Rechercher

Le mouvement massorti demande à Netanyahu de ne pas nommer Ben Gvir ministre

Mercaz Olami, groupe représentant l'aile sioniste du mouvement, avertit que la nomination au cabinet du trublion d'extrême-droite menacera les liens entre Israël et la Diaspora

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, s'adresse à ses partisans lors de l'annonce des résultats des élections israéliennes, au siège de campagne du parti, le 1er novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, s'adresse à ses partisans lors de l'annonce des résultats des élections israéliennes, au siège de campagne du parti, le 1er novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’aile sioniste officielle du mouvement massorti a émis une demande, mardi, en direction de Benjamin Netanyahu, futur Premier ministre israélien présumé, l’appelant à ne pas donner de poste ministériel au politicien d’extrême-droite Itamar Ben Gvir au vu de ses antécédents judiciaires et du soutien qu’il a apporté au terrorisme juif dans le passé.

« Nous avons toujours été fiers d’Israël et nous prévoyons de le rester pour l’éternité (chaque jour, à chaque moment et à chaque heure) », écrit l’organisation Mercaz Olami, qui représente toutes les parties de la communauté juive massortie dans les groupes sionistes officiels, dans une lettre ouverte écrite au chef du parti du Likud.

« Cette fierté éternelle nous amène à nous tourner avec détermination vers le prochain Premier ministre d’Israël avec une requête : celle de ne pas accorder à Ben Gvir un poste ministériel au sein du nouveau gouvernement. Il a été condamné pour des actes criminels, notamment pour incitation au racisme, pour possession de matériel de propagande d’une organisation terroriste et pour soutien apporté à une organisation terroriste », continue le courrier.

Une demande qui représente une escalade majeure dans la rhétorique employée dans les échanges entre les organisations juives internationales et le futur gouvernement israélien présumé concernant l’inclusion probable dans la coalition de politiciens d’extrême-droite, connus pour leurs propos et leurs actions qui ont pris pour cible, dans le passé, les Arabes, les membres de la communauté LGBT ou les Juifs progressistes.

Jusqu’à présent, la majorité des organisations juives internationales – avec parmi elles la Rabbinical Assembly du mouvement massorti américain – se sont contentées d’exprimer leurs inquiétudes face à l’essor de l’extrême-droite suite au scrutin de la semaine dernière, s’abstenant par ailleurs de directement évoquer la formation du gouvernement, comme Mercaz Olami vient de le faire.

« Nous sommes très préoccupés par la composition du prochain gouvernement », a commenté auprès du Times of Israel le rabbin Jacob Blumenthal, directeur général de la Rabbinical Assembly.

Le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, à gauche, s’entretien avec le leader d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, dans un hôtel de Tel Aviv, le 7 novembre 2022. (Autorisation)

Blumenthal a noté que son organisation s’était sentie dans l’obligation de passer à l’acte par le biais de Mercaz Olami, convaincue que l’inclusion dans la coalition de politiciens d’extrême-droite – et de Ben Gvir en particulier – était une menace grave pour la relation entre Israël et la Diaspora.

« La relation entre l’Amérique et Israël…. est fondée sur des valeurs partagées, notamment sur l’attachement à la démocratie, au respect des droits de l’Homme et à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Avoir une personnalité au sein du gouvernement qui a fait des déclarations racistes et qui a soutenu la violence dans le passé est très inquiétant », a ajouté Blumenthal.

« La force de la relation entre les Juifs de la diaspora et les Juifs d’Israël se base sur notre engagement à l’égard de nos valeurs communes. Nous attendons du gouvernement israélien qu’il défende ces valeurs de manière à maintenir cette relation », a-t-il poursuivi.

Alors qu’il lui était demandé en quoi Ben Gvir était différent des autres politiciens israéliens connus pour leurs propos anti-arabes et pour leur soutien à la violence politique, le leader juif américain a affirmé que Ben Gvir était représentatif d’une tendance plus large en Israël qui nécessitait une dénonciation ferme de la part de son mouvement.

« Notre sentiment, c’est que nous sommes à un niveau différent et que Ben Gvir représente un changement en cours dans l’ensemble de la société israélienne, changement qui apparaît aussi dans l’approche du pays, et qu’il faut y réagir », a-t-il dit.

Le rabbin Jacob Blumenthal. (Crédit : Assemblée rabbinique via JTA)

Dans le courrier, qui a été partagé avec le Times of Israel avant d’être rendu public, Mercaz Olami fait remarquer les points de vue de Ben Gvir et d’autres sur des questions telles que les droits LGBT et les droits civils, ainsi que sur des questions juives – notamment les droits des Juifs progressistes à la prière égalitaire sur le site du mur Occidental.

« Il est impossible d’ignorer le fait que la coalition qui semble être en train de se former comprend des politiciens dont les positionnements à l’égard des fondements de la démocratie et de la diversité (comme le pluralisme juif, les droits des membres des communautés LGBT et des minorités vulnérables) diffèrent significativement des valeurs qui ont guidé le sionisme depuis ses débuts », écrit l’organisation.

« Les ponts construits entre Israël et les Juifs du monde entier pourraient être gravement endommagés s’il devait y avoir un recul sur des questions sensibles, comme le sont la prière égalitaire au mur Occidental, la conversion ou qui est Juif », ajoute le courrier.

Le parti du Likud n’avait pas répondu à une demande de commentaire au moment de la rédaction de cet article.

Les parlementaires israéliens, y compris Netanyahu, ont rejeté, dans le passé, de tels plaidoyers émanant des groupes juifs internationaux, disant qu’ils s’apparentaient à une intervention étrangère inappropriée dans la politique nationale d’Israël.

Blumenthal déclare penser, ainsi que son organisation, que l’État d’Israël ne représente pas seulement le foyer de ceux qui y vivent mais aussi tout le peuple juif – et que ses orientations politiques, ainsi que sa politique plus largement, ont de l’importance pour les Juifs du monde entier.

« Netanyahu lui-même a souvent déclaré qu’Israël n’était pas seulement l’État des Israéliens, mais celui du peuple juif tout entier. Et le peuple juif tout entier se préoccupe de ce que peut défendre le gouvernement – et alors que nous sommes préoccupés, il est déterminant que les Juifs du monde entier puissent exprimer cette préoccupation », a-t-il continué.

La missive est signée par plusieurs groupes : la Rabbinical Assembly, la Women’s League for Conservative Judaism, la Cantors Assembly, le Seminario Rabínico Latinoamericano, Marom Olami, Masorti Olami, Mercaz USA, Schechter Institutes, Inc., la Masorti Foundation, la Jewish Educators Assembly et la North American Association of Synagogue Executives.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...