Le projet d’implantation dans la Zone E1 reporté suite aux pressions américaines
Netanyahu a repoussé une réunion consacrée au plan ; Israël a fait part de sa décision à Washington après un entretien entre le Premier ministre et Antony Blinken
Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné qu’une réunion consacrée à l’avancée d’un projet d’implantation très controversé dans la Zone E1 soit reportée suite aux pressions exercées par l’administration Biden, ont indiqué deux responsables.
Israël a averti Washington de sa décision dans la journée de jeudi après un entretien téléphonique entre Netanyahu et le secrétaire d’État Antony Blinken, a déclaré vendredi un responsable américain au Times of Israel, confirmant des informations rendues publiques par le site d’information Axios.
« C’est un report à durée indéterminée qui, dans les faits, annule l’affaire », a commenté un officiel occidental proche du dossier auprès du Times of Israel.
Le responsable américain a déclaré que l’administration Biden œuvrait depuis des semaines à faire retirer de l’ordre du jour ce projet envisagé dans la Zone E1. Le bureau de Netanyahu n’avait pas répondu à nos demandes répétées de commentaire au moment de l’écriture de cet article.
Tandis que ce plan spécifique ne figurait pas dans les comptes-rendus israélien et américains qui ont été émis après l’entretien téléphonique entre les deux hauts-responsables, jeudi, le département d’État a déclaré que Blinken avait évoqué « la nécessité de respecter les engagements pris lors des rencontres régionales qui ont eu lieu à Aqaba, en Jordanie, et à Sharm El Sheikh, en Égypte, notamment en évitant de prendre des mesures portant atteinte aux perspectives de mise en place de la solution à deux États. »
Ces dernières semaines, les Palestiniens ont accusé Israël d’avoir violé les promesses qui avaient été faites à la fin du mois de février, avec notamment un gel de quatre mois des réunions consacrées au développement de nouvelles habitations dans les implantations et un gel de six mois de la légalisation d’éventuels avant-postes.
Israël affirme avoir respecté les engagements pris – le pays a toutefois donné le feu vert à des constructions situées à Jérusalem-Est et il a illégalement transféré une yeshiva implantée dans le nord de la Cisjordanie, un transfert qui pourrait ouvrir la voie à la légalisation de l’avant-poste de Homesh.
La session de travail qui était prévue lundi prochain pour évoquer le projet envisagé dans la Zone E1 aurait aussi été une violation des promesses faites par l’État juif à Aqaba, même si elle devait être consacrée à un débat sur les objections juridiques au plan et qu’elle ne devait pas aider à le faire avancer à des stades de planification plus significatifs.
Mais dans la mesure où la majorité des plaintes contre les projets d’implantation sont rejetées, cette réunion de lundi aurait marqué une avancée effective du plan.
La construction potentielle d’un nouveau quartier dans l’implantation de Maale-Adumim, dans la Zone dite « E1 », alarme depuis longtemps la communauté internationale. Elle diviserait la Cisjordanie en deux régions nord et sud et empêcherait le développement d’une métropole palestinienne reliant Jérusalem-Est à Bethléem et à Ramallah – des territoires que revendiquent depuis longtemps les Palestiniens pour y établir leur futur État.
La date de la session de lundi avait été fixée après que Jérusalem a accepté d’annuler une séance de travail au mois de mars en raison des mêmes pressions internationales – exercées par les États-Unis, l’Union européenne et d’autres. Le gouvernement précédent avait aussi cherché à organiser la session consacrée aux objections à au moins trois reprises mais il avait également accepté des reports, même s’il n’avait jamais totalement abandonné le projet.
Mais ce type de report pourrait être beaucoup plus difficile à imposer au gouvernement actuel pour Netanyahu dans la mesure où la coalition est composée de nombreux partenaires pro-implantation qui sont bien déterminés à faire augmenter la présence israélienne en Cisjordanie et à ôter toute possibilité de contiguïté territoriale aux Palestiniens.
Néanmoins, Netanyahu est aussi très déterminé à signer un accord de normalisation avec l’Arabie saoudite – et le sujet a été au cœur de son entretien avec Blinken, jeudi.
Le Premier ministre reconnaît ostensiblement qu’enraciner encore davantage la présence israélienne au-delà de la Ligne verte et que mettre en colère l’administration Biden – indispensable pour élargir davantage les Accords d’Abraham – ne serviront pas sa cause.
Ainsi, il a pris un certain nombre d’initiatives, ces derniers mois, pour freiner ses partenaires politiques les plus extrémistes, en annulant notamment sa décision de renvoyer le ministre de la Défense, Yoav Gallant, et en interdisant aux Juifs de se rendre sur le mont du Temple, un site particulièrement sensible, pendant la fin du ramadan.
Toutefois, les critiques avertissent que ces initiatives prises par Netanyahu pour satisfaire les demandes des États-Unis concernant la question de la Cisjordanie nécessitent de faire des concessions aux partisans d’implantation sur un front différent. Ils évoquent notamment la récente avancée réalisée en direction de la légalisation de Homesh, un avant-poste très controversé.
Si l’audience sur la Zone E1 a en effet lieu et que les objections sont écartées – comme c’est souvent le cas – le projet nécessitera d’autres approbations avant que les travaux puissent commencer, un processus qui pourrait durer des mois, voire des années. Toutefois, tout progrès réalisé dans ce cadre ouvrira la voie à d’autres plans similaires – et la réalisation de ce projet bien précis représenterait une victoire majeure pour les leaders du mouvement pro-implantation.
Cela fait presque trois décennies qu’Israël travaille sur ce plan qui est qualifié par les critiques « d’implantation de l’apocalypse ».
Il contient deux projets de construction situés au nord de Maale Adumim, portant sur un total de 3 426 habitations – des projets qui avaient été préparés par l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin en 1994 et qui étaient arrivés en 2004 en phase de planification précoce de « dépôt » sur décision de l’Administration civile, l’instance du ministère de la Défense responsable de l’approbation des constructions dans les implantations. Le Premier ministre Ariel Sharon avait abandonné le projet à la demande du président américain George W. Bush. En 2012, Netanyahu avait donné le feu vert à la relance du plan qui avait encore une fois été gelé suite aux pressions internationales.







