Le Premier ministre polonais « fier » de la purge antisémite de 1968
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Le Premier ministre polonais « fier » de la purge antisémite de 1968

Mateusz Morawiecki dit que c'est l'Union soviétique, et non les Polonais, qu'il faut blâmer pour avoir fomenté des troubles anti-juifs il y a 50 ans

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki prononce un discours lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 17 février 2018, à Munich, dans le sud de l'Allemagne. (AFP PHOTO / Thomas KIENZLE)
Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki prononce un discours lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 17 février 2018, à Munich, dans le sud de l'Allemagne. (AFP PHOTO / Thomas KIENZLE)

Le Premier ministre polonais a déclaré que ses compatriotes devraient être fiers plutôt que honteux des manifestations étudiantes qui, il y a 50 ans, ont déclenché un antisémitisme généralisé et poussé des milliers de Juifs à partir.

Mateusz Morawiecki, au cours d’un débat à l’Université de Varsovie intitulé « Mars 68, Mouvement social national contre le communisme » a blâmé l’Union soviétique, qui contrôlait la Pologne jusqu’à l’effondrement de l’URSS, pour avoir fomenté l’antisémitisme.

Le mois dernier, Morawiecki a déclenché une réaction furieuse de la part du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lorsque le dirigeant polonais a déclaré que l’Holocauste avait des responsables juifs. Le même mois, la Pologne a soulevé la controverse lorsqu’elle a promulgué une loi qui criminalise le fait de blâmer la Pologne pour les crimes nazis. Israël, les organisations juives et les historiens sont parmi ceux qui ont attaqué la loi.

Dans un discours précédant le débat, Morawiecki a déclaré : « Nous entendons souvent dire que Mars 68 devrait être une honte pour la Pologne. Pour les Polonais qui se sont battus pour la liberté, cela devrait être une source de fierté. »

Le reportage de Polskie Radio sur ses propos ne donnait pas d’explication de Morawiecki sur la raison pour laquelle les Polonais devraient être fiers de cet événement. Sa remarque semble être une référence à un soulèvement étudiant raté qui a provoqué la diffamation des Juifs dans les médias sous le contrôle étroit de l’État.

A partir de mars 1968, des étudiants défendant une pièce de théâtre anti-totalitaire interdite, inspirée de l’œuvre du poète de la période romantique Adam Mickiewicz, ont organisé des manifestations de masse brutalement réprimées. Le soulèvement avait éclaté à la suite de l’expulsion de deux étudiants juifs, Adam Michnik et Henryk Szlajfer, pour avoir critiqué les violations des droits de l’homme commises sous le communisme. Les factions rivales du parti communiste au pouvoir ont exploité les manifestations dans leur quête du contrôle du parti. La crise a atteint son paroxysme en chassant les Juifs des rangs du parti au pouvoir et de toute la société.

Cette année-là, quelque 13 000 Juifs ont été forcés de quitter la Pologne et ont été privés de la citoyenneté polonaise. La purge continue de peser sur les relations entre Polonais et Juifs, qui sont généralement bonnes depuis que la Pologne est devenue une démocratie en 1989.

Mais la Pologne ne peut pas être blâmée pour cela, a dit Morawiecki, car elle « n’était pas un État indépendant et souverain, elle dépendait d’une autre superpuissance ».

Le slogan « Sionistes à Sion », qui était courant pendant la période d’incitation, « ne venait pas nécessairement des Polonais qui voulaient la liberté, de la société polonaise », a-t-il dit.

« Cette puissance étrangère, qui était le représentant d’une grande puissance, a mis en œuvre son plan et a utilisé l’antisémitisme. »

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