Le projet d’élections de Netanyahu anéanti par un sondage ? Bien sûr que non
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Analyse

Le projet d’élections de Netanyahu anéanti par un sondage ? Bien sûr que non

Le Likud montait et Netanyahu était le Premier ministre favori des Israéliens. Or, un examen plus attentif des conclusions tirées a semble-t-il traumatisé la coalition

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une session plénière à la Knesset, le 13 mars 2018 (Hadas Parush / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une session plénière à la Knesset, le 13 mars 2018 (Hadas Parush / Flash90)

Il y a quelques temps, la chaîne de télévision israélienne Hadashot TV a publié un sondage d’opinion qui, à première vue, semblait être une excellente nouvelle pour le Premier ministre, qui prévoyait d’organiser des élections anticipées.

Le sondage prédisait que, si des élections se tenaient aujourd’hui, le parti au pouvoir, le Likud de Benjamin Netanyahu, maintiendrait ses 30 sièges remportés lors des dernières élections de 2015. Ce résultat représentait la meilleure performance du Likud dans des sondages depuis ces élections, et illustrait donc le soutien de ces dernières semaines au parti de Netanyahu : menacé par de nouveaux développements – nouveaux témoins, nouvelles allégations, nouveaux détails concernant d’anciennes allégations – dans les diverses affaires de corruption qui le visent, le public, loin de l’abandonner, a affirmé aux sondeurs qu’il soutiendrait son parti en plus grand nombre.

Hadashot a également demandé aux personnes interrogées quel serait leur choix pour le poste de Premier ministre, et les conclusions étaient plutôt favorables à Netanyahu. Pas moins de 36 % ont affirmé vouloir le voir rester à son poste de Premier ministre, contre seulement 12 % qui préfèreraient son rival de Yesh Atid, Yair Lapid, un maigre 8 % qui soutiendrait le leader de l’Union sioniste Avi Gabbay, et un pitoyable 6 % en faveur de Naftali Bennett, Premier ministre autoproclamé de l’après-Netanyahu et actuel ministre de l’éducation du parti HaBayit HaYehudi.

Malgré tout, un examen plus approfondi du sondage suggérait que celui-ci ne représentait peut-être pas une si bonne nouvelle pour le Premier ministre. Et qu’il était même carrément effrayant pour certains de ses partenaires de la coalition.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 12 mars 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Les résultats concernant les différents partis politiques et leur présence à la Knesset montraient des développements plus inattendus.

Ainsi, le parti Yisrael Beytenu, du ministre de la Défense Avigdor Liberman, remporterait seulement quatre sièges – dépassant à peine le seuil minimum de la Knesset et risquant ainsi de disparaître complètement.

De même, Shas, le parti ultra-orthodoxe séfarade, obtiendrait quatre sièges, mettant en péril son existence. En dessous du seuil minimum de la Knesset figureraient le parti Yahad d’Eli Yishai, ancien dirigeant du Shas, et la nouvelle faction de l’ancien ministre de la Défense likudnik, Moshe Yaalon, qui n’a pas encore de nom.

Tous ces partis représentent des partenaires de coalition actuels ou potentiels pour le Likud. Tous sont déjà des alliés de la droite ou représentent des alliés naturels dans un leadership de droite.

Selon le sondage, les choses seraient semble-t-il plus compliquées. Même le plus centriste d’entre eux, le parti Koulanou de Moshe Kahlon, un des principaux partenaires de la coalition actuelle, serait en déclin et remporterait seulement 6 sièges sur ses 10 actuels.

Orly Levy-Abekasis (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Certains de ces sièges seraient remportés par le Likud. D’autres seraient pris par le parti HaBayit Hayehudi de Bennett, qui passerait de huit sièges actuels à onze. Et d’autres encore seraient gagnés par le parti dirigé par Orly Levy-Abekasis, une députée qui a quitté Yisrael Beytenu et acquis une solide réputation en tant que présidente de longue date d’un comité de la Knesset pour les droits des enfants.

Le sondage a montré que Levy-Abekasis – dont le père, David Levy, ancien ministre des Affaires étrangères, était un homme politique particulièrement astucieux – remporterait cinq sièges. Le nom de son futur parti n’a pourtant pas encore été révélé.

Les chiffres que le sondage de Hadashot a révélés ne constituaient pas un désastre pour le Likud de Netanyahu, qui tenterait de constituer une coalition après les élections. Ils étaient plus mornes pour l’Union sioniste (13 sièges) et pas exceptionnels pour Yesh Atid (21 sièges). Mais si Yisrael Beytenu et Shas devaient disparaître, et que les autres conclusions devaient se confirmer le jour des élections, obtenir une majorité à la Knesset, qui compte 120 membres, pourrait s’avérer complexe pour le Likud, et le facteur Levy-Abekasis semble bien imprévisible : le soutien à son encontre se maintiendrait-il ? Prendrait-il de l’ampleur ? Choisirait-elle de rejoindre la coalition ?

Un peu moins de 24 heures après la publication du sondage de Hadashot, des informations ont révélé qu’un accord avait été conclu par les différents partis de la coalition actuelle – résolvant ainsi les controverses concernant le projet de loi sur la conscription des ultra-orthodoxes et sur l’adoption du budget de l’Etat. Cela signifiait que la « crise de la coalition » prenait fin et que des élections anticipées n’étaient maintenant plus à l’ordre du jour – du moins pour le moment.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’entretient avec le ministre de l’Education Naftali Bennett à la Knesset, le 12 mars 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Sur Hadashot TV, l’analyste politique Yaron Dekel a déclaré n’avoir aucun doute sur l’origine de ce retournement de situation. Selon Dekel, cette « bascule » qui a vu le gouvernement parvenir à un accord mardi soir, alors qu’il envisageait d’organiser des élections encore lundi soir, était un effet direct de la publication du sondage.

Liberman, ébranlé par la possibilité que son parti disparaisse, a adopté une position plus souple sur la question du projet de loi de conscription ; les autres membres de la coalition avaient déjà fait de leur mieux afin d’empêcher Netanyahu d’organiser des élections anticipées ; le Premier ministre ne pouvait pas être certain qu’il obtiendrait les votes des députés de la Knesset pour organiser des élections quand il les voulait – en juin – afin de renforcer sa position avant une éventuelle mise en examen pour corruption ; le sondage a suscité toutes sortes de révisions et de réévaluations ; puis l’idée d’élections anticipées a fini par s’effondrer.

Interrogé par Hadashot TV, le député Oren Hazan du Likud, que l’on pourrait définir de « non conformiste », était du même avis.

« Les dirigeants des partis de la coalition et les ministres du Likud ont enclenché les freins », a-t-il déclaré. Liberman, en particulier, « a compris que s’il s’en tenait à ses principes, il regarderait les prochaines sessions de la Knesset à la télé depuis chez lui. »

Le député Likud Oren Hazan s’exprimant lors d’une séance plénière de la Knesset, le 27 novembre 2017. (Hadas Parush/Flash90)

« Ils ont tous analysé le sondage », a déclaré Hazan à propos de ses collègues. « Ils ne veulent pas abandonner leurs sièges. »

Cela signifie-t-il que la Knesset va maintenant poursuivre son travail jusqu’au terme de son mandat en novembre 2019 ? Eh bien, peut-être. Mais aussi peut-être pas.

Cela signifie-t-il que les projecteurs vont se recentrer sur les enquêtes visant Netanyahu et sur les décisions cruciales que le procureur général Avichai Mandelblit doit prendre ? Certainement.

Et cela signifie-t-il que des élections anticipées ont été évitées grâce à une enquête d’opinion par téléphone avec une marge d’erreur de ± 4,3 % et pour laquelle moins de 600 Israéliens ont été interrogés ?

Bien sûr que non. Comme l’a déclaré Netanyahu à la Knesset mardi : « J’ai dit hier que je ferais un effort suprême afin d’empêcher des élections… J’ai promis, et j’ai tenu cette promesse. »

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