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Reportage

Les étudiants d’une yeshiva de Jérusalem ne craignent pas les arrestations ; Tsahal sévit

"Chaque jour, je dis dans mes prières, que je suis prêt à mourir pour la sanctification du nom de Dieu", un étudiant de la yeshiva Mir, qui dit préfèrer la prison à la conscription

Un étudiant devant la yeshiva Mir à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Sam Sokol/Times of Israel)
Un étudiant devant la yeshiva Mir à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Sam Sokol/Times of Israel)

Aryeh semblait détendu, mercredi après-midi, devant la yeshiva Mir de Jérusalem, en décalage avec le ton de plus en plus apocalyptique des rabbins de sa communauté, qui ont déclaré cette semaine la « guerre » aux efforts du gouvernement pour réprimer les réfractaires.

Vêtu de « l’uniforme » habituel des étudiants de yeshivot – pantalon noir, chemise blanche et kippa en velours – Aryeh a dit ne pas craindre d’être arrêté pour avoir ignoré les ordres de conscription.

« Certains sont un peu inquiets, mais moi, ça va », dit-il déclaré, affirmant que les étudiants de sa yeshiva n’ont été nullement affectés par les récentes arrestations de plusieurs réfractaires haredim.

« Ils ne s’engageront pas dans les rangs de Tsahal. Ils restent résolus », a-t-il ajouté, soulignant que leur position n’a pas changé malgré la création de nouvelles unités militaires ultra-orthodoxes. Il précise qu’ils sont tenus d’obéir aux directives des Gedolei Yisrael (Sages d’Israël), les plus hautes autorités rabbiniques de leur communauté.

Affiliée à la branche lituanienne du judaïsme ultra-orthodoxe, la yeshiva Mir est l’une des plus grandes et des plus prestigieuses au monde, et compte plus de 9 000 élèves.

Installée dans un dédale de ruelles étroites du quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim à Jérusalem, la yeshiva évoque, habituellement, une ruche en pleine activité. Mais mercredi, lors de la visite du Times of Israel, elle était particulièrement calme, la plupart des étudiants étant partis pour les vacances annuelles, connues en hébreu sous le nom de bein hazmanim, qui commencent après le jeûne de Tisha BeAv, généralement à la mi-août, et se terminent trois semaines plus tard, le premier jour du mois hébraïque d’Eloul.

Des hommes ultra-orthodoxes étudient à la yeshiva Mir à Jérusalem, le 30 mai 2024. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

Tout comme Aryeh, Menachem (un pseudonyme) a confirmé que les étudiants de la yeshiva ne craignaient pas d’être inquiétés et arrêtés, disant que c’était une « vaste blague ».

La semaine dernière, Tsahal a annoncé avoir envoyé 54 000 ordres de conscription supplémentaires à des hommes ultra-orthodoxes éligibles au service militaire et qui ne se sont pas encore enrôlés. Ces convocations s’accompagnent d’efforts pour durcir les mesures contre les réfractaires, et ont conduit à l’arrestation de plusieurs haredim, déclenchant des manifestations à travers le pays entier.

En réaction à la dernière vague d’arrestations, les principaux rabbins de la communauté haredi ont publié une déclaration commune affirmant qu’il était « interdit de se rendre dans toute structure militaire » et ont entamé des discussions sur une « lutte globale » contre la conscription.

S’adressant au Times of Israel devant la yeshiva Mir mercredi après-midi, Menachem a expliqué qu’il avait reçu un ordre de conscription de Tsahal, mais que, conformément aux instructions des rabbins, il n’avait « rien fait » et était prêt à aller en prison pour ses convictions.

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il ferait si la police militaire se présentait à sa porte, il a répondu qu’il réciterait des psaumes « et que s’il allait en prison, il ne lui arriverait rien ».

Des Juifs ultra-orthodoxes manifestant contre leur enrôlement dans l’armée devant un centre de recrutement, à Jérusalem, le 28 avril 2025. (Crédit : Sam Sokol/Times of Israel)

« Chaque jour, en récitant le Shema [prière], je dis que je suis prêt à mourir pour la sanctification du nom de Dieu, et ce que l’on me demande ici est bien moins que ce sacrifice », a-t-il déclaré, comparant les autorités israéliennes aux anciens Perses et Grecs dont la persécution des Juifs, qui a échoué, est commémorée chaque année à Pourim et à Hanoukka.

Quant à la politique entourant cette question, notamment les efforts des partis Haredim Shas et Yahadout HaTorah pour faire adopter une loi l’exemptant lui et ses amis du service militaire, Menachem a affirmé que cela relevait de la compétence des rabbins et ne le concernait pas.

Malgré tous les efforts déployés, l’armée israélienne n’a pas atteint son objectif de recruter 4 800 haredim pour la période de conscription 2024-2025 : seuls 1 539 des 24 000 appelés l’an dernier se sont effectivement présentés.

On estime aujourd’hui à environ 80 000 le nombre d’hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans éligibles au service militaire, mais non enrôlés. L’armée israélienne affirme avoir un besoin urgent de 12 000 recrues supplémentaires, la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres défis militaires exerçant une forte pression sur les troupes régulières et les réservistes. Au total, environ 2 700 Haredim ont rejoint les rangs de Tsahal au cours de l’année écoulée.

Se préparer à la « guerre »

« Je pense que la situation est moins claire qu’elle n’est présentée », estime Gilad Malach, chercheur à l’Institut israélien de la démocratie spécialisé dans la communauté haredi. Selon lui, en général, les acteurs impliqués dans ce dossier au niveau politique sont plus « excités » que ceux qui étudient dans les yeshivot.

« La vérité, c’est que même à Mir, certains ont un avis différent » sur la question, et lorsqu’ils s’adressent à la presse, les étudiants présentent délibérément « la ligne officielle selon laquelle ils ne sont ni inquiets ni préoccupés et que tout va bien ».

Un homme ultra-orthodoxe passe devant une affiche conseillant aux étudiants des yeshivot qui échappent à la conscription comment éviter d’être arrêtés par la police militaire, à Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Sam Sokol/Times of Israel)

En effet, si certains étudiants « traditionnels » de yeshivot restent déterminés à rester déconnectés pour se consacrer uniquement à l’étude de la Torah, d’autres jouent un rôle plus actif, en participant notamment aux rassemblements, dont ceux organisés la semaine dernière. Lors de ces manifestations, l’entrée de Jérusalem a été bloquée et la circulation perturbée sur la route 4 près de Bnei Brak, au carrefour Shilat près de Modiin, ainsi qu’à Beit Shemesh et à Petah Tikva.

Jeudi après-midi, les préparatifs d’une autre grande manifestation de haredim près de Bnei Brak ont conduit la police à annoncer la fermeture de la route 4, qui longe la ville à l’est de Tel Aviv.

Alors que la police s’efforçait d’évacuer les manifestants, certains leur ont crié « Nazis, nazis ». D’autres ont été filmés en train de brûler leurs ordres de conscription.

Plus tôt dans la journée, le député Meir Porush (Yahadout HaTorah) s’est rendu au ministère de la Justice pour protester contre l’arrestation d’étudiants de yeshivot. Il a déclaré dans un communiqué qu’il entendait transférer les activités de son bureau à l’extérieur du ministère et s’abstenir de manger pendant neuf heures par jour.

« Je ne peux pas rester tranquillement assis dans mon bureau alors que l’armée patrouille toute la nuit et arrête des étudiants de yeshivot », a-t-il affirmé. « Il est de mon devoir, en tant que représentant des citoyens, de manifester notre opposition aux mesures exigées par la procureure générale. Si la persécution des étudiants de la Torah ne cesse pas, cela mènera au désastre pour le peuple d’Israël. »

Une nouvelle étape dans la lutte

Interrogé sur ce que signifie concrètement cette déclaration de guerre, un haut responsable politique haredi a expliqué au Times of Israel que, selon lui, l’ensemble de la communauté haredi « est désormais devenue la faction de Jérusalem », en référence à un groupe extrémiste ultra-orthodoxe qui organise régulièrement des manifestations bruyantes contre la conscription des étudiants de yeshivot.

Dans le cadre de sa campagne contre la conscription, la faction de Jérusalem a récemment mis en place une ligne téléphonique spéciale destinée à mobiliser les manifestants après des arrestations.

Des soldats de la brigade Hasmonean participent à une cérémonie au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Malgré la radicalisation du discours haredi, plusieurs étudiants de la prestigieuse yeshiva « lituanienne » Wolfson se sont enrôlés dans Tsahal le mois dernier, suscitant une vive condamnation parmi les rabbins de l’établissement.

Dans des images diffusées par la Treizième chaîne, on entend le rabbin Chaim Aharon Kaufman, chef du Vaad HaYeshivot (la commission des yeshivot), réagir apparemment à l’enrôlement à petite échelle de haredim, suggérant que les immigrants haredim « modernes » venus de l’étranger étaient « problématiques » et qu’il faudrait envisager leur expulsion des yeshivot afin qu’ils n’influencent pas les autres étudiants.

Cette commission sert depuis longtemps de principal intermédiaire entre les yeshivot ultra-orthodoxes et le ministère de la Défense pour les questions de report du service militaire. Elle gère également une ligne téléphonique qui conseille activement aux étudiants des yeshivot d’ignorer les ordres de conscription.

Et malgré les propos virulents tenus par les politiciens et les rabbins haredim, une source proche du rabbin Dov Lando, le chef spirituel de la faction Degel HaTorah au sein du grand parti Yahadout HaTorah, a indiqué jeudi au Times of Israel qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise sur la stratégie à adopter et que « tout était ouvert ».

Des Juifs ultra-orthodoxes bloquant une route lors d’une manifestation contre la conscription obligatoire dans l’armée israélienne des ultra-orthodoxes, à Jérusalem, le 23 juillet 2025. (Crédit : Leo Correa/AP)

Si aucune stratégie globale n’a encore été formulée, les membres de la communauté haredi ont déjà commencé à proposer, de manière indépendante, des mesures pour inciter les étudiants à rester dans les yeshivot. La faction de Jérusalem a ainsi organisé une tombola dans laquelle les réfractaires peuvent gagner des prix d’une valeur de plusieurs milliers de shekels.

Par ailleurs, le site d’information Walla a rapporté que des magasins de la ville haredi de Modiin Illit offrent désormais des réductions aux étudiants de yeshivot ayant reçu leur ordre de conscription, mais ne s’étant pas présentés.

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