Le pilier de la nourriture casher en Russie se lance dans la nourriture halal
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Le pilier de la nourriture casher en Russie se lance dans la nourriture halal

Il a monopolisé le marché juif, désormais Pinhas Slobodnik accroît son empire au marché musulman qui représente 11 % de la population russe

Pinhas Slobodkin, au centre, avec le personnel lors d'un événement à Moscou en 2014. (Crédit :  Slobodkin)
Pinhas Slobodkin, au centre, avec le personnel lors d'un événement à Moscou en 2014. (Crédit : Slobodkin)

A Moscou, dans la plus grande usine alimentaire, le patron Pinhas Slobodnik accueille ses employés arabes en arabe avec un fort accent russe prononcé.

Quelque 120 employés, la plupart originaire des républiques musulmanes d’Ouzbékistan et de Tajikistan travaillent à l’usine. Un complexe étendu construit en 2009 dans le sous-sol du siège Habbad Loubavitch en Russie.

Quand il vient avec de la nourriture casher pour 250 000 juifs en Russie, il n’a pas encore monopolisé le marché, il l’a pratiquement inventé.

Slobodnik, un chef né dans ce qui est désormais la Biélorussie, possède quatre des six restaurants casher de cette capitale. Il exploite également la cafétéria du Musée Juif de Moscou et est le traiteur casher lors des événements officiels de la communauté juive et vend environ 40 000 repas chaque mois à des grandes compagnies aériennes comme Aeroflot et British Airways.

Dans les pièces étincelantes de propreté, suffisamment pour ressembler à des installations médicales ; les employés préparent le conditionnement des plats comme le poisson gelfit et le chou farci dans des plateaux-repas et des conteneurs pour les repas dans les avions, tous imprimés avec le slogan Pinhas Inc, le nom officiel de l’empire casher Slobodnik.

Les employés portent des vestes en papier et se couvrent la tête, ils chantent de la musique musulmane ousbek.

Mais la musique et la main d’oeuvre ne sont pas les principaux facteurs musulmane de l’entreprise Pinhas Inc.

Plus tôt, cette année, dans l’usine où la casheroute est supervisée par un des grands rabbins de Russie Berel Lazar, il a également reçu le label hallal, preuve que la production de viande est conforme aux lois religieuses musulmanes, édictée par le Conseil des Muftis en Russie.

L’empire alimentaire Slobodnik ne lui a pas seulement apporté un succès financier; il est également crédité d’avoir apporter son aide pour restaurer les traditions religieuses qui avaient été principalement éradiquées sous le régime communiste.

En lançant des gammes de produits halal dans sa production, Slobodnik affirme qu’il espère recréer ses réalisations commerciales quoique à une échelle plus grande.

Les employés de la société Pinhas qui représentent environ la moitié de la main d’oeuvre totale de la société préparent neuf sortes de plats repas halal.

Les repas ont cartonné sur le marché en février en Russie où 11 % de la population est musulmane, selon une étude du centre Pew sur les populations musulmanes mondiales.

Des projets de plats halal dans les avions sont également prévus.

« Je me suis ennuyé, j’ai bien réfléchi ». Il est temps de se lancer dans le halal a affirmé Slobodnik, un homme énergique et corpulent qui finit souvent ses phrases par un ‘yalla’, une expression empruntée à la langue arabe que l’on peut traduire par un enthousiaste « allons y, » expression qu’il a apprise en Israël lorsqu’il a vécu dans les années 1990 avant d’émigrer à Moscou en 2005.

Dés lors les restaurants de Slobodnik sont situés prés de la synagogue Marina Rosha de Lazarn tous ayant reçus des critiques élogieuses pour leur menu unique.

Un restaurant offrant de la nourriture juive biélorusse propose quatre variétés de poisson gelfite, un autre, une variété géorgienne offre une version casher du kinkali, des boulettes épicées fortement de coriandre.

Et les critiques émanent de mécènes non juifs travaillant dans des bureaux à proximité, incluant des employés du FSB l’agence toute puissante de sécurité interne qui a succédé au KGB. Son siège social est situé en face de Marina Rosha.

« Ces jours-ci, ils s’inquiètent des tripes de l’alimentation juive au lieu de la trahison juive, » affirme sur un ton moqueur Slobodnik âgé de 45 ans. C’est un « grand progrès ».

Pinhas Slobodkin à son usine de nourriture casher à Moscou en 2014. (Crédit : Slobodkin)
Pinhas Slobodkin à son usine de nourriture casher à Moscou en 2014. (Crédit : Slobodkin)

L’obtention de certification halal était principalement un « défi bureaucratique, » déclare Slobodnik. D’un point de vue religieux, il n’y a aucune difficulté car n’importe quelle viande casher est par définition aussi halal. Ceci est désormais une réalité au sein des locaux Pinhas.

Alors que certains certificateurs argumentent sur l’équivalence casher-halal, celui-ci se produit néanmoins dans la plupart des communautés russophones, où de fortes perceptions laïques ont été inculquées pendant la période communiste, et ont souvent dicté une période d’indulgence vis-à-vis de la religion.

Dans toute la Russie, des non-juifs consomment de la viande casher au lieu de la viande halal, une situation rendue possible car à la fois le judaïsme et l’islam interdisent le porc et exigent le même abattage qui consiste à couper le cou d’un animal conscient et à le laisser saigner.

Le judaïsme impose des restrictions et des conditions supplémentaires sur comment procéder à cet abattage, donc il est moins courant pour les juifs de consommer de la viande halal.

Mais cela se produit également dans certaines zones de l’ancienne Russie soviétique.

En Azerbaïdjan, de nombreux juifs pratiquants vivant dans les montagnes, une communauté vieille de 2000 ans, originaire de Perse, se sont tournés vers la viande halal venant des voisins musulmans à cause de la disponibilité limitée de la viande casher produite par des shokhets juifs [les personnes habilitées à tuer les animaux pour la casheroute] et des rituels d’abattage.

D’un point de vue démographique, Slobodbik, père de deux enfants qui a grandi dans un foyer laic est devenu plus religieux depuis qu’il est revenu vivre à Moscou. Il affirme que le halal a le potentiel de changer sa PME en une plus grande structure.

En Russie, quelque 1,3 million de tonnes de viande halal sont produites chaque année, soit l’équivalent de 10 % du marché de la viande dans sa totalité selon un rapport effectué l’an passé par le site d’information globalmeatnews.com.

« Les Juifs ne sont pas les seuls à bénéficier d’une liberté de culte après le communisme, » affirme Slobodnik. « D’innombrables musulmans suivent le même chemin. »

‘C’est un processus qui ne se perd pas avec le président russe Vladimir Poutine ».

Le 23 septembre il a assisté à l’inauguration de la mosquée de Moscou (en présence du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas), un grand bâtiment pouvant accueillir 10 000 personnes, la plus grande mosquée d’Europe selon les dires de Poutine.

L’inauguration est le dernier symbole montrant comment les musulmans originaires du sud et du centre de la Russie atteignent une prospérité et établissent des racines dans les régions les plus riches de Russie.

Aujourd’hui, Moscou est le foyer de quelque 2 millions de musulmans, soit 16 % de la population de la ville.

« Quelqu’un doit tirer profit de la viande halal, qui est mieux placé que les Juifs, » demande Slobodnik.

Mais alors que son entreprise halal est une question d’argent, Slobodnik insiste qu’il y a aussi le cœur et beaucoup d’histoire dans l’industrie alimentaire casher. Chaque jeudi, Slobodnik enseigne des recettes vieilles de cent ans à des femmes de confession juive.

Il affirme que la plupart des recettes qu’il enseigne, incluant des variantes locales de blinis et de foie haché épicé au fenouil, avaient pratiquement disparu parmi les juifs d’Europe de l’Est au 20e siècle.

‘Nous avons perdu beaucoup de communautés juives et les rabbins y remédient, » déclare Slobodnik.

« Mon travail est plus facile : je dois juste servir un peu d’âme juive à table ».

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