Les Arabes israéliennes font une percée dans l’éducation et le marché du travail
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Les Arabes israéliennes font une percée dans l’éducation et le marché du travail

Le rapport du Taub Center montre que la proportion de femmes arabes israéliennes poursuivant des études supérieures est en hausse, mais de nombreux défis restent à relever

Des Israéliennes bédouines au service client de Bezeq, le 27 juillet 2015. Le centre d'appel est situé dans une mosquée, dans la ville arabe de Hurra. Les femmes ont été embauchées via le centre d'emploi Rayan de Rahat. Les experts en emploi veulent se concentrer sur des carrières de qualité, en plus des emplois non qualifiés. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Des Israéliennes bédouines au service client de Bezeq, le 27 juillet 2015. Le centre d'appel est situé dans une mosquée, dans la ville arabe de Hurra. Les femmes ont été embauchées via le centre d'emploi Rayan de Rahat. Les experts en emploi veulent se concentrer sur des carrières de qualité, en plus des emplois non qualifiés. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Une nouvelle étude montre que les femmes arabes israéliennes parviennent progressivement à combler les écarts en matière d’éducation et d’emploi avec les femmes juives israéliennes, mais les chercheurs affirment qu’il reste encore du travail à faire.

L’étude, réalisée par le chercheur du Taub Center Hadas Fuchs, avec l’aide de Tamar Friedman-Wilson, montre que le pourcentage de femmes arabes israéliennes réussissant l’examen du bagrut (équivalent du baccalauréat) dépasse celui des hommes arabes israéliens et approche celui des femmes juives non ultra-orthodoxes. Les étudiantes ultra-orthodoxes, qui mettent l’accent sur les programmes d’études non fondamentaux, obtiennent traditionnellement une note plus faible à l’examen que leurs camarades.

En outre, la proportion de femmes arabes israéliennes poursuivant des études supérieures a augmenté.

En plus de ces tendances positives, il reste toutefois des domaines à améliorer : les femmes arabes israéliennes poursuivent encore principalement des carrières dans le domaine saturé de l’éducation, alors qu’un segment beaucoup plus petit étudie ou poursuit des études dans des domaines plus lucratifs comme l’informatique et l’ingénierie.

« Une répartition plus équilibrée des domaines d’études et de l’emploi parmi les femmes arabes israéliennes conduirait probablement à une meilleure intégration sur le marché du travail et constituerait une source potentielle de croissance pour l’économie israélienne dans les années à venir », a déclaré le Centre Taub dans un communiqué publié an amont de la Journée internationale de la femme du 8 mars.

Un faible taux de femmes arabes israéliennes poursuit une carrière scientifique ou technologique (David Katz/The Israel Project)

L’étude montre que, si l’on tient compte du statut socio-économique inférieur de la population arabe israélienne, le taux d’admissibilité à l’inscription parmi les femmes arabes israéliennes est supérieur à celui des femmes juives. En outre, de nombreuses femmes arabes israéliennes choisissent de faire des études supérieures en sciences et en ingénierie dans des matières secondaires qui sont associées à un potentiel de salaires élevés. L’étude montre que plus de 70 % des femmes arabes israéliennes qualifiées pour l’obtention du baccalauréat étudient ces matières, contre seulement 39 % des femmes juives.

L’inscription des femmes arabes israéliennes dans les établissements d’enseignement supérieur a également augmenté de manière significative entre 2008 et 2013, tandis que chez les hommes arabes israéliens, il n’y a presque pas eu de changement.

La plus forte augmentation, soit près de 50 %, a été enregistrée chez les femmes bédouines et druzes. Cependant, malgré cette augmentation, des écarts subsistent encore entre les communautés : en 2014, environ la moitié des femmes juives et arabes chrétiennes âgées de 30 à 33 ans étaient titulaires d’un diplôme universitaire, alors que le pourcentage des universitaires n’était que de 23 % chez les musulmanes, 19 % chez les Druzes et 16 % chez les Bédouines. Compte tenu de l’augmentation des taux d’inscription ces dernières années, l’écart devrait se réduire, a déclaré le Taub Center.

L’étude montre également qu’un pourcentage important de femmes arabes israéliennes poursuivent des études supérieures : 42 % chez les femmes musulmanes et 46 % chez les femmes bédouines, contre environ 20 % chez les chrétiennes arabes et druzes et 16 % pour les juives.

Or, même si une grande partie des femmes arabes israéliennes étudient les sciences au lycée, la proportion de celles qui continuent à étudier dans ces domaines dans l’enseignement supérieur est faible. Environ 31 % des femmes juives suivent des études scientifiques dans l’enseignement supérieur, alors que seulement 21 % des femmes chrétiennes arabes, 22 % des femmes druzes et seulement 9 % des femmes musulmanes le font.

L’amélioration des résultats scolaires, qui a réduit l’écart entre les femmes arabes israéliennes et juives, ne se reflète pas encore au même degré dans l’emploi, a montré l’étude.

L’augmentation du taux d’emploi des femmes arabes israéliennes âgées de 25 à 54 ans n’est pas aussi élevée que prévu : leur taux d’emploi est passé de 21 % en 2000 à 35 % en 2016, contre une augmentation similaire chez les femmes juives, dont le taux d’emploi est de 80 %.

Il est intéressant de noter que le taux d’emploi des femmes arabes israéliennes âgées de 45 à 54 ans sans formation universitaire est passé de 10 % à 20 %. Parmi les femmes arabes israéliennes titulaires d’un diplôme universitaire, le taux d’emploi est d’environ 75 % et n’a pas beaucoup changé au cours de la dernière décennie.

« Le faible taux d’emploi de toutes les femmes arabes israéliennes est surprenant compte tenu de leurs progrès dans le domaine de l’éducation », ont déclaré les chercheurs de Taub dans le communiqué.

« Le taux d’emploi dans la tranche d’âge des 25-64 ans était de 34 % en 2017, ce qui est encore loin des objectifs fixés par le gouvernement pour 2020 – soit 41 %. Cependant, l’augmentation de la part des femmes arabes israéliennes poursuivant des études supérieures indique probablement une amélioration de leur intégration sur le marché du travail dans les années à venir, étant donné que le taux d’emploi des femmes universitaires arabes israéliennes est beaucoup plus élevé que celui des femmes sans formation universitaire. »

Activités d’éducation et de formation soutenues par le JDC pour les femmes arabes israéliennes à la recherche d’un emploi. (Crédit: Gary Aidekman)

L’étude du Taub Center a également révélé qu’un pourcentage particulièrement élevé de femmes arabes israéliennes travaillent dans le domaine de l’éducation : plus de 50 % des femmes musulmanes, bédouines et druzes qui ont un diplôme universitaire, soit plus de trois fois plus que les femmes juives titulaires d’un diplôme dans ce domaine. Ce chiffre inclut également de nombreuses femmes arabes israéliennes qui ont obtenu un diplôme dans une matière autre que l’éducation, mais qui travaillent néanmoins dans ce domaine.

Ainsi, même si l’étude souligne le « grand potentiel de croissance future » de la main-d’œuvre des femmes arabes israéliennes en raison de leur part croissante dans l’enseignement supérieur, il reste de nombreux défis à relever.

Les résultats des femmes arabes israéliennes aux examens psychométriques sont encore faibles et elles maîtrisent mal l’hébreu.

Dans un récent entretien avec le Times of Israel, Aharon Aharon, le chef de l’Autorité israélienne pour l’innovation, a déclaré que les Arabes israéliens pourraient représenter jusqu’à 20 % de la force technologique du pays.

Depuis 2012, le gouvernement a mis en place un certain nombre de programmes pour aider les Arabes israéliens à s’intégrer au marché du travail et à l’industrie de haute technologie dans un effort pour stimuler la croissance économique et réduire l’inégalité des revenus. Seulement 5,7 % des Arabes israéliens sont employés dans l’industrie de la haute technologie et seulement 2% d’entre eux sont employés dans la R&D, selon le rapport de l’Autorité de l’innovation israélienne 2016.

Les chercheurs de Taub ont dit qu’il est possible de relever les défis auxquels la population arabe est confrontée de plusieurs manières : en améliorant le système éducatif arabe; en conseillant les étudiants afin qu’ils prennent davantage conscience des professions qui sont recherchées; les guider dans leurs études universitaires et leur insertion sur le marché du travail; et accroître les possibilités d’emploi pour les travailleurs des localités arabes israéliennes et des régions environnantes.

« Nous avons décidé de publier un mémoire sur l’éducation et l’emploi des femmes arabes israéliennes dans le cadre de la préparation de la Journée internationale de la femme et à la lumière des objectifs du gouvernement visant à promouvoir la population arabe israélienne dans les années à venir », a déclaré le directeur exécutif du Centre Taub, le professeur Avi Weiss. « Parallèlement à l’amélioration des tendances, il existe des domaines problématiques et des obstacles auxquels font face les femmes arabes israéliennes, qui pourraient être une source importante de croissance de l’économie israélienne dans les années à venir. Il est donc très important de prêter attention à ce sujet. »

Le Taub Center for Social Policy Studies in Israel est un institut de recherche socio-économique indépendant et apolitique.

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