Le ministre de l’Education interdit l’entrée dans les écoles à B’Tselem
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Le ministre de l’Education interdit l’entrée dans les écoles à B’Tselem

Yoav Gallant a expliqué que ceux qui donnaient à Israël des qualificatifs péjoratifs ne seraient plus autorisés dans les établissements ; B'Tselem avait évoqué un "État apartheid"

Le ministre de l'Education Yoav Gallant tient une conférence de presse à Tel Aviv, le 6 août 2020. (Avshalom Sassoni/Flash90)
Le ministre de l'Education Yoav Gallant tient une conférence de presse à Tel Aviv, le 6 août 2020. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Suite à une décision prise par le groupe de défense des droits de l’Homme BTselem de se référer à l’Etat juif comme à un « Etat d’apartheid », le ministre de l’Education Yoav Gallant a expliqué dimanche qu’il allait dorénavant interdire l’entrée dans les écoles des membres des groupes attribuant des qualificatifs « péjoratifs » au pays.

Si la déclaration de Gallant n’a pas explicitement mentionné B’Tselem, cette initiative est survenue la veille de la participation du directeur du groupe de gauche, Hagai El-Ad, à un webinaire conjointement organisé avec la Hebrew Reali School à Haïfa.

Dans un courrier adressé au directeur de son bureau et aux administrateurs des districts scolaires, Gallant a déclaré que l’entrée devait être interdite aux « groupes qui agissent en contradiction avec les objectifs poursuivis par le système d’enseignement, notamment en attribuant à Israël des qualificatifs péjoratifs, en s’opposant à Israël en tant qu’Etat juif, sioniste et démocratique, en décourageant le service militaire au sein de l’armée israélienne, ou en agissant de manière à nuire ou à humilier les soldats israéliens, pendant et après leur service ».

Ce qui pourrait inclure un grand nombre de groupes de défense des droits de l’Homme au-delà de B’Tselem.

Il est impossible de dire pour le moment si le webinaire de lundi aura lieu ou non.

B’Tselem avait déclaré, la semaine dernière, que si les Palestiniens vivaient sous différentes formes de contrôle en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, à Jérusalem-Est et sur le territoire d’Israël lui-même, ils bénéficiaient de moins de droits que les Juifs dans toutes les régions qui relient la mer Méditerranée et le fleuve du Jourdain.

Hagai El-Ad, directeur exécutif de B’Tselem, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 5 février 2016. (Crédit : (AP Photo/Sebastian Scheiner))

« L’un des points déterminants dans notre analyse est qu’il s’agit d’une seule et même zone géopolitique qui est dirigée par un seul gouvernement », avait commenté le directeur de B’Tselem. « Ce n’est pas une démocratie à laquelle s’ajouterait une occupation. C’est l’apartheid entre le fleuve et la mer ».

Les leaders israéliens ont rejeté ces accusations en disant que dans les frontières souveraines de l’Etat juif, la minorité arabe non-juive jouissait de l’égalité des droits, rappelant que le pays s’était retiré de la bande de Gaza pour revenir sur les lignes pré-1967 et qu’il restait ouvert à des négociations sur l’avenir de la Cisjordanie.

Israël affirme que les restrictions imposées à Gaza et en Cisjordanie sont des mesures temporaires nécessaires pour garantir la sécurité au vu des attentats terroristes émanant de ces régions.

Les députés israéliens se sont querellés de manière répétée avec les groupes des droits de l’Homme qui surveillent les abus présumés commis dans les territoires placés sous contrôle d’Israël.

En 2018, la Knesset avait adopté une loi qui donne au ministre de l’Education le droit d’interdire d’entrée dans les écoles les organisations critiques de Tsahal.

Ce texte visait principalement à enrayer les activités du groupe Breaking the Silence, une ONG israélienne qui rassemble les témoignages d’anciens soldats de combat israéliens concernant des violations des droits de l’Homme présumées qui seraient commises à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie – des témoignages qui sont ultérieurement rendus publics.

Des soldats israéliens tiennent un poste de contrôle près de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 10 janvier 2018. (Crédit : AFP / JAAFAR ASHTIYEH)

L’organisation s’est souvent opposée aux responsables politiques et militaires israéliens, et ses critiques ont fustigé son travail, le qualifiant de « malhonnête » et « d’inexact », estimant qu’il entrait dans le cadre d’une campagne visant à nuire à l’image de l’Etat juif à l’étranger.

Le groupe et ses soutiens affirment de leur côté offrir un service « vital » en exposant au public israélien les réalités vécues par les jeunes soldats qui contrôlent quotidiennement la population civile palestinienne.

En 2016, les législateurs israéliens avaient adopté le projet de loi controversé sur la Transparence, qui renforçait de manière significative les exigences de transparence pour moins de vingt organisations à but non-lucratif israéliennes – notamment pour Breaking the Silence – qui obtiennent la plus grande partie de leur financement de la part de gouvernements étrangers.

Une analyse de la législation faite par le ministère de la Justice avait révélé que presque toutes les organisations israéliennes touchées par la loi étaient des groupes opposés à la présence israélienne en Cisjordanie.

Il n’y a pas eu de négociations de paix substantielles depuis environ six ans. Le contrôle militaire exercé par Israël sur la Cisjordanie qui, selon les critiques, n’est pas tenable, dure depuis 53 ans.

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