Les caméras cachées dans les bureaux de vote arabes, une idée de Netanyahu – TV
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Les caméras cachées dans les bureaux de vote arabes, une idée de Netanyahu – TV

Le projet aurait été présenté lors de la première réunion pré-électorale du Likud ; la tactique est défendue par le parti qui redoutait un "vol du scrutin"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresse à ses sympathisants alors que les résultats des élections sont annoncés à Tel Aviv, le 9 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresse à ses sympathisants alors que les résultats des élections sont annoncés à Tel Aviv, le 9 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a suggéré personnellement d’envoyer 1 200 activistes dotés de caméras cachées dans les bureaux de vote lors des élections du 9 avril, a fait savoir la Treizième chaîne lundi.

Le jour du scrutin, les activistes du Likud sont entrés dans les bureaux de vote des municipalités arabes de tout le pays avec des caméras cachés. Les responsables du parti du Likud de Netanyahu ont admis avoir été à l’origine de cette initiative qui, selon eux, a eu pour objectif de contrer les fraudes électorales présumées dans des secteurs « à haut-risque ».

Le magistrat supervisant le processus de vote avait indiqué que l’usage de caméras à l’intérieur des bureaux de vote contrevenait aux termes des lois régissant les élections et avait ordonné leur retrait.

Netanyahu aurait présenté ce plan il y a quelques mois, à l’occasion de la toute première rencontre du Likud consacrée aux élections, a annoncé la Treizième chaîne, qui a ajouté que le projet avait coûté 1,5 million de shekels (lors du scrutin précédent, en 2015, Netanyahu avait clamé que les électeurs arabes se rendaient en foule dans les bureaux de vote, pressant ses soutiens du Likud d’aller déposer leur bulletin dans l’urne pour contrer cet afflux massif).

Benjamin Netanyahu lors d’un discours le jour des élections, le 17 mars 2015. (Capture d’écran : YouTube)

La Treizième chaîne a diffusé des pages d’une présentation en 40 diapositives qui soulignait l’opération en détail.

Sous la direction de Kaizler Inbar, une firme de relations publiques pro-implantations, l’opération a inclus 1 200 caméras et dispositifs d’enregistrement. Quarante coordinateurs et 19 gardes de la sécurité ont été déployés dans tout le pays pour assurer la protection des activistes en cas de besoin.

C’est Yoav Gallant, membre du Likud, qui a dirigé les opérations de campagne pour le parti, qui a chapeauté la formation des bénévoles de surveillance, qui a duré plus d’un mois.

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d’une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)

Répondant au reportage, le Likud a défendu son opération, affirmant qu’elle a empêché « le vol des élections » et qu’elle a « renforcé la démocratie ».

Selon le communiqué transmis par le parti à la Treizième chaîne, le Likud prévoit de présenter une législation qui exigerait que des caméras soient placées dans tous les bureaux de vote du pays. Une telle mesure contreviendrait aux lois électorales en vigueur. Un recours serait probablement présenté à la cour suprême – dont un grand nombre de partenaires potentiels de Netanyahu, au sein de la coalition, désirent limiter ses pouvoirs. Les partis ultra-orthodoxes pourraient également s’y opposer, leurs communautés ayant aussi été accusées dans le passé de fraude électorale – même si elles n’ont pas été prises pour cible dans cette opération de surveillance du 9 avril.

Dimanche, Hanan Melcer, de la commission centrale électorale, a demandé au Procureur-général Avichai Mandelblit et au chef de la police israélienne Motti Cohen d’ouvrir une enquête pénale sur d’éventuelles fraudes électorales, citant plusieurs incidents d’irrégularités présumées.

Melcer a expliqué que sa demande provenait d’éléments probants qui lui avaient été transmis par le député du Likud David Bitan, un proche de Netanyahu.

Il a détaillé deux cas de fraude électorale présumée. Ainsi, la ville arabe israélienne de Kisra-Sumei, située à l’ouest de la Galilée, a affiché un taux de participation de 97 % chez les électeurs éligibles au vote – un chiffre très supérieur au taux national de 67,9 %.

En outre, tous les résultats de bureau de vote ont donné des chiffres ronds – une combinaison qui « soulève des interrogations et nécessite une enquête », selon Melcer.

Il a indiqué qu’il n’avait pas autorité nécessaire pour remettre en cause les résultats dans ces bureaux ou dans d’autres bureaux de vote du pays et demandé à être informé d’ici 30 jours sur d’éventuelles mesures prises.

Dans sa lettre, Melcer a déclaré que la police devrait rassembler toutes les preuves reçues en utilisant les caméras placées par le Likud – sous certaines restrictions non précisées – et qu’elle déciderait alors si les images et les enregistrements nécessitaient d’autres actions.

Selon la Douzième chaîne, le Likud prétend que ses caméras et d’autres éléments probants pourraient laisser indiquer des fraudes commises dans 115 bureaux de vote.

Melcer n’a cependant pas répondu aux appels de politiciens et de militants pour enquêter sur le Likud et son installation de caméras cachées.

Jeudi dernier, la députée du Meretz, Michal Rozin, a également envoyé une lettre au procureur-général pour lui demander de « mener une enquête urgente » sur la mise en place de ces caméras.

Le juge Hanan Melcer, président de la commission centrale électorale de la 21e Knesset, assiste à une réunion de la CCE à la Knesset, le 3 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Le Likud a essayé d’empêcher les électeurs de la communauté arabe d’exercer leur droit démocratique d’une manière susceptible de constituer une menace », a-t-elle écrit sur Twitter.

L’entreprise Kaizler Inbar a fait savoir qu’elle avait travaillé étroitement avec le Likud pour équiper de caméras les observateurs des élections dans les villes arabes. L’entreprise a fièrement affirmé que ce dispositif avait entraîné une faible participation des électeurs arabes.

Kaizler Inbar a directement fait le lien entre cette opération et le faible taux de participation des citoyens arabes israéliens, se vantant qu’il soit « le plus bas des taux enregistrés ces dernières années ».

52 % des électeurs arabes israéliens ont voté mardi, a estimé Yousef Makladeh, un statisticien arabe israélien. Aux élections de 2013 et de 2015, environ 54 % et 63,7 % des Arabes israéliens, respectivement, avaient voté, selon des estimations effectuées après ces élections.

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