Le message sobre anti-BDS du nouveau single de Matisyahu
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Le message sobre anti-BDS du nouveau single de Matisyahu

Après le fiasco survenu l’année dernière en Espagne, la star juive du reggae ne mâche pas ses paroles – et a abandonné l’herbe, s’appuyant uniquement sur ses modèles d’inspiration

Matisyahu (Crédit : Howard Blas)
Matisyahu (Crédit : Howard Blas)

NEW YORK — C’est jeudi soir et Matthew Miller est épuisé. Il s’est réveillé tôt, le matin même, prêt à honorer un agenda plein à craquer de rendez-vous et d’interviews en tant que Matisyahu, mais il a finalement passé la plupart de la journée sous son nom de « Papa », après avoir spontanément accepté d’accompagner la classe de son fils scolarisé en maternelle en sortie éducative.

Après, au crépuscule, il est retourné dans le quartier de Booklyn pour y travailler sur sa musique avant de se hâter pour rejoindre Manhattan – conduisant à travers des enclaves Hipster et Hassidiques vers Williamsburg pour être à temps à une comédie à Madison Square Garden.

Deux années ont passé depuis la sortie du dernier album de Matisyahu et il faudra encore attendre un an avec que le prochain ne voit le jour. Pendant ce temps, et alors qu’il vient juste de sortir un nouveau single intitulé “Love Born” et une nouvelle chanson anti-BDS, “Dodging Bullets”, avec le rappeur Kosha Dillz, l’artiste continue ses tournées, se plonge dans l’écriture de ses prochains titres tout en se consacrant à la gestion de sa propre carrière.

Il vient de réaliser son rêve en tant que Matisyahu, l’artiste de reggae juif aux multiples titres. Alors, et maintenant ? Il veut être un bon papa. Et lorsque Matisyahu dépose son fils à l’école, en cette matinée, son enseignant lui demande s’il veut accompagner la classe lors d’une sortie éducative.

« Et là, j’ai regardé dans les yeux de mon fils et ce que j’y ai vu a pris la priorité sur n’importe quelle rencontre ou interview, ou n’importe quoi d’autre qui ait été susceptible d’arriver aujourd’hui », raconte-t-il.

« J’y ai vu les reflets à la fois de mon fils et de mes objectifs dans ma vie, et le tout premier d’entre eux, c’est celui d’être un bon père. A ce moment-là, j’ai été en mesure de déterminer tout ce qui me semble important et c’est exactement de cela dont je parle : la capacité à improviser sa vie. Et c’est la même chose sur scène. »
L’improvisation, c’est ce qui entretient la nouveauté sans cesse renouvelée de la musique de Matisyahu — et c’est également ce qui maintient son inspiration.

« Quand vous écoutez vraiment et que vous faites attention à vous et aux autres autour de vous, vous pouvez prendre un nouveau chemin, une direction qui vous est indiquée par l’univers », dit-il.

C’est ainsi qu’a été créé le titre “Love Born”. Le bassiste Stu Brooks du groupe Dub Trio, producteur de Matisyahu, était de retour d’Espagne après l’annulation temporaire du concert de Matisyahu dans le sillage du fiasco de BDS au cours de l’été 2015. Brooks a alors enregistré la bande son sans cesser de penser à Matisyahu.

‘J’étais complètement stressé d’aller en studio sans cette béquille de fumer de l’herbe’

Dès lors, Matisyahu était resté sobre pendant un mois (et c’est encore le cas aujourd’hui).

“J’étais complètement stressé à l’idée d’aller en studio sans cette béquille de fumer de l’herbe », raconte-t-il.

Il craignait le manque d’inspiration, ou cette capacité à ressentir le « fleuve créatif qui afflue » avant d’improviser les premières paroles. Il a imaginé l’idée de la chanson, « l’amour, né de la souffrance, est l’amour vrai », se référant à la « vie sans béquille, sans possibilité réelle de douceur, en prenant les choses comme elles viennent, en ressentant de vrais sentiments, les soubresauts de l’existence, sans mentir, sans violer la réalité ».

La chanson évoque la persévérance à travers la douleur et cette émotion première offerte par la sobriété, l’antagonisme anti-israélien et les souffrances affrontées en Espagne, et les réactions honnêtes qu’il a eues de ses fans comme de ses détracteurs.

“Quand c’est le moment d’écrire, que c’est le moment de créer, d’où cela vient-il ? C’est pour cela que tant d’artistes et de musiciens finissent par tomber dans la drogue ou cherchent des moyens de faire sortir ces flots d’idées d’eux-mêmes, et du monde qui les entoure », explique Matisyahu.

Alors quand vous ne le faites pas, vous devez trouver un moyen de trouver cette inspiration, ce qui est un travail qui vous met à vif. C’est très vrai et c’est le concept de ‘love born from pain is the real thing’ dans le sens où il y a un certain amour, ou un certain abandon qui vient du fait de ne pas s’échapper de la réalité, mais toutefois de parvenir à l’aimer. C’est un acte d’acceptation », ajoute-t-il.

Pour Matisyahu, la musique agit comme une thérapie, dit-il, et il la veut aussi authentique que possible.

Sur scène, il a pour objectif de créer une « expérience existentielle » pour le public. En montant sur scène alors qu’il est sobre, il accepte de révéler l’état émotionnel dans lequel il se trouve à ce moment-là.

‘Il y a une certaine crise existentielle quand le rêve devient réalité’

“Très souvent, je ne me sens pas bien, je monte sur scène et c’est ce moment où je tente de vivre une expérience qui me transforme en pénétrant dans la musique, en l’explorant et en effet, je retrouve qui je suis, je retrouve la lumière à l’intérieur de moi », dit-il.

A ce stade de la carrière de Matisyahu, le frisson du succès est passé.

“Il y a une certaine crise existentielle quand le rêve devient réalité », reconnaît-il, comparant cette illusion à la découverte d’une nouvelle rencontre amoureuse qui déboucherait sur le quotidien d’un mariage.

Les mêmes chansons et musiques qui avaient pu inspirer Matisyahu il y a des années ne lui semblent plus aussi pertinentes. Ainsi, monter sur scène a permis d’atteindre toutefois un équilibre pour l’artiste : le bonheur des fans, des chansons écoutées littéralement des centaines de fois mais renouvelées grâce à l’improvisation continue de la musique, le mixage des instrumentaux (mais pas des paroles), avec une prise de risque sur scène : celle de ne pas savoir, d’aucune manière, à quoi une chanson donnée pourra ressembler, ne serait-ce que quelques secondes avant d’en entonner les premières mesures.

L’artiste devrait donner un concert au mois de mai à Jérusalem et prévoit une tournée de Hanoukka qui commencera à la mi-décembre. Pour le moment, il pratique l’ “avodah,” [travail] – semblable à toute autre pratique comme la méditation qui exige de la concentration, un dur travail et de l’honnêteté. Et en même temps, il reconnaît côtoyer l’incertitude.

“Il s’agit d’autoriser les questionnements ou l’instabilité », dit-il.

Il peut ne pas toujours savoir à quoi ressembleront ses chansons, mais son désir d’une connexion suffisamment forte avec ses musiciens et son public pour s’assurer que le moment offert sera unique est toujours intact.

“Si vous vivez votre vie d’une certaine façon, vous pouvez être en phase et créer quelque chose qui, dont mon esprit, est plus authentique que d’offrir une réponse d’ores et déjà programmée », dit-il. « C’est être suffisamment en phase avec vous-même pour être à l’écoute de votre vérité intime et quels sont les besoins dont vous devez prendre conscience ».

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