Le musée d’Auschwitz fustige un « mensonge » de Lapid
Rechercher

Le musée d’Auschwitz fustige un « mensonge » de Lapid

Le politicien israélien a expliqué que les Polonais "avaient collaboré à la création et à l'exploitation des camps de la mort" - des propos qui ont indigné le musée

Le co-président de Kakhol lavan, Yair Lapid, à la session d'ouverture de la nouvelle Knesset, le 30 avril 2019 (Crédit :  Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le co-président de Kakhol lavan, Yair Lapid, à la session d'ouverture de la nouvelle Knesset, le 30 avril 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le musée du mémorial d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne, a critiqué jeudi soir l’Israélien Yair Lapid, de Kakhol lavan, pour une déclaration faite au sujet de la coopération polonaise pendant la Shoah, faisant l’équivalence entre ses propos et les allégations avancées par les négationnistes.

Lapid avait déclaré au cours d’une interview accordée jeudi au site polonais d’information Ynet que « les Polonais ont coopéré dans la création et dans l’exploitation des camps de la mort. Les Polonais ont livré des Juifs aux Allemands, les envoyant en conséquence à la mort ».

Citant la première partie des paroles prononcées par Lapid, le mémorial d’Auschwitz a écrit sur Twitter qu’une telle déclaration « de la part d’un politicien israélien blesse » autant que le négationnisme du génocide.

« Les deux sont un mensonge conscient », a-t-il estimé. « Utiliser la Shoah comme jeu politique revient à se moquer des victimes. »

Lapid avait ajouté au cours de l’entretien qu’il « y a eu de nombreux Polonais, justes parmi les nations, qui ont sauvé des Juifs et nous leur en sommes reconnaissants pour l’éternité. Mais peut-on prétendre que les camps d’extermination n’ont pas compté d’aides parmi les Polonais ? Bien sûr que non! », a-t-il affirmé.

« Ce n’est pas une coïncidence si les nazis ont créé leurs centre d’exterminations en Pologne. Ils savaient que la population polonaise les aiderait. »

Il a averti que l’antisémitisme persisterait en Pologne si « le gouvernement cherche encore à occulter le passé plutôt que d’en tirer les leçons ».

Lapid est un critique fervent du gouvernement polonais depuis que ce dernier s’est engagé dans une législation qui a été considérée comme une tentative de se défausser de toute responsabilité pendant la Shoah.

Au mois de juin dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue polonais avaient mis un terme à une querelle diplomatique entraînée par une loi polonaise qui criminalisait toute incrimination de la nation polonaise dans l’extermination des Juifs, pendant la Seconde guerre mondiale. Dans le cadre des accords qui avaient mis un terme à la crise, la Pologne avant accepté d’amender la loi pour supprimer toute sanction pénale.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, à gauche, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la conférence sur la paix et la sécurité au Moyen-Orient à Varsovie, en Pologne, le 14 février 2019 (Crédit : AP/Michael Sohn)

Mais le communiqué conjoint des deux leaders dans ce dossier avait été critiqué en Israël comme paraissant accepter le positionnement officiel de la Pologne, niant toute responsabilité dans les atrocités de la Shoah.

Lapid, pour sa part, avait qualifié l’amendement de « mauvaise plaisanterie ».

Lapid, fils d’un survivant de la Shoah, avait été l’un des plus fervents détracteurs de la loi en Israël. Il avait estimé qu’elle s’apparentait à une tentative de réécriture de l’histoire.

Il a déclaré dans le passé : « Aucune loi polonaise ne changera l’histoire : la Pologne a été complice de la Shoah. Des centaines de milliers de Juifs ont été assassinés sur son sol sans avoir jamais rencontré un seul officier allemand ».

L’ambassade de Pologne a répondu à Lapid sur Twitter, disant que « ses affirmations insupportables montrent de manière très claire combien l’enseignement de la Shoah est nécessaire, même ici, en Israël ». L’intention de la législation polonaise, a-t-elle continué, « n’est pas de ‘blanchir’ le passé mais bien de protéger la vérité contre de telles calomnies ».

Un message pour lequel Lapid, indigné, a demandé des excuses : « je suis fils d’un survivant de la Shoah. Ma grand-mère a été assassinée en Pologne par des Allemands et par des Polonais. Je n’ai pas de leçons à recevoir de votre part sur la Shoah. Nous en vivons les conséquences tous les jours dans notre mémoire collective. Votre ambassade doit immédiatement présenter ses excuses ».

L’année dernière, le président Reuven Rivlin avait expliqué à son homologue polonais Andrjez Duda que tandis qu’il « est indubitable que des nombreux Polonais ont combattu le régime nazi… On ne peut pas nier que la Pologne et les Polonais ont joué un rôle dans la Shoah ».

Les rails de chemin de fer menant aux « portes de la mort » de triste mémoire au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, le 13 novembre 2014 à Oswiecim, en Pologne (Crédit : Christopher Furlong/Getty Images/via JTA)

Le musée de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem avait expliqué que « des décennies de recherches historiques révèlent… que l’aide apportée aux Juifs par les Polonais, durant la Shoah, a été relativement rare. Les attaques contre les Juifs, et même leur assassinat étaient un phénomène très répandu ». Il avait noté toutefois que le terme « camp de la mort polonais, qui avait particulièrement blessé les Polonais, relevait d’une « mauvaise représentation historique ».

Dans une interview accordée au début de l’année au Times of Israel, l’ambassadeur de Pologne au sein de l’Etat juif avait reconnu que certains Polonais avaient commis « des crimes abominables » mais il avait fortement rejeté la notion que la « complicité polonaise » dans la Shoah avait été importante.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...