Les 75 ans de la libération d’Auschwitz : historiographie et résistance
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Les 75 ans de la libération d’Auschwitz : historiographie et résistance

"C'était plein de soldats allemands, de chiens qui aboyaient - des bergers allemands -, d'agitation, de peur, de cris, Auschwitz était une grande horreur," se souvient une rescapée

Cette image aérienne prise le 15 décembre 2019 à Oswiecim en Pologne montre les bâtiments d'Auschwitz I, qui faisait partie de l'ancien camp de la mort nazi Auschwitz-Birkenau. (Photo par Pablo GONZALEZ / AFP)
Cette image aérienne prise le 15 décembre 2019 à Oswiecim en Pologne montre les bâtiments d'Auschwitz I, qui faisait partie de l'ancien camp de la mort nazi Auschwitz-Birkenau. (Photo par Pablo GONZALEZ / AFP)

Des survivants de la Shoah se rassembleront lundi sur le site d’Auschwitz pour marquer les 75 ans de la libération par les troupes soviétiques de ce camp de la mort où l’Allemagne nazie a tué plus de 1,1 million de personnes, principalement des Juifs.

D’âpres querelles politiques entourent les cérémonies organisées sur ce site dans le sud de la Pologne, et qui réuniront aussi des têtes couronnées, des chefs d’Etat et de gouvernement de près de soixante pays, dont le Premier ministre français Edouard Philippe. Mais en l’absence des leaders des grandes puissances.

Israël a marqué ce même anniversaire jeudi à Jérusalem avec un forum largement médiatisé sur la Shoah, attirant des personnalités comme le vice-président américain Mike Pence, le président français Emmanuel Macron et le président russe Vladimir Poutine. Aucun d’eux n’ira à Auschwitz.

Le président russe a provoqué en décembre l’indignation en Occident après avoir affirmé, à tort, que la Pologne était de connivence avec Adolf Hitler et avait contribué au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Le président russe Vladimir Poutine prononce un discours lors du cinquième Forum mondial sur la Shoah au Mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Abir SULTAN / POOL / AFP)

En fait, la guerre a éclaté quand l’Allemagne nazie et l’Union soviétique ont envahi la Pologne en septembre 1939, en vertu d’une clause secrète de leur pacte Molotov-Ribbentrop.

Le président polonais Andrzej Duda, qui a reproché à M. Poutine d’avoir tenté de réécrire l’Histoire, a snobé le forum de Jérusalem après s’être vu refuser la possibilité de s’y exprimer. Or, Jérusalem affirme avoir proposé à Duda de s’exprimer.

Le président polonais Andrzej Duda (d) et le président israélien Reuven Rivlin (g) arrivent à Oswiecim le 12 avril 2018 à la « Marche des vivants », une marche annuelle de commémoration de l’Holocauste entre les anciens camps de la mort d’Auschwitz et de Birkenau (Crédit : Janek Skarzynski / AFP)

Il doit prononcer un discours lundi à Auschwitz, lors des cérémonies en l’honneur des six millions de Juifs européens tués dans la Shoah.

Pour certains, les cauchemars du camp restent vivaces malgré les décennies écoulées.

Les soldats allemands « n’avaient qu’à vous pointer du doigt pour vous envoyer dans une chambre à gaz », se rappelle Bronislawa Horowitz-Karakulska, 88 ans, Juive polonaise survivante d’Auschwitz, où elle a été emprisonnée à 12 ans avec sa mère.

Le crématorium près de la première chambre à gaz de l’ancien camp de la mort nazi d’Auschwitz I à Oswiecim, en Pologne, le 8 décembre 2019. (Markus Schreiber/AP)

« Quiconque avait l’air faible, maigre, osseux, était sélectionné pour la mort », raconte l’octogénaire. Elle a survécu grâce à sa mère qui a soudoyé les gardes avec un diamant qu’elle avait fait entrer clandestinement dans le camp.

« C’était plein de soldats allemands, de chiens qui aboyaient – des bergers allemands -, d’agitation, de peur, de cris, Auschwitz était une grande horreur », insiste-t-elle.

Si le monde a appris toute l’étendue des horreurs seulement après l’entrée de l’Armée rouge dans le camp le 27 janvier 1945, les Alliés disposaient bien avant d’informations détaillées sur le génocide des Juifs.

En décembre 1942, le gouvernement polonais en exil à Londres a transmis aux Alliés un document intitulé « L’extermination massive des Juifs dans la Pologne occupée par l’Allemagne ».

Ce document, accueilli avec méfiance, comprenait des comptes rendus détaillés sur la Shoah dont les membres de la résistance polonaise avaient été témoins.

Jan Karski (Crédit : © Carol Harrison)

Les résistants polonais Jan Karski et Witold Pilecki ont risqué leur vie lors d’opérations distinctes pour infiltrer puis s’échapper des camps de la mort nazis et des ghettos juifs en Pologne occupée, y compris Auschwitz.

Considérés comme exagérés ou faisant partie de la propagande de guerre polonaise, « nombre de ces rapports n’ont simplement pas été crus » par les Alliés, a expliqué à l’AFP le professeur Norman Davies, historien britannique d’Oxford.

Malgré les « fortes demandes » de la résistance polonaise et juive pour que Londres et Washington bombardent les voies ferrées menant à Auschwitz et d’autres camps de la mort, « l’attitude des militaires consistait à se concentrer sur des cibles militaires et non sur des questions civiles », a déclaré M. Davies.

« L’une des cibles que l’armée (britannique) a bombardées était une usine de carburant synthétique près d’Auschwitz » en 1943-44, a-t-il ajouté.

A Auschwitz-Birkenau, en mai 1944, les Juifs hongrois arrivent dans des wagons à bestiaux et se préparent pour la « sélection » dirigée par les SS. (Auschwitz Album)

Bien que les avions de guerre britanniques aient survolé le camp de la mort, aucun ordre de bombardement n’a été donné.

Le professeur Dariusz Stola, historien polonais et expert de l’histoire des Juifs polonais, se fait l’écho de ces remarques.

« Les chefs militaires n’aimaient pas que les politiciens civils se mêlent de leurs affaires », a-t-il indiqué à l’AFP.

Pour les dirigeants militaires alliés, bombarder Auschwitz ou ses lignes de ravitaillement « ressemblait à une opération humanitaire et ils n’en voulaient pas », a ajouté l’ancien directeur du Musée Polin de l’histoire des Juifs polonais, à Varsovie.

Le plus grand et le plus meurtrier de tous les camps nazis de concentration et de mort, Auschwitz-Birkenau est le seul à avoir été préservé. Il a été abandonné par les Allemands fuyant l’Armée rouge qui avançait.

Les rails de chemin de fer menant aux « portes de la mort » de triste mémoire au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, le 13 novembre 2014 à Oswiecim, en Pologne (Crédit : Christopher Furlong/Getty Images/via JTA)

Créé et géré par les nazis allemands de 1940 à 1945, Auschwitz faisait partie d’un vaste réseau de camps à travers l’Europe, mis en place dans le cadre de la « Solution finale » d’Adolf Hitler, en vue du génocide d’environ dix millions de Juifs européens.

Sous l’occupation allemande entre 1939 et 1945, 90 % des 3,3 millions de citoyens juifs d’avant-guerre en Pologne ont été tués.

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