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Les écoles de Jérusalem-Est en grève suite à un conflit sur les programmes

Elles s'insurgent contre des changements dans des manuels qui, en l'état, inciteraient au terrorisme mais les grévistes affirment leur droit à présenter un point de vue palestinien

Illustration : Une école à Jérusalem Est, le 16 juin 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Illustration : Une école à Jérusalem Est, le 16 juin 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les écoles palestiniennes de Jérusalem-Est se sont mises en grève, lundi, pour protester contre une tentative d’Israël d’imposer des changements dans les programmes. Ce sont des dizaines de milliers d’élèves arabes qui seraient restés chez eux.

Le conflit porte autour du contenu de certains livres scolaires qui, selon le ministère de l’Éducation, s’apparenterait à des incitations au terrorisme. Le ministère a donc demandé leur suppression et la municipalité de Jérusalem a modifié et réimprimé les manuels pour faire disparaître les contenus problématiques, a indiqué le quotidien Haaretz.

Ont ainsi été notamment supprimés les drapeaux palestiniens, les photos de feu le leader Yasser Arafat et des textes sur le droit au retour aux Palestiniens, a signalé le site d’information Ynet, reprenant les propos des organisateurs de la grève. Les références aux « prisonniers et réfugiés » ont été modifiées, devenant des références aux « professeurs et aux femmes », et une phrase sur le commandement musulman de « mener le Jihad » a été supprimée.

« Nous voulons que nos enfants apprennent notre programme palestinien et la présence de ce programme dans toutes les écoles de Jérusalem est un droit pour nous », a commenté Ramadan Taha, porte-parole des écoles en grèves, auprès de Ynet.

Il a affirmé que 95 % des écoles arabes de Jérusalem-Est avaient participé au mouvement de grève, même si Haaretz a fait savoir que seulement 60 % des 117 000 élèves arabes de la ville étaient restés chez eux.

Les organisateurs ont menacé de garder les écoles fermées jusqu’à ce que la ville retire son soutien à un plan qui prévoit d’accorder des fonds supplémentaires aux établissements scolaires adoptant les manuels approuvés par Israël, a dit la chaîne Kan.

La municipalité de Jérusalem a pour sa part fait savoir dans un communiqué qu’elle « déployait des efforts considérables pour permettre à tous les élèves de la ville d’étudier comme ils le veulent, leur donnant l’option de choisir le programme israélien sans pour autant le leur imposer ».

Photo d’illustration d’élèves palestiniennes sur leur terrain de jeu dans le quartier de Shuafat, à Jérusalem Est, le 30 mars 2016 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La municipalité a affirmé que la grève avait été déclarée « par des entités politiques de Jérusalem-Est, et non par les écoles ou par les associations parents-professeurs ».

Elle a ajouté que le mouvement de protestation portait sur les instructions données par le ministère de l’Éducation avec le soutien de la municipalité, des instructions qui établissent que les manuels scolaires doivent répondre « aux normes de la charte sur l’éducation de l’UNESCO, sans incitation dans les livres des élèves ».

La ministre en charge de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton, a affirmé sur son compte Twitter que les manuels d’origine dépeignaient les soldats comme des meurtriers et qu’ils glorifiaient les terroristes. Elle a menacé de retirer les autorisations accordées aux écoles pour qu’elles puissent ouvrir si elles ne se débarrassent pas de ces contenus.

« Nous ne permettrons pas aux établissements scolaires de prôner les incitations, la haine et le terrorisme », a-t-elle écrit.

Au mois de juillet, Shasha-Biton avait donné un an à six écoles de Jérusalem-Est pour supprimer ce qui était, selon elle, des incitations contre Israël et contre l’armée de leur programme, disant qu’elle leur retirerait leur autorisation le cas échéant.

Illustration : Une classe palestinienne à l’école Salem, à Jérusalem-Est, le 6 décembre 2017. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Les établissements scolaires utiliseraient ainsi des manuels incluant « la glorification des prisonniers et de la lutte armée contre l’État d’Israël ; des théories du complot portant sur des patients privés volontairement de soins et sur des atteintes intentionnellement faites aux personnels médicaux ; l’attribution à Israël de la responsabilité de la crise de l’eau sur les territoires sous contrôle de l’Autorité palestinienne et de graves accusations sur des meurtres, des déplacements et des massacres militaires », avait dit le ministère de l’Éducation à l’époque.

Cela fait des années qu’Israël tente de faire changer l’enseignement qui prévaut dans les écoles arabes de Jérusalem-Est. En 2018, le gouvernement avait lancé un plan de cinq ans qui visait à injecter 445 millions de shekels dans la restructuration des écoles de Jérusalem-Est, qui ont souffert de décennies de négligences. Mais presque 47 % des fonds avaient été conditionnés à l’adoption, par les écoles, du système d’éducation israélien, s’attirant les plaintes des résidents locaux et des groupes de défense des droits de l’Homme.

Ce plan a permis de multiplier par trois le nombre d’élèves suivant le programme israélien, selon Haaretz, le faisant passer de 5 000, il y a cinq ans, à 16 000 actuellement.

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