Les cellules « apprennent » de la première grossesse – étude israélienne
Rechercher

Les cellules « apprennent » de la première grossesse – étude israélienne

L'étude pourrait déboucher sur de nouveaux médicaments qui amélioreraient les chances de réussite des accouchements, éviteraient les maladies chez les femmes à haut risque

Illustration d'un embryon (Zffoto, iStock by Getty Images)
Illustration d'un embryon (Zffoto, iStock by Getty Images)

Selon des chercheurs israéliens, le corps d’une femme mémorise les difficultés rencontrées lors d’une première grossesse et s’adapte pour essayer de les éviter pendant les grossesses ultérieures.

Les chercheurs, du Centre Médical Hadassah et de l’Université hébraïque de Jérusalem, affirment que leur étude sur le rôle de certaines cellules pendant la grossesse, qui a duré six ans, pourrait ouvrir la voie à la mise au point de nouveaux médicaments qui diminueraient les complications pendant l’accouchement.

Leurs recherches sur la « mémoire entraînée » des cellules « tueuses naturelles » qui combattent les virus et les tumeurs, ont révélé que les cellules censées aider les fœtus à s’installer dans l’utérus et éviter les maladies comme la prééclampsie ou le retard de croissance intra-utérin sont plus actives lors d’une deuxième grossesse, parce qu’ils se souviennent de la première fois et sont ainsi mieux préparées pour les grossesses suivantes.

« C’est un fait clinique reconnu, les deuxièmes grossesses sont meilleures que les premières », a déclaré au Times of Israël le professeur Simcha Yagel, chef de la division obstétrique et gynécologie du Centre Médical Hadassah, qui faisait partie de l’équipe de recherche. Les fœtus s’implantent généralement mieux dans une deuxième grossesse; les bébés naissent plus forts et la grossesse est moins sujette à des maladies telles que la prééclampsie, une complication qui augmente la tension artérielle et provoque d’autres dommages chez la mère.

Illustration, gros plan, de, femme enceinte (Rostislav_Sedlacek, iStock, par, Getty Images)

Selon lui, la nouvelle étude, publiée dans la revue Immunity, propose une explication cellulaire et moléculaire à ce phénomène.

« Si nous savons pourquoi la deuxième grossesse est meilleure que la première, alors peut-être pouvons-nous faire quelque chose pour aider les femmes à haut risque – par exemple lors de la fécondation in vitro ou pour les femmes plus âgées », a-t-il dit.

Illustration d’un bébé tenant la main (boonchai wedmakawand; iStock by Getty Images)

L’étude, qui a duré plus de six ans et qui est basée sur des centaines d’échantillons de muqueuses, a été menée par Moriya Gamliel ainsi que par le Dr Debra Goldman-Wohl, ensemble avec le professeur Ofer Mandelboim du département de recherche immunologie et cancerologie de l’Université hébraïque de Jérusalem et par Yagel.

Pour leurs travaux, les chercheurs ont étudié les cellules Tueuses Naturelles (NK) – ce sont des cellules qui sont présentes dans notre système immunitaire, hommes et femmes, et qui sont chargées de la lutte contre les virus et les tumeurs.

Simcha Yagel (Autorisation)

Cependant, il y a aussi des cellules NK qui se trouvent dans la muqueuse de l’utérus au début d’une grossesse. Ces cellules ne sont pas belliqueuses, a déclaré Gamliel. Au contraire, elles ont transformé leurs « épées » en « pelles » et sont devenues des « boucliers », dont le rôle consiste à aider le développement du fœtus, a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Dans une grossesse, ces cellules NK ont deux missions, explique Yagel. « Leur rôle principal est d’aider à construire une implantation réussie du fœtus, et le rôle secondaire étant d’arrêter les virus et autres maladies. Environ 70 % des cellules de la muqueuse de l’utérus sont des cellules NK ».

Leur rôle dans la grossesse est « très important », a-t-il dit. Elles proviennent probablement de la moelle osseuse de la mère ou résident dans l’endomètre de l’utérus – et sont déclenchés au début de la grossesse, aidant le fœtus à survivre.

Les chercheurs ont étudié les différences des cellules NK des premières grossesses par rapport aux secondes, et ont fait une découverte. Ils ont trouvé une « population unique » de cellules NK de grossesses secondaires et répétées – qui sont caractérisées par un plus grand nombre de récepteurs – NKG2C et LILRB1-. Ils ont appelé ces cellules les cellules NK « entraînées pour la grossesse ».

« Pendant de nombreuses années, les chercheurs ont pensé que les cellules NK n’avaient pas de mémoire », a déclaré Yagel. Au cours de l’étude, les chercheurs ont constaté que dans chaque grossesse récurrente – c’est-à-dire, pas pour la première grossesse mais lors des suivantes – les cellules NK se souviennent de la première expérience de grossesse et améliorent leur fonction la fois d’après.

Il n’y avait aucune différence entre ces cellules lors de la deuxième grossesse et les suivantes, a déclaré Yagel.

image illustrative d’un nouveau-né (Getty Images)

Les cellules NK dans une deuxième ou troisième grossesse se souviennent de la première grossesse et sont « mieux préparées », a-t-il dit. Elles agissent plus vite et plus efficacement. Elles attendent le déclencheur « pour faire le nécessaire pour une grossesse réussie. » Cette mémoire persiste à la fois entre les grossesses et pendant les grossesses, a-t-il ajouté.

La première grossesse « ouvre la voie à la seconde », a déclaré Yagel. Les résultats défient toute logique, a-t-il dit, car on s’attendrait à ce que la première grossesse soit optimale et ouvre la voie aux autres. Il n’est pas évident de comprendre « pourquoi la nature, ou Dieu, nous a conçu de cette manière », souligne-t-il.

La clé, est de passer à travers la première grossesse, et les autres se dérouleront mieux.

Cette idée pourrait aider les chercheurs à trouver un moyen de « sauter » les difficultés de la première grossesse et d’aider à former les cellules NK dès le début, a-t-il dit, ouvrant la voie au développement de nouveaux médicaments pour traiter les maladies d’implantations difficiles.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...