré de la vie de son grand-père, juif polonais émigré en Argentine, rongé par la culpabilité pour n’avoir pas réussi à convaincre sa mère de le rejoindre pour échapper à la Shoah.

Le livre, puissant et déchirant, est en lice pour le Goncourt et le Renaudot.

Le prix des libraires de Nancy a prédit trois fois d’affilée le nom du futur lauréat du prix Goncourt. Cela a été le cas en 2013, 2014 et 2015.

Le prix sera remis à Santiago H. Amigorena vendredi à l’ouverture de la 41e édition du Livre sur la Place de Nancy.

Santiago H. Amigorena nous parle de son nouveau roman

"Le Ghetto intérieur", titre du nouveau roman de l’écrivain franco-argentin, c'est celui de son grand-père, juif émigré à Buenos Aires depuis Varsovie où sa mère, ses frères et sa sœur étaient restés cloîtrés sous la férule des nazis. L'un des chocs de cette rentrée. Retrouvez notre article ici >> https://bit.ly/33YkShx

פורסם על ידי ‏‎Les Inrockuptibles‎‏ ב- יום שישי, 23 באוגוסט 2019

Vicente (Wincenty) Rosenberg, le grand-père de l’écrivain, arrive en Argentine en 1928 bien décidé à tirer un trait sur la misère et l’antisémitisme qui gangrène une partie de la société polonaise.

C’est un jeune dandy, toujours tiré à quatre épingles, que décrit Santiago H. Amigorena. Vicente se marie, devient le père de trois enfants, s’enrichit (un peu) dans le commerce de meubles.

A Varsovie sont restés sa mère, Gustawa, et son frère. Les faire venir à Buenos Aires ? Vicente y pense et puis oublie.

En décembre 1940, Vicente reçoit une lettre postée de Varsovie. « Mon chéri, tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement, la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés d’abandonner l’appartement et de déménager », écrit Gustawa.

Que se passe-t-il en Europe ? Les rares autres lettres qui vont lui parvenir de sa mère enfermée dans le ghetto lui font craindre le pire. « Les soldats allemands viennent la nuit et entrent dans les appartements. Ils tuent sans raison. Ils disent qu’ils font ce qu’on leur dit de faire. Certains sont ivres et ils viennent avec des haches. Mais la plupart ont des regards qui, avec l’hiver, sont devenus tristes comme les nôtres », raconte Gustawa dans la dernière lettre qui parvient à Buenos Aires.

Vicente est accablé. Rongé par la culpabilité d’assister impuissant au massacre des siens, il se mure peu à peu dans le silence. La nuit il joue au poker. Délaisse sa femme et ses enfants. Vicente est devenu le fantôme de sa propre vie, prisonnier à jamais de son « ghetto intérieur ». Jusqu’à sa mort, en 1969, il y restera enfermé.

Santiago H. Amigorena, 57 ans, né sept ans avant la mort de son grand-père, lui redonne enfin la parole.

« L’antisémitisme a fait fuir d’Europe mes aïeuls. Les dictatures latino-américaines m’ont fait fuir avec mes parents l’Argentine puis l’Uruguay pour retourner en Europe. J’ai dû quitter mon pays, ma langue maternelle, et mes amis. Comme mon grand-père, j’ai trahi : je n’ai pas été là où j’aurais dû être », écrit l’écrivain.

En le lisant, on comprend soudain son parcours. Les titres de ses précédents livres sont sans équivoque : Une enfance laconique, Une jeunesse aphone, Une adolescence taciturne

En exergue du Ghetto intérieur, l’écrivain explique : « Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé à écrire un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né (…) Les quelques pages que vous tenez entre vos mains sont à l’origine de ce projet littéraire ».

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