Le sommet de la Ligue arabe renforcera-t-il Abbas ?
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Analyse

Le sommet de la Ligue arabe renforcera-t-il Abbas ?

Le chef de l'AP, fort de son invitation à la maison blanche par le président Trump, est en route pour Ammam

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une déclaration conjointe avec le président français après leur réunion au Palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 7 février 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une déclaration conjointe avec le président français après leur réunion au Palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 7 février 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/AFP)

Le sommet de la Ligue arabe qui commence mercredi à Amman survient à un moment opportun pour Mahmoud Abbas. L’Autorité palestinienne (AP) a retrouvé force et vigueur depuis que le président Donald Trump l’a invité à lui rendre visite à la Maison Blanche au début du mois. Comme un coup de tonnerre, le bref coup de téléphone donné par Trump à Abbas l’a sorti de l’isolement politique et lui laisse présager un certain succès lors de la rencontre annuelle des leaders arabes.

Les mois précédents avaient terni de manière significative la douzième année du quatrième mandat présidentiel d’Abbas.

Tout d’abord, les Saoudiens ont fermé le robinet des liquidités à l’AP. Puis l’Egypte, alliée d’Abbas, a soutenu l’un de ses adversaires potentiels les plus redoutables, Mohammad Dahlane, et choisi de réchauffer ses relations avec son rival politique acharné, le Hamas – le groupe terroriste qui contrôle la bande de Gaza.

De plus, il s’est avéré que les dirigeants égyptien et jordanien avaient rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un sommet secret à Amman, organisé par les Etats-Unis, sans qu’Abbas ne le sache. Pour empirer les choses, les Saoudiens auraient accepté de rejoindre l’initiative si cette rencontre au sommet avait pu aboutir à des solutions recevables (ce qui n’a pas été le cas).

Un nouveau shérif s’est aussi installé à Washington et l’administration a pris son temps pour contacter Ramallah, suscitant encore davantage d’anxiété à la Muqataa, le siège du pouvoir d’Abbas à Ramallah, qui craignait que l’AP ne se trouve complètement écartée. Il a fallu presque un mois après l’investiture de Trump pour que les responsables sécuritaires palestiniens rencontrent leurs homologues américains.

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, pendant son discours devant le 7e congrès du Fatah, réuni à la Mouqataa, le siège de l'Autorité à Ramallah, en Cisjordanie, le 30 novembre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, pendant son discours devant le 7e congrès du Fatah, réuni à la Mouqataa, le siège de l’Autorité à Ramallah, en Cisjordanie, le 30 novembre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Mais depuis le 10 mars, date à laquelle Abbas a reçu une invitation de la Maison Blanche lors d’un entretien téléphonique bref mais très encourageant, le leader palestinien a rencontré l’envoyé spécial du président américain pour la paix Jason Greenblatt ainsi que l’émir du Qatar, et s’est entretenu par téléphone à deux occasions avec le roi Abdallah II de Jordanie. Plus important, il a rencontré le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi après 10 mois sans entretiens officiels entre les deux dirigeants.

Ses discussions avec Abdallah et Sissi se sont concentrées sur la nécessité de resserrer les rangs et de coordonner les positions sur la question palestinienne, alors que les deux hommes doivent rencontrer Trump à Washington avant Abbas.

Se dirigeant vers le sommet de la Ligue arabe, Abbas, qui ne doit plus faire face à l’éventuelle perspective de se trouver marginalisé par la nouvelle administration, cherchera à solidifier un front arabe uni sur la question du processus de paix – et sur le fait que lui-même en est un acteur indispensable.

Un projet de déclaration palestinien pour le Sommet appelle les états arabes à « réaffirmer leur engagement en faveur de la solution à deux états et du droit de l’Etat de Palestine à retrouver sa souveraineté sur les territoires occupés en 1967, dont Jérusalem Est ».

Il appelle également « tous les pays à respecter les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU qui rejettent l’annexion par Israël de Jérusalem-Est, territoire occupé » et recommande vivement aux pays « de ne pas déplacer leurs ambassades » de Tel Aviv à Jérusalem, en référence à la promesse électorale de Trump, qui a depuis été mise en veille.

Ce projet a été accepté par les ministres arabes des Affaires étrangères lors d’une rencontre organisée la veille du sommet dans la ville touristique jordanienne de Sweimeh, au bord de la mer Morte.

Abbas a également indiqué qu’il tentera de faire en sorte que les états arabes renouent avec l’Initiative de paix arabe de 2002, plutôt qu’avec un plan régional qui pourrait être préparé à son insu dans un forum similaire à la tentative ratée qui s’est déroulée il y a un an à Amman. Netanyahu s’est récemment vanté de l’amélioration des liens avec les états arabes sunnites qui pourraient, selon lui, court-circuiter l’intervention de l’Autorité palestinienne dans la mise en place d’un accord régional. Trump, pendant sa rencontre avec le dirigeant israélien au mois de février, a semblé réceptif à cette idée.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à gauche) et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, en 2014. (Crédit : AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à gauche) et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, en 2014. (Crédit : AFP)

L’initiative arabe de paix offre à Israël des relations avec des douzaines d’états arabes et musulmans en échange du retrait de toutes les terres capturées en 1967 ainsi qu’une « solution juste » au problème des réfugiés palestiniens.

Ghaith al-Omari, membre du Washington Institute et ancien ministre de l’Autorité palestinienne, a expliqué au Times of Israël qu’il pense qu’Abbas tentera d’utiliser le sommet pour ancrer sa légitimité et qu’il y parviendra – mais peut-être seulement à court-terme.

« A moins que le Sommet arabe ne soit suivi d’actes sérieux à Washington, il sera simplement similaire à la stratégie adoptée par l’ONU avec des bénéfices à court-terme mais pas de parcours [à long terme] vers la légitimité », a dit Omari lors d’un entretien téléphonique lundi, se référant à la stratégie mise en œuvre par Abbas au cours de ces dernières années de faire entrer la Palestine au sein des divers organismes internationaux.

Les Palestiniens célèbrent dans la ville de Ramallah en Cisjordanie le vote de la reconnaissance de la Palestine en tant qu'état observateur non-membre en novembre 2012 (Crédit: Issam Rimawi/Flash90)
Les Palestiniens célèbrent dans la ville de Ramallah en Cisjordanie le vote de la reconnaissance de la Palestine en tant qu’état observateur non-membre en novembre 2012 (Crédit: Issam Rimawi/Flash90)

Omari a souligné que le voyage d’Abbas à Washington, qui serait prévu pour la mi-avril bien qu’aucune date officielle n’ait encore été annoncée, pourrait ne pas se dérouler comme prévu. Trump, connu pour son caractère imprévisible et son instabilité, pourrait mettre la pression sur Abbas sur des questions nationales – comme les incitations à la violence et à la haine contre Israël – ou s’efforcer de l’amener sur la piste de négociations régionales au détriment de l’approche bilatérale qui est demandée par Abbas, dit-il.

« Si cette réunion avec Trump s’avère être une rencontre ponctuelle qui se conclue par une dynamique négative, alors son isolement sera encore plus profond après cela. Il y a donc une opportunité qui lui est offerte, mais c’est également un grand risque pour lui », ajoute-t-il.

Ghaith al-Omari, membre du Washington Institute. (Crédit : autorisation)
Ghaith al-Omari, membre du Washington Institute. (Crédit : autorisation)

Omari a indiqué qu’une grande partie du consensus autour de la question palestinienne est due au travail réalisé en coulisses par les Jordaniens, dont l’intérêt principal est aujourd’hui de garantir que le sommet arabe se déroulera sans heurts.

Il souligne que la récente réunion entre Abbas et Sissi aurait été coordonnée par Amman.

« S’il y a un processus de paix dirigé par les Etats-Unis, les défis intérieurs vont reculer. Mais les sources de tension sont toujours là. Elles n’ont pas été réglées. Il aura, de mon point de vue, un moment de lune de miel avec les pays arabes jusqu’à la rencontre avec Trump. Après cela, tout dépendra du contenu de cette réunion », estime Omari.

Concernant la perspective d’un consensus durant le sommet arabe, Omari doute que cette rencontre puisse entraîner un réel changement.

« Le sommet arabe, a-t-il déclaré, a une longue liste de revendications dont on doit vérifier tous les éléments. Et ensuite les gens l’ignorent ».

L’AFP a contribué à cet article.

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