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Le Hamas et l’AP saluent Amnesty pour avoir accusé Israël « d’apartheid »

Dès lundi, Yaïr Lapid avait vivement rejeté les allégations de l'ONG, précisant qu'elle "rapportait les mensonges répandus par les organisations terroristes"

Le groupe Amnesty organise une manifestation devant le siège britannique de la société américaine de voyages TripAdvisor, à Londres, le 30 janvier 2019. (Crédit : Tolga AKMEN / AFP)
Le groupe Amnesty organise une manifestation devant le siège britannique de la société américaine de voyages TripAdvisor, à Londres, le 30 janvier 2019. (Crédit : Tolga AKMEN / AFP)

Comme des ONG locales et Human Rights Watch (HRW), Amnesty International a qualifié mardi « d’apartheid » la politique d’Israël envers les Palestiniens, traités comme un « groupe racial inférieur », selon cette organisation de défense des droits humains dont les propos ont été fustigés par l’Etat hébreu et salués par les Palestiniens.

En avril 2021, HRW avait rejoint des ONG palestiniennes et israéliennes qui avaient décidé d’utiliser le terme « apartheid » pour désigner les politiques d’Israël envers les Palestiniens et les Arabes israéliens.

« Les politiques cruelles d’Israël de ségrégation, de dépossession et d’exclusion à travers ces territoires tiennent clairement de l’apartheid », a estimé la secrétaire générale d’Amnesty, Agnès Callamard lors d’une conférence de presse à Jérusalem, peu après la publication d’un rapport à ce sujet.

« Qu’ils vivent à Gaza, à Jérusalem-Est, dans le reste de la Cisjordanie ou en Israël, les Palestiniens sont traités comme un groupe racial inférieur et systématiquement dépossédés de leurs droits », a-t-elle fait valoir. La bande de Gaza est contrôlée depuis 2007 par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Les membres de l’aile armée du Hamas lors de funérailles d’un membre du groupe terroriste à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 novembre 2021. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

« Les citoyens arabes d’Israël ne vont pas avoir la même expérience de l’apartheid que ceux de Gaza, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de régime d’apartheid », a soutenu Mme Callamard, dont l’ONG dit cependant vouloir éviter les comparaisons avec l’Afrique du Sud.

« Les États-Unis, l’Union européenne et ses États membres et le Royaume-Uni, mais aussi les États qui sont en train de renforcer leurs liens – comme certains États arabes et africains… doivent reconnaître qu’Israël commet le crime d’apartheid et d’autres crimes internationaux », lit-on dans le rapport.

Amnesty a appelé ces acteurs à « utiliser tous les outils politiques et diplomatiques pour s’assurer que les autorités israéliennes mettent en œuvre les recommandations énoncées dans ce rapport et à revoir toute coopération et activité avec Israël pour s’assurer qu’elles ne contribuent pas au maintien du système d’apartheid ».

Dès lundi, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yaïr Lapid (Yesh Atid), avait vivement rejeté les allégations de l’ONG, précisant qu’elle « rapportait les mensonges répandus par les organisations terroristes », et demandé à Amnesty de « retirer » son rapport.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le ministre des Affaires civiles l’Autorité palestinienne Hussein al-Sheikh. (Crédit : Flash90/Wafa)

« Amnesty était naguère une organisation estimée (…) Aujourd’hui, elle est exactement le contraire », a-t-il déclaré accusant l’ONG d’être devenue « une organisation radicale ».

« Israël n’est pas parfait, mais c’est une démocratie attachée au droit international, ouverte à la critique », a-t-il argué, alors que son parti est en faveur d’un rapprochement avec les Palestiniens.

Et de l’accuser d’antisémitisme. « Je n’aime pas dire que si Israël n’était pas un Etat juif personne chez Amnesty n’oserait s’en prendre à lui, mais je ne vois pas d’autre explication », a-t-il dit.

Lapid avait rencontré le 23 janvier le ministre des Affaires civiles de l’AP, Hussein al-Sheikh. Quant au ministre de la Défense, Benny Gantz, il multiplie les contacts avec l’AP.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International (à gauche), s’exprime lors d’une conférence de presse sous le regard de la militante Orly Noy, à Jérusalem, le 1er février 2022. (Crédit : RONALDO SCHEMIDT / AFP)

« Une critique des pratiques de l’Etat d’Israël n’est absolument pas une forme d’antisémitisme. Amnesty dénonce fortement l’antisémitisme », a répondu Mme Callamard. « Nous disons qu’en 2021, 2022, il y a de l’apartheid en Israël, nous ne suggérons pas qu’il y avait un système d’apartheid en 1948 », ajoute-t-elle.

Lors de la conférence de presse, la responsable d’Amnesty a également rejeté les allégations selon lesquelles l’ONG « stigmatisait » Israël, rappelant qu’elle publiait notamment des rapports sur l’Iran.

L’AP, qui contrôle une partie de la Cisjordanie, a salué Amnesty pour son travail « courageux et juste » au nom du peuple palestinien.

Le mouvement terroriste islamiste palestinien du Hamas, qui est au pouvoir dans la bande de Gaza et considéré terroriste par Washington et l’Union européenne, a lui applaudi le « professionnalisme » de l’ONG.

Le rapport diffusé mardi soutient encore que les Palestiniens sont considérés une « menace démographique » par Israël.

Des manifestants avec des bannières aux abords de la Cour pénale internationale, la CPI, demandant au tribunal de poursuivre l’armée israélienne pour des crimes de guerre présumés à La Haye, le 29 novembre 2019. (Crédit : AP/Peter Dejong)

Dans son rapport, Amnesty fait remonter ces politiques à la création d’Israël en 1948. Environ 700 000 Palestiniens ont fui ou ont été expulsés pendant la guerre entourant la déclaration d’indépendance d’Israël, lorsque les pays arabes voisins ont envahi, jurant de rayer l’État juif naissant de la carte. Ils représentaient à l’époque environ 80 % de la population palestinienne dans ce qui est aujourd’hui Israël.

Aujourd’hui, les Arabes à l’intérieur d’Israël ont la citoyenneté, y compris le droit de vote, et certains ont atteint les échelons supérieurs de la politique, des affaires, du droit, de la médecine et du divertissement. Mais dans l’ensemble, ils sont toujours confrontés à la discrimination dans des domaines tels que les marchés du travail et du logement.

« Depuis sa création en 1948, Israël a poursuivi une politique consistant à établir et à maintenir une hégémonie démographique juive et à maximiser son contrôle sur la terre au profit des Israéliens juifs tout en restreignant les droits des Palestiniens et en empêchant les réfugiés palestiniens de rentrer chez eux », écrit Amnesty en référence au droit au retour réclamé par les Palestiniens. « Israël a étendu cette politique à la Cisjordanie et à la bande de Gaza, qu’il occupe depuis. »

Aujourd’hui, quelque 6,8 millions de Juifs et autant d’Arabes vivent en Israël, à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, territoire où Israël impose des restrictions sécuritaires depuis la féroce prise du pouvoir du Hamas en 2007 aux mains du Fatah, selon les données officielles.

Arrivée la semaine dernière à Jérusalem, Mme Callamard a mené des entretiens en Cisjordanie et en Israël, mais n’a pas discuté avec des responsables de la diplomatie israélienne malgré une demande formulée « en octobre » aux autorités.

Le conseil de sécurité de l’ONU à New York. (Crédit : Mission de la Norvège à l’ONU/ Twitter)

Dans son rapport, Amnesty exhorte le Conseil de sécurité de l’ONU à imposer un « embargo » sur les ventes d’armes à l’Etat hébreu, et des « sanctions » aux responsables israéliens « les plus impliqués dans le crime d’apartheid ».

L’ONG a aussi demandé à la Cour pénale internationale (CPI), qui a diligenté l’an dernier une enquête pour « crimes contre l’humanité » contre les Palestiniens, « d’ajouter le crime d’apartheid » à son dossier. Israël mène de son côté une campagne diplomatique, afin de convaincre des pays occidentaux de le soutenir face à la Cour.

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