Les Etats-Unis boycottent les discussions du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU sur Israël
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Les Etats-Unis boycottent les discussions du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU sur Israël

Le département d’État américain a fustigé le Conseil pour ses "préjugés" contre l'Etat juif qui "menacent sa crédibilité"

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, à Genève, le 27 février 2017. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, à Genève, le 27 février 2017. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Les États-Unis ont publié lundi un communiqué virulent accusant une agence des Nations unies de préjugés à l’encontre d’Israël.

Après les menaces du secrétaire d’État américain Rex Tillerson de se retirer du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, le département d’État a indiqué qu’il boycotterait lundi les débats du Conseil sur les violations présumées des droits de l’Homme commises par Israël. Il a promis que les Etats-Unis voteraient contre toute résolution qui en découlerait.

« Les Etats-Unis s’opposent fermement et sans équivoque à l’existence du point 7 de l’ordre du jour du Conseil des droits de l’homme portant sur la situation des droits de l’Homme en Palestine et dans d’autres territoires arabes occupés », a déclaré lundi Mark Toner, le porte-parole intérimaire du département d’Etat.

Le point sept est à l’ordre du jour de chaque session du Conseil, trois fois par an, et permet de discuter des violations des droits de l’Homme commises par Israël à l’encontre des Palestiniens. Toner a déclaré que ce point menaçait la crédibilité du Conseil.

Rex Tillerson, ancien PDG d'ExxonMobil choisi comme secrétaire d'Etat par Donald Trump, devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, à Washington, D.C., le 11 janvier 2017. (Crédit : Alex Wong/Getty Images/AFP)
Rex Tillerson, ancien PDG d’ExxonMobil choisi comme secrétaire d’Etat par Donald Trump, devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, à Washington, D.C., le 11 janvier 2017. (Crédit : Alex Wong/Getty Images/AFP)

« Les actions mises en œuvre aujourd’hui sont encore un autre rappel de la partialité de l’instance à l’encontre d’Israël, a-t-il dit. Aucune autre nation n’a un point fixe qui lui est consacré. L’existence même de ce point est l’une des plus grandes menaces à la crédibilité du Conseil. Cela dessert les intérêts du Conseil que d’isoler un seul pays de manière déséquilibrée. »

Israël est le seul sujet spécifique à un pays qui occupe une position permanente dans les discussions du Conseil, une ouverture au débat sur l’Etat juif qui est régulièrement l’occasion d’invectives anti-israéliennes de la part des états-membres arabes et musulmans.

« Cette semaine, les Etats-Unis voteront contre toute résolution dépendant de ce point et, encouragent d’autres pays à faire de même », a déclaré Toner.

L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies, Danny Danon, a lui aussi fustigé le Conseil.

« Le Conseil des Droits de l’Homme a fait de l’attaque d’Israël sa raison d’être a-t-il déclaré. Il est temps de clore ce chapitre honteux, voire embarrassant, de l’histoire des Nations unies. Les membres du Conseil doivent mettre fin à la partialité de cette instance absurde. »

Michael Lynk, rapporteur spécial des Nations unies pour la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens, le 28 octobre 2016. (Crédit : autorisation)
Michael Lynk, rapporteur spécial des Nations unies pour la situation des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens, le 28 octobre 2016. (Crédit : autorisation)

Précédemment, Michael Lynk, rapporteur spécial des Nations unies pour les Territoires palestiniens détenus par Israël depuis 1967, a prévenu que « l’entreprise de colonisation illégale a avancé à un rythme alarmant » cette année.

Il a également accusé Israël « d’assujettir » les Palestiniens et a estimé que l’Etat juif a intensifié la répression à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme.

Les Etats-Unis ont boycotté les discussions sur Israël, et ces dernières années, Jérusalem a encouragé d’autres pays à en faire de même.

Le mois dernier, après sa première réunion du Conseil de Sécurité des Nations unies, l’ambassadrice américaine Nikki Haley avait déclaré que le Conseil des droits de l’Homme était « scandaleusement partial dans ses résolutions » contre Israël.

L’Union européenne a condamné les pertes en vies humaines de part et d’autre, mais s’est aussi dite préoccupée par le fait que le mandat du Rapporteur se limitait à « enquêter sur les violations commises par Israël » et a estimé qu’un point spécifique sur Israël dans l’agenda du Conseil n’était pas nécessaire.

Au début du mois, la représentante américaine au Conseil, Erin Barclay, a déclaré que l’engagement des Etats-Unis envers les droits de l’Homme était « plus fort que jamais ». Elle a également appelé les 47 membres à mettre fin à « leur obsession au sujet d’Israël ».

Erin Barclay au Conseil des droits des l'homme de l'ONU, le 1er mars 2017. (Crédit : capture d'écran  UNHRC)
Erin Barclay au Conseil des droits des l’homme de l’ONU, le 1er mars 2017. (Crédit : capture d’écran UNHRC)

« Aucun autre pays n’est au centre de l’attention d’une question à l’ordre du jour […] .Cette obsession au sujet d’Israël […] est la plus grande menace pour la crédibilité du conseil, a déclaré Barclay, diplomate de carrière. Cela limite le bien que nous pouvons faire car le conseil est ridiculisé. Les États-Unis s’opposeront à toute tentative de délégitimer ou d’isoler Israël. »

Le 15 mars, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a envoyé une lettre à neuf associations de défense des droits de l’Homme, dans laquelle il expliquait que les Etats-Unis pourraient quitter le Conseil s’il ne se réformait pas, a indiqué Foreign Policy.

En attendant, Tillerson a déclaré que les Etats-Unis répétaient leur « objection forte et de principe à l’égard de l’agenda biaisé du Conseil contre Israël ».

Tillerson a ajouté que les Etats-Unis étaient préoccupés de voir des états-membres siéger au Conseil, alors qu’ils sont accusés de violations des droits de l’Homme, comme la Chine, l’Égypte et l’Arabie Saoudite.

Si le président américain Donald Trump venait à quitter le Conseil des Droits de l’homme, il ne serait pas le premier à bouder l’organe onusien.

Quand le Conseil des droits de l’homme à été fondé pour remplacer la très discréditée Commission des droits de l’Homme en 2006, George W. Bush, alors président américain, avait refusé d’intégrer le nouveau groupe. Il pensait que ce dernier manquerait de crédibilité, et qu’à l’instar de son prédécesseur, il autoriserait des pays qui violent les droits de l’Homme à en être membres.

En 2009, le président Barack Obama était revenu sur cette décision, espérant améliorer le Conseil des droits de l’homme.

« Avec d’autres, nous nous engagerons dans le travail d’amélioration du système des droits de l’Homme des Nations unies », avait alors déclaré Hillary Clinton, qui était secrétaire d’Etat.

Rima Khalaf en 2014. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Rima Khalaf en 2014. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Ces débats interviennent alors qu’une responsable des Nations unies, Rima Khalaf, a présenté vendredi sa démission après que le secrétaire général, Antonio Guterres, lui a demandé de retirer un rapport accusant Israël d’imposer aux Palestiniens des conditions pouvant s’apparenter à l’apartheid.

Deux jours auparavant, les Etats-Unis avaient réclamé le retrait du rapport, se disant « outrés » par le texte.

Guterres a accepté la démission de Khalaf, secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale, mais démenti qu’elle soit le résultat de pressions américaines.

Lundi, le bureau du secrétaire général a présenté de son côté son rapport annuel sur les Territoires palestiniens, concluant à la persistance des « violations chroniques des droits de l’Homme par toutes les parties ».

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