Le poème en hébreu qui a inspiré Nancy Pelosi
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Le poème en hébreu qui a inspiré Nancy Pelosi

La Démocrate a cité les versets de "Je n'ai pas d'autre pays" d'Ehud Manor, qu’elle a découvert grâce au Travailliste Isaac Herzog, en exhortant le Congrès à destituer Trump

Le chef de l'opposition israélien de l'époque, Isaac Herzog, avec Nancy Pelosi à Tel Aviv, le 26 mars 2018. (Crédit : Twitter / Isaac Herzog via JTA)
Le chef de l'opposition israélien de l'époque, Isaac Herzog, avec Nancy Pelosi à Tel Aviv, le 26 mars 2018. (Crédit : Twitter / Isaac Herzog via JTA)

WASHINGTON (JTA) – Trois semaines après que les électeurs américains ont élu Donald Trump, Nancy Pelosi a trouvé une oreille amicale auprès d’un autre politicien se lamentant d’une défaite.

Au cours du premier week-end de décembre 2016, Pelosi était l’invitée du Forum Saban, une réunion annuelle de dirigeants politiques et de la sécurité nationale israéliens et américains.

Alors chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants des États-Unis, Pelosi se trouvait assise à une table, dans la salle de bal du majestueux Willard Hotel, à côté d’Isaac Herzog, qui était alors son homologue en tant que chef du Parti travailliste au sein de l’opposition israélienne.

Pelosi appréhendait la perspective de servir quatre ans sous un président qu’elle méprisait et qui avait perdu de 2 points le vote populaire lors des élections face à Hillary Clinton. Herzog s’est montré compatissant, ayant perdu une élection 18 mois plus tôt contre Benjamin Netanyahu, alors que de multiples sondages avaient montré le Travailliste en tête.

La conversation tourna vers la littérature, et Herzog chuchota à l’oreille de Pelosi.

« Qu’est-ce que ça signifie ? », un assistant de Pelosi se rappelle avoir demandé à l’un de ses collègues.

Pelosi griffonnait peu après sur une serviette.

C’était une ligne d’un poème israélien : « Mon pays a changé de visage, je n’ai pas d’autre pays », a-t-elle écrit. Quatre ans plus tard, Pelosi le réciterait au Congrès, après le raid meurtrier sur le Capitole.

En 2016, Pelosi avait été envoutée au point d’en devenir obsédée. Elle voulait en savoir plus sur le poème et a demandé à un assistant de faire en sorte qu’Herzog le lui envoie dans son intégralité, ainsi que des informations sur son auteur.

Ce récit se base sur des entretiens avec des assistants proches de Pelosi, qui est maintenant présidente de la Chambre, et avec Herzog, qui est maintenant président de l’Agence juive. Le récit a d’abord été transmis à l’agence de presse JTA par un proche de Pelosi, puis confirmé par le bureau de Herzog.

Herzog n’a pas répondu immédiatement à sa demande, alors Pelosi a ordonné à ses assistants d’insister. Herzog a finalement répondu en mai 2017. Il lui a envoyé le poème « Je n’ai pas d’autre pays » et a expliqué qu’il avait été écrit par un poète israélien, Ehud Manor, en 1982 et mis en musique par Corinne Allal.

Le verset qui a touché Pelosi était le deuxième : « Je ne garderai pas le silence alors que mon pays a changé de visage, je ne m’empêcherai pas de le lui rappeler et de chanter ici à son oreille, jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux. »

Il a été enregistré en 1986 par Gali Atari et a été identifié avec l’opposition politique lors de l’intervention militaire israélienne au Liban de 1982, bien que Manor l’ait écrit suite à la mort de son jeune frère, tué pendant la Guerre d’usure de 1967-1970.

Herzog avait alors dit à Pelosi qu’il s’agissait d’un texte pour apaiser la crise de foi entre un pays, quelles que soient ses couleurs politiques, et ses citoyens. La gauche israélienne l’a utilisé pour pleurer l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995 ; la droite l’a utilisé pour pleurer l’évacuation de la bande de Gaza une décennie plus tard.

Le poème a obtenu les faveurs de Pelosi, qui a remercié Herzog de l’avoir partagé avec elle en mars 2018, quand ils se sont rencontrés lorsqu’elle a dirigé une délégation du Congrès en Israël. Elle a cité la chanson à plusieurs reprises lors de conversations et lors de réunions à huis clos lors de la préparation de la première mise en accusation contre Trump l’année dernière.

« Elle a été très enthousiasmée par [la chanson] », a déclaré un assistant à JTA.

Elle l’a mentionnée dans un discours l’an dernier à J Street, groupe politique libéral juif – ce qui aurait pu faire croire que l’extrait avait été inséré dans son discours par l’un de ses conseillers juifs.

Sauf que ce n’était pas le cas – cela devenant évident quand elle a pris la parole à la Chambre après l’assaut mortel du 6 janvier, exhortant le Congrès à demander la destitution de Trump, dont les affirmations sur sa prétendue victoire aux élections 2020 ont incité au carnage.

« Surtout en cette triste période, je me souviens des paroles du grand poète israélien Ehud Manor. C’est ce qu’il a dit quand il a affirmé : ‘Je ne garderai pas le silence alors que mon pays a changé de visage, je n’arrêterai pas d’essayer de le lui rappeler. Dans ses oreilles, je chanterai mes cris jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux », a-t-elle dit.

« Je ne garderai pas le silence alors que mon pays a changé de visage », a répété Pelosi. « J’exhorte mes collègues républicains à ouvrir les yeux et à tenir enfin ce président pour responsable. »

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