Rechercher

Les dirigeants haredim minimisent le danger pour les soldats en guerre

Cette rhétorique radicale résonne dans les yeshivot, où l'on dit aux étudiants que ceux qui exigent leur enrôlement sont "stupides" et "haïssent" Dieu, et que seule l'étude de la Torah protège Israël

Illustration : Des ultra-orthodoxes étudiant à la Yeshiva Ponevezh, à Bnei Brak, le 27 février 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Illustration : Des ultra-orthodoxes étudiant à la Yeshiva Ponevezh, à Bnei Brak, le 27 février 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

S’adressant jeudi soir dernier à une conférence du Vaad HaYeshivot (Comité des Yeshivot), le député ultra-orthodoxe Moshe Gafni (Yahadout HaTorah) a vivement critiqué la volonté du gouvernement d’enrôler les étudiants de yeshiva, qualifiant cette mesure de « guerre contre le monde de la Torah » qui rappelle les persécutions religieuses romaines.

Bien que rapidement condamnée par les députés de l’opposition et de la coalition, la déclaration de Gafni a été loin d’être la plus radicale de la conférence, qui a mis en évidence une escalade significative du discours de la communauté ultra-orthodoxe en réponse à la « crise de la conscription ».

Une tendance qui se manifeste à la fois dans les déclarations publiques de plus en plus belliqueuses des rabbins les plus influents du pays et dans les titres de journaux appelant à une « guerre » contre la conscription. Dans un cas, un rabbin bien connu a même appelé les étudiants des yeshivot à « profaner Shabbat » si cela leur permettait d’échapper à la conscription.

C’est le discours auquel sont exposés des dizaines de milliers d’ultra-orthodoxes étudiant dans les yeshivot : une vision du monde intransigeante qui dépeint les Israéliens non haredim comme étant soit mauvais, soit stupides, tout en minimisant le coût de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, en cours à Gaza, pour justifier leur refus.

Les rabbins des yeshivot haredim disent à leurs étudiants que « Tsahal est la pire chose qui puisse exister », a rapporté mercredi au Times of Israel un diplômé hassidique du système des yeshivot, qui prévoit de s’enrôler.

« Dans de nombreuses yeshivot, on dit aux étudiants de rester à l’écart de l’armée », a-t-il expliqué, s’exprimant sous couvert d’anonymat en raison du caractère sensible du sujet.

Des rabbins ultra-orthodoxes lors d’une conférence d’urgence contre le projet de conscription des étudiants en yeshiva, à Bnei Brak, le 31 juillet 2025. (Crédit : Flash90)

« Lorsqu’il est question des Israéliens nationalistes religieux qui servent dans l’armée et qui font partie du mouvement en faveur de la conscription des haredim, les dirigeants ultra-orthodoxes ne les qualifient pas de religieux », a-t-il ajouté. Sous l’influence des rabbins, les étudiants affirment : « Nous mourrons plutôt que d’être appelés sous les drapeaux. »

L’été dernier, la Haute Cour avait jugé illégales les exemptions massives accordées depuis longtemps à ces étudiants. Depuis, Tsahal a considérablement intensifié ses efforts pour recruter les haredim aptes au service militaire, envoyant 54 000 ordres de conscription rien qu’en juillet.

On estime actuellement à environ 80 000 le nombre d’hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans et aptes au service militaire, mais qui ne se sont pas enrôlés. L’armée a déclaré avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve dans le contexte de la guerre en cours contre le Hamas à Gaza et d’autres défis militaires.

« Nous n’avons rien à voir avec eux »

S’exprimant lors de la même conférence que Gafni la semaine dernière, Chaïm Peretz Berman, un important rabbin de la yeshiva Ponevezh de Bnei Brak, a rejeté l’argument des Israéliens nationalistes religieux selon lequel ils auraient payé un prix disproportionné pendant la guerre, tandis que les haredim échappaient au service militaire. Il a qualifié ces personnes « d’ignorantes » et de « très, très, très stupides » d’essayer d’enseigner aux ultra-orthodoxes comment observer la Torah.

Selon des extraits de son discours publiés dans la presse ultra-orthodoxe, de nombreux Juifs qui plaident en faveur du service militaire des haredim « haïssent » Dieu et la Torah, et « mentent lorsqu’ils disent vouloir que nous allions à l’armée ».

Le rabbin Yigal Rosen, doyen de la yeshiva Or Yisrael de Petah Tikva, a tenu des propos similaires lors du rassemblement, affirmant que seul « un très faible pourcentage » de ceux qui servent dans l’armée risquent leur vie au combat et que beaucoup ne sont que du personnel de soutien qui ne se trouve pas en première ligne.

Il a demandé à haute voix combien de soldats de l’armée de l’air avaient trouvé la mort à Gaza. Il a suggéré qu’ils « aillent à Gaza, à Rafah, pour qu’ils soient en danger. Pourquoi ne devraient-ils pas être en danger ? »

La famille et les amis assistant aux funérailles du soldat de l’armée israélienne, Bezalel Yehoshua Mosbacher, décédé des suites de ses blessures après avoir été blessé au combat dans le sud de la bande de Gaza, au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem, le 27 juillet 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Nous sommes les seuls défenseurs d’Israël », a-t-il poursuivi, estimant que « dire : ‘Vous n’êtes pas en danger, c’est nous qui sommes en danger’ est factuellement incorrect ».

Les déclarations de Berman et Rosen font écho à celles du chef du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, qui avait suscité l’indignation générale le mois dernier en déclarant que la communauté haredi n’avait pas à se soucier du fait que d’autres Israéliens meurent au combat alors qu’elle refuse de participer à l’effort de guerre.

Interrogé sur le nouveau ton plus belliqueux des dirigeants ultra-orthodoxes au début du mois, un haut responsable politique haredi a déclaré au Times of Israel qu’il pensait que l’ensemble de la communauté ultra-orthodoxe « était désormais devenue la Faction de Jérusalem », en référence à un groupe extrémiste ultra-orthodoxe qui organise régulièrement des manifestations bruyantes contre l’enrôlement des étudiants de yeshiva.

Au-delà du rejet des préoccupations des Israéliens laïcs et des nationalistes religieux, certains rabbins sont allés jusqu’à affirmer que les communautés haredim et non haredim constituaient deux nations distinctes.

« La situation actuelle montre clairement qu’il existe le monde de la Torah et l’autre monde, avec lequel nous n’avons aucun lien. Que ces gens portent une kippa ou non, nous n’avons aucun lien avec eux ; ce sont deux peuples qui n’ont aucun lien », a récemment déclaré le rabbin Yisroel Bunim Schreiber, doyen de la yeshiva Netiv HaDaat de Jérusalem.

Schreiber est connu pour ses déclarations radicales. Lors d’une discussion avec des étudiants de yeshiva à Jérusalem, à la suite du 7 octobre, il avait insisté sur le fait qu’il n’y avait « pas plus lieu d’exprimer sa gratitude envers les soldats qui combattent à Gaza qu’envers les éboueurs ».

En réalité, Schreiber a déclaré la semaine dernière que la guerre actuelle contre le groupe terroriste palestinien du Hamas devrait servir de signal d’alarme à la communauté haredi pour qu’elle se concentre davantage sur ses études religieuses, et non sur les soldats. Il a qualifié la campagne d’enrôlement de « bonne chose », car elle inciterait les étudiants de yeshiva à ne plus considérer leurs études comme un droit acquis, mais plutôt à renforcer leur conscience de la noblesse de l’étude de la Torah.

« Le Saint, béni soit-Il, nous a envoyé une situation où nous étudierons la Torah malgré les difficultés économiques », avait-il déclaré, faisant référence aux sanctions économiques imposées aux réfractaires à la conscription.

Des hommes juifs ultra-orthodoxes bloquant une route lors d’une manifestation contre l’emprisonnement d’étudiants de yeshiva qui n’ont pas obéi à un ordre de recrutement de l’armée, à Jérusalem, le 7 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lors d’une récente conversation avec des étudiants de la yeshiva Orchot Torah de Bnei Brak, le rabbin Baruch Dov Diskin a déclaré que si « chacun individuellement n’avait rien à craindre », le fait que Dieu ait permis la crise actuelle signifiait que la communauté devait s’inquiéter et renforcer son observance.

Alors que certaines yeshivot envoient leurs étudiants manifester contre le projet de loi, Diskin semble préconiser l’approche inverse en conseillant à ses étudiants d’ignorer ce qui se passe à l’extérieur de la salle d’étude.

« Moins vous en entendez parler, moins vous vous inquiétez », a-t-il déclaré.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.