Le rôle d’Israël dans la libération d’Elizabeth Tsurkov a été mineur
La libération de la chercheuse israélo-russe, détenue en Irak depuis 2023, a été avant tout obtenue grâce aux pressions exercées par Washington et par des intermédiaires - avec un rôle mineur pour le Qatar
La libération, cette semaine, d’Elizabeth Tsurkov – une universitaire israélienne d’origine russe qui avait été kidnappée par Kataeb Hezbollah, une milice chiite, alors qu’elle se trouvait en Irak en 2023 – a été obtenue grâce aux efforts qui ont été livrés par Adam Boehler, envoyé spécial de l’administration américaine pour les otages sous la présidence de Donald Trump, et par Mickey Bergman, le directeur exécutif de Global Reach, une organisation privée américaine qui aide au retour des captifs et autres prisonniers politiques.
Bergman a travaillé en étroite collaboration avec la famille Tsurkov pendant deux ans et demi pour garantir sa remise en liberté. Mardi dans la soirée, à l’issue du processus, Tsurkov a été conduite à l’ambassade américaine à Bagdad, où elle a pu communiquer via visioconférence avec sa famille.
Ses sœurs, Emma et Avital Tsurkov, s’étaient rendues à Washington cette semaine à l’initiative de Global Reach pour une série de réunions discrètes. Elles s’étaient notamment entretenues avec Boehler et avec d’autres responsables de l’administration.
Personne ne savait à ce moment-là que, lors de ces mêmes rencontres, Boehler parviendrait finalement à obtenir la libération de l’otage. Une fois la nouvelle de sa remise en liberté annoncée, les deux sœurs ont rapidement pris l’avion en direction d’Israël, Emma faisant escale à Chypre pour accueillir Elizabeth à son arrivée dans la journée de mercredi.
Peu après qu’Emma et Avital ont appris qu’Elizabeth avait été relâchée, Emma a rencontré le coordinateur israélien délégué aux prisonniers et aux personnes disparues, Gal Hirsch, qui se trouvait à Washington pour assister à la conférence sur la politique du Moyen-Orient qui était organisée par MEAD US.
La famille avait espéré qu’Elizabeth serait directement transférée aux États-Unis – mais une fois les autorités israéliennes informées de la nouvelle de la remise en liberté de l’otage, le bureau du Premier ministre a demandé qu’elle soit d’abord amenée en Israël. C’est ainsi que son avion a atterri au sein de l’État juif, mercredi dans la soirée, et qu’elle a été admise à l’hôpital Sheba, selon un protocole similaire à celui qui a été créé pour les otages libérés par le Hamas.
Au cours des dernières phases des négociations, Emma avait reçu des informations qu’elle avait choisi de ne pas partager avec Hirsch – qui n’en a ainsi été informé qu’après coup. Néanmoins, Hirsch a diffusé un message mardi dans la soirée qui, sur les réseaux sociaux, laissait entendre que les services de sécurité israéliens et l’État lui-même méritaient également d’être félicités pour cette libération.
Le récit complet des pourparlers qui ont abouti à la remise en liberté de Tsurkov n’a pas encore été révélé – mais pour l’instant, il est clairement établi que les mesures prises par Israël et auxquelles Hirsch a fait allusion n’ont pas joué de rôle dans cet heureux dénouement. Tsurkov ne figurait pas en tête de la liste des priorités d’un Israël préoccupé par d’autres questions. Sans l’intervention et sans les pressions exercées par l’administration américaine, l’universitaire serait peut-être restée en captivité en Irak pendant de nombreuses années encore.
Même si elle est affiliée à l’université de Princeton, Tsurkov n’est pas une ressortissante américaine (sa sœur Emma détient une carte verte et elle réside en Californie). Bergman, qui est venu en aide à la famille, a effectué un travail de fond déterminant pour parvenir à persuader Washington de passer à l’action dans ce cas exceptionnel : Elizabeth était entrée en Irak pour y mener des travaux de recherche sur le terrain pour Princeton, utilisant son passeport russe. Son affiliation à Princeton a donné à Boehler un argument de premier plan pour convaincre les États-Unis de s’impliquer en sa faveur.
Emma a exprimé sa gratitude dans un tweet écrit en anglais qui était adressé au gouvernement américain. Elle a ajouté, dans un autre post écrit cette fois-ci en hébreu, qu’elle remerciait le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Gal Hirsch.
Bergman lui-même a diffusé, mardi dans la soirée, une déclaration où il remerciait l’administration Trump : « C’est un jour que nous attendions tous. Alors que d’autres ne voulaient pas l’aider, le gouvernement américain est intervenu, en particulier l’envoyé spécial Adam Boehler et son équipe. L’administration Trump mérite d’être félicitée pour avoir pris des mesures et pour ramené cette jeune femme auprès de sa famille ».
La libération de Tsurkov s’est déroulée dans un contexte de tensions régionales : l’attaque israélienne qui a été lancée, mardi, contre des hauts responsables du Hamas à Doha – une frappe dont l’issue reste incertaine – a placé l’administration Trump dans une situation précaire et dangereuse. Au cours du processus délicat qui a précédé la remise en liberté de la chercheuse, certaines étapes ont nécessité l’aide du Qatar. L’attaque israélienne et la colère du Qatar, notamment à l’égard des États-Unis, soulèvent de sérieuses questions en ce qui concerne le futur qui sera réservé à ce réseau relationnel sensible.
La question des citoyens américains kidnappés est devenue une inquiétude centrale à Washington depuis le retour de Trump à la Maison Blanche.
L’administration considère la prise d’otages comme un outil utilisé dans le monde entier pour exercer des pressions politiques sur Washington. Vendredi, Trump a signé un décret qui permet dorénavant au secrétaire d’État de catégoriser les pays qui pratiquent des « détentions arbitraires » ou des « enlèvements illégaux ». Une désignation qui permettra à Washington d’imposer des sanctions, des restrictions à l’exportation et des interdictions de voyage.
Les conférences de presse organisées à la Maison Blanche ont été l’occasion d’apprendre que les premiers pays susceptibles d’être inscrits sur cette liste pourraient être la Chine, l’Iran et l’Afghanistan, tandis qu’aucun détail n’a été fourni concernant la Russie. Le modèle ressemble à celui qui a été adopté par le Département d’État s’agissant de la désignation des États qui sont considérés comme des soutiens au terrorisme.
Dans le cas de Tsurkov, la menace implicite que l’Irak puisse être désigné comme un pays pratiquant des « détentions arbitraires » ou des « enlèvements illégaux » paraît avoir été à l’origine de l’impulsion finale qui a débouché sur sa libération.
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