Le Likud chercherait à écarter la cheffe de la commission Corona
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Le Likud chercherait à écarter la cheffe de la commission Corona

Un responsable du Likud dit que Yifat Shasha-Biton, soutenue par Gantz, rend "impossible" le travail du cabinet après l'annulation de directives gouvernementales par la commission

La députée Likud à la Knesset Yifat Shasha-Biton s'exprime devant les caméras de la Douzième chaîne, le 18 juillet 2020 (Capture d'écran)
La députée Likud à la Knesset Yifat Shasha-Biton s'exprime devant les caméras de la Douzième chaîne, le 18 juillet 2020 (Capture d'écran)

La présidente de la commission Corona de la Knesset a mis en jeu son poste pour la seconde fois en moins d’une semaine, samedi, lorsqu’elle a dit à une chaîne de télévision que sa commission réexaminerait l’approbation des dernières décisions du cabinet en matière de restrictions dans un contexte d’épidémie de coronavirus.

Suite à l’interview accordée par la députée Likud, Yifat Shasha-Biton, à l’émission « Rencontre avec la presse », sur la Douzième chaîne, un haut-responsable du Likud a déclaré devant les caméras de la chaîne que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait l’intention de la limoger et de la remplacer.

« C’est impossible de travailler comme ça », a-t-il dit.

En vertu d’une récente loi, le cabinet peut adopter des régulations d’urgence relatives à l’épidémie de COVID-19 sans nécessairement demander l’approbation de la Knesset. Les parlementaires doivent toutefois ratifier les décisions en l’espace d’une semaine – les directives étant automatiquement annulées, le cas échéant.

Le renvoi de Shasha-Biton ne pourrait avoir lieu qu’avec l’accord du parti Kakhol lavan, partenaire de coalition de Netanyahu. Mais le numéro un de la formation centriste, Benny Gantz, a indiqué qu’il n’apporterait pas son soutien à cette initiative.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 28 juin 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

« Je pense que c’est une bonne chose que la commission Corona accepte les décisions prises par le cabinet… mais nous devons respecter le rôle de la Knesset », a dit Gantz au cours d’une réunion du parti. « J’oeuvre afin d’empêcher le limogeage de Shasha-Biton et j’espère que nous pourrons l’éviter ».

Le Likud avait menacé de renvoyer Shasha-Biton au début de la semaine – après la décision prise par le panel qu’elle préside de rejeter la mesure approuvée, la semaine dernière, de fermer les clubs de gym et les piscines, évoquant un manque de données venant appuyer le bien-fondé de cette directive.

Mais l’opposition de Kakhol lavan au renvoi de Shasha-Biton avait fait reculer le parti de Netanyahu.

Dans l’interview accordée samedi à la Douzième chaîne, Shasha-Biton s’est exprimée contre la décision prise par le gouvernement de faire fermer les plages le week-end, dès la semaine prochaine, et de faire baisser le rideau aux restaurants à partir de mardi, arguant que la commission réclamerait des données justifiant la ratification de ces mesures.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 28 juin 2020. (RONEN ZVULUN / POOL / AFP)

Elle a ajouté que le ministère de la Santé n’avait fourni aucune statistique permettant de justifier ces décisions radicales.

Elle a précisé que sa commission débattrait de ces dernières consignes dans la journée de dimanche, malgré les affirmations faites par le président de la coalition, Miki Zohar, qui a annoncé que la commission ne serait dorénavant plus chargée d’examiner les mesures gouvernementales adoptées dans le cadre de la lutte contre le coronavirus.

Shasha-Biton a déclaré que l’ouverture des plages était déterminante pour permettre aux Israéliens de ne pas céder au découragement.

« En ce qui concerne les restaurants, nous avons dit qu’ils devaient se soumettre aux règles définies par le badge pourpre. Il n’y a aucune raison qu’ils ferment entièrement », a-t-elle noté, ajoutant que les clients pouvaient s’installer à l’extérieur, en plein air, limitant ainsi le risque de propagation du virus.

Répondant à la dernière menace de limogeage, Shasha-Biton a expliqué dans une déclaration qu’elle respectait les décisions prises par le gouvernement mais que la mission de la Knesset était de « réexaminer le travail » de ce dernier.

Et d’ajouter : « je suis entrée en politique dans un seul objectif : Servir la population d’Israël. Si je dois en payer le prix personnellement, je l’accepterais ».

Le député Likud, Miki Zohar, réagit lors d’une réunion de la commission d’organisation à la Knesset à Jérusalem, le 13 janvier 2020. (Hadas Parush/Flash90)

Alors que le taux d’infection à la COVID-19 ne cesse d’augmenter dans le pays, les plus récentes directives gouvernementales qui ont été annoncées jeudi soir imposent dorénavant d’importantes restrictions sur les rassemblements publics jusqu’à une date indéterminée, ordonnent la fermeture des salles des restaurants où il ne sera plus possible de prendre place (une décision qui a été reportée à mardi après l’indignation des professionnels du secteur) et de multiples interdictions qui entreront en vigueur le week-end prochain.

Il sera notamment prohibé de se rendre sur les plages, dans les parcs ou sur autres sites de loisir.

Le vote déterminant la réouverture immédiate des clubs de gym et des piscines, qui avait eu lieu lundi – prenant le contre-pieds du cabinet, qui avait décidé de refermer certains secteurs de l’économie pour tenter de réduire la propagation de la pandémie – avait entraîné des tensions fortes au sein même du parti du Likud de Netanyahu, et initié les efforts visant à remplacer à son poste Shasha-Biton.

Kakhol lavan ayant déclaré ne pas soutenir le départ de la députée de son poste, la formation du Premier ministre avait ultérieurement fait savoir qu’il se contenterait de prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de Shasha-Biton.

La commission avait pris cette décision contre les souhaits de Netanyahu. Ce dernier avait exercé de fortes pressions sur Shasha-Biton en faveur de la fermeture des clubs de gym, avec notamment une rencontre entre les deux politiciens quelques minutes avant la réunion du panel qui avait eu lieu dans la journée de lundi. La parlementaire s’était toutefois prononcée pour la réouverture des piscines et des clubs de gym – comme cela avait été aussi le cas des membres de la commission appartenant à l’opposition – après l’incapacité du ministère de la Santé à présenter des données sur les taux d’infection justifiant ces nouvelles restrictions.

Lundi, juste avant le vote de Shasha-Biton renversant la décision prise par le gouvernement, le chef de la coalition du Likud, Miki Zohar, l’aurait approchée avec colère, selon la Douzième chaîne, lui chuchotant à l’oreille : « Tu es finie au Likud. Tu vas être virée de la présidence de la commission. Bonne chance pour la suite ! »

Immédiatement après le vote, Zohar avait informé le chef de la Commission de la Knesset de l’intention de son parti d’écarter Shasha-Biton et de la remplacer à son poste. Zohar avait alors fait savoir que le nom d’un nouveau parlementaire du Likud serait proposé lors de la prochaine commission de la Knesset, le mardi.

Yifat Shasha-Biton, membre de la Knesset, à la commission de l’éducation, de la culture et des sports, le 15 juillet 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Mais plusieurs heures plus tard, Zohar avait déclaré qu’il avait parlé à Netanyahu et au président de la Knesset, Yariv Levin, et que tous les trois avaient convenu de s’en tenir exclusivement à des sanctions disciplinaires à l’encontre de Shasha-Biton. Il avait ajouté que les projets de loi de la Knesset ne seraient plus transmis à la commission jusqu’à une date indéterminée.

Netanyahu et le ministre de la Santé Yuli Edelstein ont mis en garde de manière répétée, ces derniers jours, contre un nouveau confinement total, affirmant que les dernières restrictions adoptées étaient nécessaires pour l’éviter.

De son côté, un nouveau député du parti de Netanyahu s’en est pris au Premier ministre dans la journée de jeudi, le critiquant pour ce qu’il a estimé être ses intimidations à l’égard de ses alliés politiques osant mettre en doute les décisions gouvernementales. Il a ajouté que le chef du gouvernement se refusait à assumer les problèmes de l’Etat juif.

La législatrice Michal Shir a écrit sur Facebook que Netanyahu devait accepter les critiques « sans que les siens ne lancent un procès en gauchisme ou en radicalité à tous ceux qui expriment des doutes et des inquiétudes ».

Shir a aussi dit qu’elle ne pouvait pas être d’accord avec le fait de « réduire au silence le Parlement » ou avec les « menaces contre les dirigeants de commission et les députés qui vont voter et agir comme des robots », conformément à la ligne du parti, pour ne pas mettre en péril leur avenir politique.

Shir est une alliée proche du député Gideon Saar, adversaire de Netanyahu au sein du Likud qui a défié – en vain – le Premier ministre l’année dernière dans des Primaires à la direction du parti.

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