D’éminents rabbins s’opposent à toute conscription des Haredim
Les leaders ultra-orthodoxes ne se laisseront pas intimider par "les sanctions, décrets, punitions et arrestations" ; Tsahal envoie de nouveaux ordres de mobilisation

Les hauts responsables rabbiniques de la communauté ultra-orthodoxe ont exprimé mercredi leur opposition à toute loi sur la conscription prévoyant des quotas ou objectifs pour l’enrôlement des étudiants des yeshivot, arguant qu’il leur était « interdit d’entrer dans quelque structure militaire que ce soit ».
« Aucune sanction, aucun décret, aucune punition ni aucune arrestation ne nous détourneront de notre voie », ont fait savoir les rabbins dans un communiqué publié à l’issue d’une conférence dans le kibboutz Maale Hahamisha, dans le centre d’Israël.
Cette conférence, organisée à l’initiative de plusieurs dirigeants hassidiques, visait à parvenir à un accord sur la conduite à tenir pour préserver les exemptions générales du service militaire dont bénéficient les membres de leurs communautés. Elle s’est tenue alors que l’armée israélienne a envoyé plus de 50 000 ordres de mobilisation aux hommes haredim éligibles au cours du mois dernier.
Le rabbin Meir Tzvi Bergman, du conseil consultatif rabbinique qui dirige Yahadout HaTorah, a déclaré aux participants que « un haredi qui s’engage dans l’armée ne l’est plus lorsqu’il quitte l’armée » et qu’il existe « une interdiction absolue de s’engager dans l’armée. Il faut être prêt à donner sa vie pour cela », selon Radio Kol Barama.
Dans une vidéo partagée par le journaliste Shilo Freid, de Ynet, on peut entendre le rabbin Yitzchok Zilberstein, un éminent posek – ou arbitre de la loi juive -, expliquer qu’il est préférable de quitter Israël plutôt que de servir dans l’armée.
« Écoutez-moi, je vous dis de profaner le Shabbat la veille du Shabbat, et de fuir le pays », a-t-il clamé.
Les partis ashkénaze Yahadout HaTorah et séfarade Shas ont tous deux fait pression pour que soit adoptée une loi permettant à la majorité des hommes ultra-orthodoxes de continuer à échapper au service militaire ou à tout autre service national, dans le sillage d’une décision rendue l’an dernier par la Haute Cour de justice. Les juges avaient alors affirmé l’illégalité de ces exemptions au nom du principe d’égalité.
Au début du mois de juillet, Yahadout HaTorah a quitté la coalition après avoir reçu la copie d’un projet de loi sur l’enrôlement préparé par le président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Yuli Edelstein. Le parti Shas lui a rapidement emboîté le pas, quittant le gouvernement mais restant membre de la coalition.
Selon la Treizième chaîne, le président du Shas, Aryeh Deri a empêché les membres du Conseil des sages de la Torah, organe dirigeant de son parti, de participer à la conférence – alors qu’ils devaient initialement y assister – afin de ne pas créer de problème dans l’éventualité où la faction haredi déciderait de rejoindre le gouvernement.
Au moment même où se tenait la conférence à Maale Hahamisha, le rabbin Dov Lando, chef spirituel de la faction Degel Hatorah de Yahadout HaTorah, rencontrait un étudiant en kollel à qui l’armée avait signifié qu’il serait arrêté s’il ne se présentait pas à son poste dans les jours à venir.
« N’y allez pas, n’y allez surtout pas », a intimé à l’homme le rabbin âgé de 94 ans.
Une deuxième réunion des doyens des yeshivot est prévue jeudi dans la ville de Bnei Brak, dans le centre d’Israël. Cette réunion est organisée sous l’égide du Vaad HaYeshivot (Comité des yeshivot), qui était jusqu’à récemment le principal organe de coordination entre les yeshivot ultra-orthodoxes et le ministère de la Défense pour les questions relatives au report du service militaire. Selon une enquête menée en mars dernier par le Times of Israel, ce groupe conseille activement aux étudiants des yeshivas de ne pas tenir compte des ordres d’enrôlement, en violation apparente de la loi.
L’armée israélienne a envoyé 54 000 ordres de conscription
Alors que se tenait mercredi la réunion des rabbins sur la question de l’enrôlement, l’armée israélienne a annoncé avoir achevé l’envoi de 54 000 ordres de conscription supplémentaires aux hommes ultra-orthodoxes éligibles au service militaire et non encore enrôlés.
Il s’agit de la première étape du processus de sélection et d’évaluation mené par l’armée auprès des recrues avant leur enrôlement l’année suivante.
Actuellement, environ 80 000 hommes haredim âgés de 18 à 24 ans sont éligibles au service militaire et ne se sont pas encore enrôlés.
Entre juillet 2024 et mai 2025, l’armée israélienne a envoyé 24 000 ordres de conscription à destination d’hommes haredim âgés de moins de 28 ans, mais seul un faible pourcentage d’entre eux ont effectivement été enrôlés.
Le mois dernier, Tsahal a déclaré avoir envoyé 54 000 nouvelles convocations. Tous les hommes haredim qui bénéficiaient auparavant d’une exemption en tant qu’étudiants de yeshiva ont donc désormais reçu une convocation pour le service militaire.
En plus de ces ordres, l’armée israélienne envoie également des pré-convocations à tous les Israéliens atteignant l’âge de 16 ans et demi, sans exempter les Haredim comme elle le faisait auparavant. (Les soldats n’intègrent l’armée qu’à partir de 18 ans, mais le processus de recrutement commence plus tôt.)
« L’armée israélienne continuera d’opérer conformément à la loi et aux directives de l’échelon politique. Elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour élargir le recrutement et adapter les conditions de service à la population haredi, tout en préservant son mode de vie », a affirmé l’armée.
La question de l’exemption des Haredim du service militaire est un sujet particulièrement sensible en Israël dans le contexte de la guerre actuelle, le fardeau du service incombant aux communautés laïques et religieuses nationales. L’armée a également fait savoir qu’elle était confrontée à une pénurie d’effectifs, et qu’elle avait actuellement besoin de quelque 12 000 nouveaux soldats, dont 7 000 seraient affectés au combat.







