Les démocrates US fustigent l’antisémitisme, l’amalgamant aux autres haines
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Analyse

Les démocrates US fustigent l’antisémitisme, l’amalgamant aux autres haines

De Sanders à la Brigade, de nombreux députés sont apparemment peu désireux de dénoncer les attaques anti-juives sans dénoncer l'islamophobie et "toutes les formes de racisme"

Le candidat démocrate à la présidentielle, le sénateur Bernie Sanders, et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez lors d'une conférence de presse à Washington, le 14 novembre 2019. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)
Le candidat démocrate à la présidentielle, le sénateur Bernie Sanders, et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez lors d'une conférence de presse à Washington, le 14 novembre 2019. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)

WASHINGTON (JTA) — Lorsque des informations portant sur des attaques lancées contre des Juifs ont été rapportées dans les médias, à la fin de la semaine dernière, les députés démocrates ont rapidement condamné l’antisémitisme – mais ils ne se sont pas arrêtés là.

« Nous avons récemment assisté à des attaques antisémites perturbantes et à une augmentation troublante de l’islamophobie », a écrit sur Twitter Bernie Sanders, sénateur Juif du Vermont et l’un des leaders du courant progressiste américain, vendredi.

« Si nous voulons nous engager en faveur d’un avenir d’égalité et de coexistence pacifique, nous devons rester unis contre tous ceux qui prônent la haine sous toutes ses formes ».

De nombreux autres progressistes américains ont rapidement suivi, notamment de multiples membres de la dite Brigade au sein de la chambre américaine des Représentants.

« Le travail d’éradication de l’antisémitisme, du racisme anti-Afro-américain, de l’islamophobie, du racisme anti-palestinien et de toute autre forme de haine est NOTRE travail », a noté sur Twitter Cori Bush, qui représente le Missouri.

Jamaal Bowman, représentant de New York, a écrit : « Nous avons assisté à une augmentation de la haine antisémite et de l’islamophobie à New York et dans tout le pays avec des paroles haineuses, des crimes de haine et d’autres formes de violence ». Et Ayanna Pressley, représentante du Massachusetts, a tweeté « je condamne avec force la hausse de l’antisémitisme et de l’islamophobie que nous constatons dans tout le pays ».

Jamaal Bowman s’exprime devant le public au cours de la nuit des primaires à New York, le 23 juin 2020 (Crédit : AP Photo/Eduardo Munoz Alvarez)

Ce type de message a continué pendant tout le week-end et en début de semaine.

« L’antisémitisme n’a sa place dans aucun pays, il n’a pas sa place dans le monde. Ce qui est également le cas de l’islamophobie », a écrit sur Twitter la sénatrice Elizabeth Warren du Massachusetts dans la soirée de mardi. « Ce qui signifie que nous devons nous unir pour condamner toutes les formes de fanatisme et de haine ».

Les messages ont tous fait référence à des agressions anti-juives survenues dans un contexte d’affrontements entre Israël et le Hamas à Gaza. A New York, à Los Angeles et ailleurs, des attaques antisémites violentes ont été filmées. Par ailleurs, des mosquées de Brooklyn et de Long Island ont été vandalisées.

Halie Soifer, à la tête du Conseil démocrate juif d’Amérique, explique comprendre la nécessité de condamner toutes les haines, tout en avertissant que, ce faisant, la menace posée par un genre bien précis de fanatisme – comme l’antisémitisme – risque d’être diminuée.

« Il ne doit y avoir aucune tolérance concernant la haine, quelle que soit sa forme, et les Juifs démocrates condamnent avec force l’intolérance qui prend pour cible une minorité raciale, ethnique ou religieuse quelle qu’elle soit », a commenté Soifer auprès de JTA. « En même temps, il y a des causes uniques à la racine de l’antisémitisme et il faut les affronter – et pour cette raison, nous mettons en garde contre l’association ou le regroupement de cette forme très distincte de haine avec une autre ».

La raison pour laquelle Sanders a choisi de formuler son tweet comme il l’a fait, ou la question d’une éventuelle coordination des messages des démocrates, restent indéterminée. Une demande de commentaire transmise à son bureau n’a pas obtenu de réponse.

Des manifestants propalestiniens affrontent un groupe de partisans d’Israël et la police à Times Square, le 20 mai 2021, à New York City. (Crédit : Spencer Platt / Getty Images via AFP)

Mais son approche n’est pas inhabituelle parmi les progressistes – qui ne considèrent pas les fanatismes comme distincts mais émanant des mêmes tendances toxiques. Un mode d’analyse que Sanders a expliqué dans le passé.

« Comme d’autres formes de fanatisme – le racisme, le sexisme, l’homophobie – l’antisémitisme est utilisé par la droite pour diviser les personnes les unes des autres et pour nous empêcher de lutter de concert en faveur d’un avenir partagé d’égalité, de paix, de prospérité et de justice environnementale », avait écrit Sanders en 2019 dans Jewish Currents, un magazine de gauche.

Certains commentateurs juifs ont exprimé leur déception de voir l’antisémitisme associé à d’autres formes de haine, faisant la comparaison avec la campagne « All Lives Matter », créée par la droite sous forme de contre-attaque face au mouvement Black Lives Matter, une initiative qui avait été vilipendée par les progressistes.

« Le @SenSanders vient de faire son All Lives Matter version Juifs », a écrit cette semaine sur Twitter Anne Herzberg, avocate spécialisée dans la défense des droits de l’Homme au sein de l’organisation à but non-lucratif Monitor.

Un certain nombre de démocrates, notamment la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, leader progressiste qui a âprement critiqué Israël ce mois-ci, a fait des déclarations qui ont exclusivement dénoncé l’antisémitisme. Elle a aussi donné des conseils pratiques sur la manière dont les New Yorkais pouvaient soutenir leurs voisins juifs.

De gauche à droite : les représentantes démocrates Rashida Tlaib du Michigan, Ilhan Omar du Minnesota, Alexandria Ocasio-Cortez de New York et Ayanna Pressley du Massachusetts, répondent aux propos tenus par le président américain Donald Trump, qui a demandé aux quatre membres démocrates du Congrès de retourner dans leurs pays « déchirés », lors d’une conférence de presse au Capitol à Washington, le 15 juillet 2019. (AP Photo / J. Scott Applewhite)

« Jamais, jamais nous ne tolérerons l’antisémitisme à New York ou où que ce soit dans le monde », a-t-elle dit sur Twitter. « La recrudescence récente des agressions est effrayante. Nous nous tenons auprès de la communauté juive et condamnons ces violences. Vous pouvez apporter votre aide en suivant le cours gratuit d’intervention en cas d’agression dont vous êtes témoin, qui dure une heure ».

Mais certains ont déclaré vouloir davantage. Le représentant Dean Phillips, démocrate juif du Minnesota, a ainsi donné un conseil à ses collègues progressistes : Pas de tergiversation lorsqu’il s’agit d’attaques antisémites.

« Je vais le dire à voix forte : Il est temps que les ‘progressistes’ commencent à condamner l’antisémitisme et les attaques violentes antijuives avec la même détermination et la même vigueur que celles affichées dans d’autres sphères d’activisme », a-t-il écrit lundi sur Twitter. « Le silence est assourdissant ».

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