Le PDG de Twitter suggère que sa plateforme n’interdit pas le négationnisme
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Le PDG de Twitter suggère que sa plateforme n’interdit pas le négationnisme

Le porte-parole du réseau a ensuite assuré que Twitter interdit "les tentatives de nier ou de minimiser de tels événements", après l'audition de Jack Dorsey par le Sénat américain

Le patron de Twitter Jack Dorsey, le 17 septembre 2013 à Detroit (Crédit : Getty/AFP/Archives Bill Pugliano)
Le patron de Twitter Jack Dorsey, le 17 septembre 2013 à Detroit (Crédit : Getty/AFP/Archives Bill Pugliano)

NEW YORK – Le PDG de Twitter a déclaré mercredi aux républicains du Sénat que les tweets niant la Shoah n’étaient pas interdits, bien qu’un porte-parole du géant des réseaux sociaux ait déclaré que des messages de ce type pouvaient être supprimés.

Jack Dorsey a été interrogé pendant plusieurs heures au Sénat sur les politiques de sa plateforme concernant les discours de haine et la désinformation, y compris les messages du guide suprême iranien qui remettent en question la Shoah en plus d’appeler à l’annihilation d’Israël.

Interrogeant le dirigeant de la plateforme lors d’une audition de la commission sénatoriale du commerce, le sénateur du Colorado Cory Gardner lui a demandé d’expliquer pourquoi le site avait signalé ou supprimé les tweets du président américain Donald Trump tout en laissant intacts les messages de l’ayatollah iranien Ali Khamenei.

Il lui a spécifiquement demandé : « Si quelqu’un nie que la Shoah a eu lieu, ce n’est pas de la désinformation ? ».

« C’est une information trompeuse », a répondu Jack Dorsey. « Mais nous n’avons pas de politique contre ce type d’information trompeuse. »

« Nous avons une politique contre la désinformation dans trois catégories, qui sont la manipulation des médias, la santé publique, en particulier la COVID, et l’ingérence dans les élections et la suppression des électeurs. Nous n’avons pas de politique ou d’application pour tout autre type d’information trompeuse que vous mentionnez », a ajouté le numéro un de Twitter.

La réponse de M. Dorsey semble contredire l’annonce faite au début du mois selon laquelle Twitter interdirait tout contenu niant la Shoah – imitant ainsi une décision prise quelques jours plus tôt par Facebook.

Interrogé pour clarifier la question, un porte-parole de Twitter a transmis un communiqué au Times of Israel, disant que la société « condamne fermement l’antisémitisme, et les comportements haineux n’ont absolument pas leur place sur notre service ».

« Notre politique de conduite haineuse interdit un large éventail de comportements, y compris les références à des événements violents ou à des types de violence dont les catégories protégées ont été les premières victimes, ou les tentatives de nier ou de minimiser de tels événements », poursuit le texte. « Nous avons également mis en place une solide politique de glorification de la violence et prenons des mesures contre les contenus qui glorifient ou font l’éloge d’actes historiques de violence et de génocide, y compris la Shoah ».

Le Guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, s’adresse à un groupe d’habitants de la ville de Qom, à Téhéran, en Iran, le 8 janvier 2020. (Bureau du Guide suprême iranien via AP)

Bien que le porte-parole ait refusé de commenter davantage, cette déclaration semble suggérer que si Twitter n’inclut pas le négationnisme dans sa politique de désinformation, de telles publications auraient des raisons d’être supprimées en vertu de ses politiques de « conduite haineuse » et de « glorification de la violence ».

Insatisfait des réponses données par Jack Dorsey, le sénateur Gardner a déclaré lors de l’audition, « il est étrange pour moi que vous ayez signalé les tweets du président, mais que vous n’ayez pas caché les tweets de l’Ayatollah sur le déni de la Shoah ou les appels à rayer Israël de la carte ».

Il a ensuite cité les tweets du guide suprême iranien, qui remettaient en question la Shoah, et demandait pourquoi ils n’étaient pas des motifs de signalement ou de suppression par Twitter.

Cory Gardner a ensuite cité un message de Khamenei datant de 2014, dans lequel ce dernier écrivait : « La Shoah est un événement dont la réalité est incertaine et si elle s’est produite, il est incertain de la manière dont elle s’est produite ». Le tweet est toujours en ligne.

L’élu républicain n’avait pas besoin de fouiller aussi loin dans le passé. Alors que l’audience était encore en cours, Khamenei a de nouveau fait référence au déni du génocide tout en protestant contre la défense par la France de caricatures représentant le prophète Mahomet, au nom de la liberté d’expression. « Pourquoi est-ce un crime de soulever des doutes sur la Shoah ? Pourquoi toute personne qui exprime de tels doutes devrait-elle être emprisonnée alors qu’il est permis d’insulter le Prophète (PSAL) ? », a écrit le chef spirituel iranien.

Au cours de l’audience, M. Dorsey a défendu la politique de son entreprise à l’égard de Khamenei, affirmant que Twitter avait signalé certains de ses tweets.

« Nous pensons qu’il est important pour tout le monde d’entendre les dirigeants du monde, et nous avons des politiques les concernant », a-t-il ajouté. « Nous voulons nous assurer que nous respectons leur droit de s’exprimer et de publier ce dont ils ont besoin ».

Le sénateur Roger Wicker, du Mississippi, a également insisté sur le fait que le fait d’appeler à la disparition d’Israël ne violait pas les politiques interdisant les appels à la violence, et que Twitter faisait la différence entre les appels faits par un dirigeant pour nuire à son propre peuple et les appels pour nuire à un autre.

« Les discours contre notre propre peuple, ou contre les citoyens de notre pays, nous pensons qu’ils sont différents et peuvent causer des dommages plus immédiats », a-t-il déclaré.

Jack Dorsey était interrogé dans le cadre d’une audition sur la modération des contenus sur les réseaux sociaux au sein de la commission du commerce du Sénat. L’audition a été convoquée après que ces plateformes, dont Twitter, ont limité ou bloqué la diffusion d’un article faisant état d’allégations de corruption non fondées concernant Joe Biden et sa famille. Twitter a également caché ou signalé des tweets antérieurs du président Donald Trump pour violation de ses directives.

L’approche de Twitter vis-à-vis des publications de Khamenei, en particulier ceux qui appellent à l’élimination d’Israël, a également été remise en question plus tôt cette année lors d’une audition à la Knesset israélienne. Un responsable de Twitter a répondu que ces tweets n’avaient pas enfreint les directives de l’entreprise.

« Nous avons une approche envers les dirigeants qui dit que les interactions directes avec d’autres personnalités publiques, les commentaires sur les questions politiques du jour, ou le sabotage de la politique étrangère sur les questions militaro-économiques ne constituent généralement pas une violation de nos règles », avait alors expliqué Ylwa Pettersson, responsable de la politique de Twitter pour Israël et les pays nordiques.

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