« L’engagement » turc est responsable de la guerre – Premier ministre arménien
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« L’engagement » turc est responsable de la guerre – Premier ministre arménien

En soutien à l'armée azerbaïdjanaise au Nagorny Karabakh, Ankara est accusé d'avoir déployé des combattants venus de Syrie - des jihadistes selon le président français

Un soldat arménien tire sur une pièce d'artillerie lors d'affrontements avec les forces azerbaïdjanaises dans la région du Haut-Karabakh. Photo publiée le 29 septembre 2020. (Ministère de la Défense arménien via AP)
Un soldat arménien tire sur une pièce d'artillerie lors d'affrontements avec les forces azerbaïdjanaises dans la région du Haut-Karabakh. Photo publiée le 29 septembre 2020. (Ministère de la Défense arménien via AP)

« L’engagement » de la Turquie est à l’origine de la guerre au Nagorny Karabakh, a assuré mardi dans un entretien à l’AFP le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, présentant les hostilités comme une « guerre contre le terrorisme ».

« S’il est vrai que les autorités de l’Azerbaïdjan ont promu activement ces 15 dernières années une rhétorique belliqueuse, la décision de déclencher la guerre a été motivée par le soutien total de la Turquie », a assené Pachinian, 45 ans.

« Sans l’engagement actif de la Turquie, cette guerre n’aurait pas commencé », ajoute-t-il en recevant l’AFP dans une salle fastueuse du Palais du gouvernement, en plein cœur de la capitale arménienne.

Situation exceptionnelle oblige, le Premier ministre, arrivé en convoi toutes sirènes hurlantes, est protégé par des soldats armés et en tenue de combat, postés à l’entrée de cet imposant édifice datant de l’époque stalinienne.

Pachinian affiche pourtant un calme certain, parlant lentement et pesant chaque mot pour dénoncer une « guerre terroriste menée contre un peuple luttant pour sa liberté ».

Il poursuit : « Il ne s’agit pas d’une simple nouvelle escalade au Nagorny Karabakh », région montagneuse disputée depuis des décennies entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, pays musulman turcophone allié d’Ankara.

Des militaires arméniens de l’armée d’autodéfense du Nagorny-Karabakh en train de tirer un obus d’artillerie en direction des forces azéries de leurs positions dans la ville de Martakert dans la région azerbaïdjanaise de Nagorny-Karabakh, le 3 avril 2016. (Crédit : Vahram Baghdasaryan/Photolure/AFP)

« C’est un processus caractérisé par l’engagement actif de groupes terroristes originaires du Moyen-Orient dans la zone du conflit », la guerre devenant ainsi une « opération antiterroriste » menée par les forces arméniennes, selon Pachinian.

Ankara est accusé d’avoir déployé, en soutien à l’armée azerbaïdjanaise au Nagorny Karabakh, des combattants venus de Syrie. Des « jihadistes » même selon le président français Emmanuel Macron qui avait estimé que la Turquie avait dépassé la « ligne rouge ».

Erevan accuse également les forces turques de combattre directement au Nagorny Karabakh, au moyen notamment d’avions de combat F-16, « activement engagés » dans les hostilités selon M. Pachinian.

La Turquie a démenti et aucune preuve formelle de cet engagement n’a été apporté.

Une roquette non explosée à Stepanakert, la principale ville de la région séparatiste du Haut-Karabakh, le 6 octobre 2020, lors des combats en cours entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au sujet de la région contestée. (ARIS MESSINIS / AFP)

Grand frère russe

Pour Nikol Pachinian, la guerre au Nagorny Karabakh n’est ainsi que « la continuation de la politique turque de génocide arménien ». « La Turquie est revenue dans le Caucase du Sud pour poursuivre le génocide arménien », martèle-t-il.

Les Arméniens entretiennent en effet une hostilité désormais séculaire à l’égard de la Turquie du fait du génocide de quelque 1,5 million des leurs par l’Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. La Turquie récuse ce terme et parle de massacres réciproques.

Pour Pachinian, l’Arménie devient ainsi le « dernier obstacle » à l’expansion turque. « Si l’Europe ne parvient pas à appeler cette situation par son nom, alors ils n’ont plus qu’à attendre la Turquie près de Vienne », en référence au siège de la capitale autrichienne par l’Empire ottoman au XVIIe siècle.

Et si le conflit venait à dégénérer jusqu’à une attaque directe sur le territoire arménien, Nikol Pachinian en est sûr : le grand frère russe se portera à son secours, au titre d’un traité d’alliance militaire existant entre les deux pays.

« Dans le cas d’une menace à la sécurité de l’Arménie, l’engagement de la Russie sera soumis au cadre du traité. Je suis convaincu que, si la situation l’exige, la Russie remplira ses obligations », déclare avec confiance le Premier ministre.

Quant à la communauté internationale, et les dirigeants européens avec qui Pachinian a multiplié les conversations téléphoniques ces derniers jours, « la meilleure réponse à cette opération terroriste serait de reconnaître l’indépendance du Nagorny Karabakh », ce qui n’est actuellement fait par aucun pays membre de l’ONU, pas même par l’Arménie.

Débutées il y a dix jours, les hostilités au Nagorny Karabakh ont fait au moins 286 morts, selon des bilans très partiels. Aucun des deux camps ne semble avoir pris un avantage déterminant sur le terrain.

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