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« Les Arabes contrôlent le pays » : le Likud cible les électeurs d’extrême droite

Le parti prévoit l'expulsion des familles de terroristes, des peines de prison pour exhibition du drapeau palestinien ou incendie du drapeau israélien, la déchéance de citoyenneté

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, à gauche, s’entretient avec le député Miki Zohar lors d’une réunion de la faction du Likud à la Knesset, le 25 janvier 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, à gauche, s’entretient avec le député Miki Zohar lors d’une réunion de la faction du Likud à la Knesset, le 25 janvier 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Likud mettra l’accent, lors de sa prochaine campagne électorale, sur les électeurs d’extrême droite, avec un projet de loi s’en prenant aux nationalistes au sein de la communauté arabe israélienne, a appris le Times of Israel.

Ce ne sera pas chose aisée, pour le parti du chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, de convertir la colère suscitée par les récents attentat terroristes – dont certains ont été commis par des Arabes israéliens – et les émeutes à Jérusalem ou ailleurs, en suffrages dans les urnes.

La campagne du Likud devrait s’articuler autour d’un engagement à promulguer un certain nombre de lois radicales en cas de victoire.

Ce projet de loi pourrait prévoir l’expulsion des familles de terroristes détenant la citoyenneté, des peines de prison pour avoir arboré le drapeau palestinien ou brûlé le drapeau israélien, et la déchéance de citoyenneté pour les manifestants en temps de guerre.

Netanyahu a opéré ce changement de cap à l’occasion de récentes réunions de factions du parti, avec les députés Miki Zohar et Ofir Katz à la manœuvre sur le projet de loi. « Nous adopterons tout si nous sommes élus », a déclaré Zohar à Zman Yisrael, la version en hébreu du Times of Israel, qualifiant le projet de « nouvelles lois de gouvernance ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud Miki Zohar (à droite) à la Knesset, à Jérusalem, le 20 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Les Arabes s’emparent du pays. Nous le voyons tous les jours. Ils profitent des Juifs. Ils font ce qu’ils veulent. Ils se rendent à des manifestations violentes qui mènent parfois à des lynchages. Ils piétinent les drapeaux israéliens », a accusé Zohar. « Ce sera le sujet central des élections et les électeurs seront avec nous. »

Ce n’est pas la première fois que le Likud instrumentalise le sentiment anti-arabe pour séduire les électeurs. Le jour des élections de 2015, Netanyahu déclarait, dans une formule tristement passée à la postérité : « Le règne de la droite est en danger. Les électeurs arabes votent en meute. »

Netanyahu s’en prend très régulièrement au gouvernement pour avoir accepté Raam -un parti islamiste – dans ses rangs, alors même qu’il aurait lui aussi négocié avec son chef, Mansour Abbas, la participation de Raam à une possible coalition dirigée par le Likud à l’issue des élections d’avril 2020.

Ce thème de campagne rappelle un slogan utilisé en d’autres temps par le parti Yisrael Beytenu du ministre des Finances Avigdor Liberman qui ciblait directement la population arabe d’Israël : « Pas de citoyenneté sans loyauté ». Mais il prend cette fois un ton plus militant.

Les électeurs du parti Yamina du Premier ministre Naftali Bennett, de Tikva Hadasha du ministre de la Justice Gideon Saar et d’Yisrael Beytenu – les trois partis de droite du gouvernement – ne sont pas le cœur de cible de cette campagne.

Il s’agit plutôt d’une initiative du Likud pour contrer la menace posée par la popularité croissante du parti d’opposition d’extrême droite Sionisme religieux, dirigé par Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir.

Le chef du Parti sioniste religieux Bezalel Smotrich, (à gauche), et Itamar Ben Gvir du parti d’extrême droite Otzma Yehudit lors d’une tournée électorale au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 19 mars 2021, quatre jours avant les élections générales. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les résultats d’un sondage réalisé par la Treizième chaîne ce mois-ci attribuent neuf sièges au parti Sionisme religieux lors d’une prochaine élection, contre six aujourd’hui. Bien que ce sondage attribue également davantage de sièges au Likud, des sources au sein du parti pensent que Netanyahu ne souhaite pas d’élections dans l’immédiat.

Suivant cette logique, Netanyahu saurait que, s’il ne gagnait pas les prochaines élections et ne parvenait pas à former de gouvernement, il perdrait jusqu’à ses plus ardents partisans au sein du Likud, sans autre espoir à la tête du parti.

Par conséquent, Netanyahu ne redouble pas d’activité pour renverser le gouvernement, alors que son procès pour corruption se poursuit et qu’une négociation de peine serait sur la table.

Le député Amichai Chikli lors d’une réunion de la commission de la Chambre de la Knesset concernant la demande du parti Yamina de le déclarer  » transfuge « , le 25 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il met plutôt ce temps à profit pour créer un « parti satellite » avec le député Amichai Chikli, évincé du parti Yamina de Bennett, le mois dernier. Les règles en vigueur à la Knesset ne permettront pas à Chikli, qui fait face à des mesures punitives, de se présenter sous une étiquette existante aux prochaines élections. Il serait en revanche autorisé à le faire avec un nouveau parti, dont Netanyahu pense qu’il pourrait lui assurer le 61e siège nécessaire à obtenir la majorité à la Knesset.

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