Les archives nationales américaines publient des millions de documents nazis
Une exposition interroge par ailleurs sur ce que savaient les Allemands sous le régime nazi et incite chacun à se renseigner sur son histoire familiale

Les archives nationales américaines ont publié des millions de documents du parti nazi consultables gratuitement en ligne, plus de 80 ans après la fin du régime nazi. Ces archives contiennent les données de millions d’Allemands membres du parti. La collection comprend notamment 6,6 millions de fiches d’adhésion au NSDAP, contenant des informations détaillées telles que le nom, le prénom, la profession, la date d’adhésion au parti, la date de naissance et le lieu de résidence.
L’intérêt serait considérable. Les utilisateurs allemands sont, semble-t-il, particulièrement nombreux à consulter ces documents, notamment pour rechercher les noms de leurs grands-parents. « C’est une bonne chose : de nombreux enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants [d’Allemands contemporains du nazisme] peuvent désormais facilement clarifier la situation concernant les adhésions au parti au sein de leur famille – et peut-être dissiper certaines légendes auxquelles ils s’étaient attachés », soutient Norbert Frei, historien du IIIe Reich auprès du Figaro.
Ces fichiers auraient dû être détruits peu avant la fin du conflit. Mais Hanns Huber, le directeur de la papeterie chargé de cette tâche par le parti nazi, préféra les conserver en les dissimulant. Environ 80 % des documents furent récupérés par l’armée américaine et transférés au Berlin Document Center, puis aux archives fédérales de Berlin-Lichterfelde.
Les archives fédérales de Berlin-Lichterfelde ont numérisé l’ensemble de ces dossiers, mais ne les ont pas encore publiés en ligne en raison des délais de protection des données en vigueur – cent ans après la naissance ou dix ans après le décès d’une personne. Les documents restent toutefois consultables sur demande.
Les États-Unis, avant de restituer ces archives à l’Allemagne en 1994, en avaient cependant copié les données. Ce sont ces copies qui sont désormais accessibles.
« Nous ne savions pas »
En parallèle, la publication de ces archives coïncide avec une exposition temporaire de la Topographie de la terreur, présentée jusqu’au 31 janvier 2027 à Berlin. Le musée et centre de documentation, fondé sur le site de l’ancien siège de la Gestapo, entend ainsi mettre en lumière ce que savaient les Allemands sous le régime nazi à travers plus de 300 pièces : lettres, photos, enregistrements audio et vidéo, objets du quotidien.
Alors que la propagande nazie n’évoquait pas ouvertement le sort réservé aux millions de Juifs, et qu’une loi punissait d’ailleurs ceux qui osaient l’aborder, des rumeurs se répandirent. L’exposition s’efforce de donner des exemples d’indices du sort réservé aux Juifs sous le régime nazi. Par exemple : « Des nouvelles nous parviennent de Pologne concernant des atrocités inouïes commises à l’encontre de Juifs locaux et envoyés là-bas par l’Allemagne », écrit notamment un pâtissier dans son journal intime.
« Je ne peux pas croire que des Allemands soient capables de tels actes. »







