Le « plan de lutte » de Netanyahu contre la violence chez les Arabes très critiqué
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Le « plan de lutte » de Netanyahu contre la violence chez les Arabes très critiqué

Ce projet intervient alors qu'il fait la cour au vote arabe; il est critiqué pour avoir choisi un ancien policier comme responsable qui avait qualifié les Arabes d'“ingrats”

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu annonce un nouveau plan pour lutter contre la criminalité dans les communautés arabes israéliennes, le 3 février 2021. (Capture d'écran : YouTube)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu annonce un nouveau plan pour lutter contre la criminalité dans les communautés arabes israéliennes, le 3 février 2021. (Capture d'écran : YouTube)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dévoilé mercredi soir un plan très attendu de lutte contre la violence et le crime organisé dans les communautés arabes israéliennes, mais cette initiative a été immédiatement critiquée.

« Je ne peux pas imaginer un avenir pour l’État d’Israël qui contient un Far West sans ordre public, avec de la violence, du crime et du terrorisme. Nous allons le surmonter », a déclaré M. Netanyahu, en promettant 100 millions de NIS.

Les politiciens arabes israéliens et les personnalités de la société civile ont immédiatement critiqué le plan.

« Netanyahu nous offre un pansement », a déclaré le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, en ajoutant : « Il est impossible de résoudre une décennie de négligence avec 100 millions de NIS. »

Une décision gouvernementale de 2016 visant à lutter contre le crime organisé dans les communautés arabes avait prévu un budget de
2 milliards NIS sur quatre ans.

Le chef de la Liste arabe unie Ayman Odeh s’exprime aux journalistes devant sa maison à Haïfa le 3 mars 2020. (Flash90)

Netanyahu a déclaré qu’un « plan beaucoup plus vaste » serait adopté à une date ultérieure, sans préciser ce qui serait inclus ni quand.

Le bureau du Premier ministre a décliné une demande du Times of Israel qui souhaitait obtenir une copie détaillée du plan proposé par Netanyahu mercredi soir.

Les sondages d’opinion montrent régulièrement que la fin de la violence et du crime organisé est une priorité absolue pour les Arabes israéliens, qui meurent de mort violente à un taux considérablement plus élevé que les Juifs israéliens. Selon l’organisation à but non lucratif Abraham Initiatives, 96 Arabes israéliens sont morts dans des homicides en 2020, le nombre le plus élevé de mémoire récente.

Depuis des mois, Netanyahu promet de proposer un plan de grande envergure pour combattre les racines de la violence dans le secteur arabe. La pression s’est accrue ces derniers jours suite à la mort par balle d’Ahmad Hijazi, un résident de Tamra âgé de 22 ans, lors d’une fusillade entre la police et des criminels armés.

« La triste mort d’Ahmad Hijazi est douloureuse pour nous tous, et je présente mes condoléances à la famille », a déclaré M. Netanyahu.

Des milliers de personnes assistent aux funérailles d’Ahmad Hijazi, un étudiant infirmier de vingt ans, près de la ville arabe de Tamra, dans le nord d’Israël, le 2 février 2021. Ahmad Hijazi a été tué lors d’une fusillade entre des policiers israéliens et des criminels à Tamra. (Photo par Sraya Diamant/Flash90)

Ces dernières semaines, M. Netanyahu a également rencontré des dizaines de maires arabes dans le cadre d’une nouvelle campagne électorale menée dans les communautés arabes. Le Premier ministre a déclaré que ses interlocuteurs avaient constamment exigé la nomination d’une personne chargée de mener le combat.

Mercredi soir, Netanyahu a annoncé que le haut fonctionnaire de police à la retraite Aharon Franco servirait de responsable pour la violence dans les communautés arabes.

« J’ai travaillé avec lui et j’ai été impressionné par son professionnalisme, son impartialité et son humanité… Il a d’excellentes relations avec les dirigeants des villes arabes », a déclaré M. Netanyahu.

La nomination de Franco a toutefois immédiatement soulevé la controverse. L’officier de police à la retraite avait auparavant occupé le poste de commandant du district de Jérusalem. Pendant son mandat de chef de la police municipale, Franco avait déclaré que les Arabes avaient fait preuve d’“ingratitude” après une série de violents affrontements avec les forces de l’ordre au mont du Temple en octobre 2009.

« Il y a de l’ingratitude de la part des Arabes. La police a permis aux nombreux fidèles musulmans qui sont venus sur le mont du Temple d’observer le Ramadan et tout s’est déroulé dans un parfait ordre, et maintenant, pendant les fêtes [juives], ils se révoltent », avait déclaré Franco à l’époque.

Le chef adjoint de la police, Aharon Franco, assiste à une conférence de presse au siège de la police à Jérusalem, le 25 avril 2010. (Photo par Miriam Alster/FLASH90)

Le plan à court terme de 100 millions de NIS, que M. Netanyahu a présenté aux journalistes mercredi soir, comprendra entre autres la construction de six nouveaux postes de police, de services d’incendie et de centres communautaires.

M. Netanyahu a ajouté que certains fonds seraient alloués au travail de récupération des armes illégales dans les communautés arabes. Environ 400 000 armes illégales sont présentes dans les villes et villages arabes, selon un rapport présenté à la Knesset l’année dernière.

Le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana, qui s’est exprimé après le Premier ministre, a annoncé la création d’une unité spéciale d’enquête pour cibler le crime organisé dans les communautés arabes.

« L’objectif est d’arrêter le crime avant qu’il ne se produise », a déclaré M. Ohana.

Néanmoins, le plan est loin d’être à la hauteur des espoirs que les hommes politiques et les dirigeants de la société civile arabes israélienne avaient publiquement exprimés. Une décision gouvernementale de 2016 sur la lutte contre le crime organisé dans la société arabe a alloué environ 2 milliards de NIS sur quatre ans à cette question ; les Arabes israéliens avaient suggéré un chiffre similaire.

Mais il est également inférieur aux recommandations complètes émises par le cabinet du Premier ministre en novembre, qui proposait un plan pluriannuel complet et ambitieux s’attaquant aux racines du crime organisé.

Le plan couvrait apparemment toutes les questions imaginables : améliorer les opportunités d’emploi pour les jeunes hommes arabes, résoudre la crise du logement dans les villes arabes, fournir un meilleur crédit aux Arabes israéliens, qui se tournent souvent vers les gangs criminels pour obtenir des prêts.

Dans ses remarques de mercredi soir, Netanyahu a semblé indiquer que ces programmes seraient adoptés dans un plan ultérieur.

Le député de la Liste arabe unie Mansour Abbas, qui a présidé une commission parlementaire sur la violence dans la société arabe, a demandé que le plan complet proposé en novembre soit immédiatement autorisé.

Mansour Abbas, du parti Raam, lors d’une conférence de presse après une rencontre avec le président Reuven Rivlin à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 16 avril 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton / Flash90)

« Les mesures que le ministère de la Sécurité publique a annoncées, dans le cadre de cette guerre contre la violence et le crime, sont certes importantes – bien que tardives – mais elles se limitent à traiter les symptômes de la violence et du crime », a déclaré M. Abbas.

L’organisation à but non lucratif Abraham Initiatives, qui a beaucoup travaillé sur les relations entre la police israélienne et les Arabes israéliens, a déclaré que le plan était « trop peu, trop tard ».

« Les mesures immédiates présentées, et surtout le maigre budget prévu, n’apportent pas de solution en soi. Une poignée de commissariats de police, de casernes de pompiers et de bâtiments communautaires, pour un coût total de 100 millions de NIS – ce n’est pas une réponse sérieuse à la criminalité rampante », a déclaré Abraham Initiatives dans un communiqué.

Interrogé par un journaliste sur le calendrier de l’annonce du plan, le ministre de la Sécurité publique Ohana a rejeté les inquiétudes selon lesquelles l’initiative était liée aux élections de mars ou à une campagne visant à recueillir des voix parmi les Arabes israéliens.

« C’est toujours le bon moment pour sauver des vies », a déclaré Ohana.

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