Incendies en Israël : Retour sur le bilan de la nuit
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Incendies en Israël : Retour sur le bilan de la nuit

Le feu a encerclé Beit Meir et a brûlé au moins 10 bâtiments avant d’être repoussé ; un pyromane présumé a été arrêté ; des dizaines de milliers de personnes ne peuvent toujours pas rentrer chez elle à Haïfa

Les flammes d'un feu de forêt qui a dévasté Haïfa le 25 novembre 2016, entraînant l'évacuation de dizaines de milliers d’habitants. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)
Les flammes d'un feu de forêt qui a dévasté Haïfa le 25 novembre 2016, entraînant l'évacuation de dizaines de milliers d’habitants. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Au moins dix maisons ont brûlées alors que d’importants feux de forêts balayaient les collines de Jérusalem pendant la nuit, menaçant de détruire un petit village situé à l’ouest de la capitale, ont annoncé vendredi des responsables de la lutte contre le feu.

Des dizaines de pompiers ont passé la nuit à tenter de sauver Beit Meir, près d’Abu Ghosh, mais ils n’ont pas réussi à empêcher les flammes d’atteindre un « grand nombre » de maisons, a annoncé la police.

Des centaines de personnes avaient été évacuées dans la nuit de jeudi à vendredi à Beit Meir. « Tout le secteur de Beit Meir a été évacué, soit plusieurs centaines de personnes, peut-être 400 », a dit à l’AFP Micky Rosenfeld, porte-parole de la police.

Beit Meir est un village coopératif religieux dans les collines à l’ouest de Jérusalem.

Cet incendie s’inscrit dans une vague de feux de forêts et de broussailles qui a détruit plusieurs forêts israéliennes ces derniers jours, et a en plusieurs endroits pénétré les zones résidentielles. Personne n’a été tué par les incendies, mais des centaines de personnes sont blessées et des dizaines de maisons ont brûlé.

Le chef de la police de Jérusalem, Yoram Halevy, a déclaré qu’un pyromane présumé avait été arrêté vendredi matin.

« Nous pensons qu’il y a des pyromanes qui sont responsables, mais aussi des conditions météorologiques qui permettent à cela de se déclencher [sans assistance humaine] », a-t-il déclaré à la radio militaire.

« Nous avons identifié deux suspects [près de Beit Meir], au moins l’un d’eux a été arrêté. Il va être interrogé, mais il est trop tôt pour dire qu’il a déclenché le feu. »

« Il y a une forte possibilité qu’il ait un lien avec l’incendie », a dit Rosenfeld alors que les autorités soupçonnent qu’une bonne partie des incendies récents ont une origine criminelle, voire des motivations nationalistes pour certains.

L’homme est le neuvième suspect arrêté pour être soupçonné d’avoir déclenché au moins quelques-uns des centaines d’incendies qui ont menacé les villes et les forêts israéliennes cette semaine. Le site d’informations Ynet a annoncé qu’il était Palestinien.

Parmi les personnes arrêtées se trouvent six habitants du nord du pays, que le Shin Bet et la police croient responsables d’avoir initié les incendies destructeurs qui ont dévasté Haïfa jeudi, et ont entraîné l’évacuation de 75 000 personnes et la destruction de centaines de logements.

Des pompiers à Haifa, le 24 novembre 2016 (Crédit : AFP/Jack Guez)
Des pompiers à Haifa, le 24 novembre 2016 (Crédit : AFP/Jack Guez)

L’un des suspects serait un Palestinien qui est illégalement en Israël, a annoncé la Deuxième chaîne.

Citant les centaines d’incendies différents depuis jeudi, les dirigeants politiques, du Premier ministre Benjamin Netanyahu au ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, en passant par le ministre de l’Education Naftali Bennett, ont accusé des pyromanes arabes d’être responsables de ce fléau.

Tous trois ont déclaré jeudi que les incendies criminels présumés étaient des actes de « terrorisme ».

Dans un cas, une voiture avec de fausses plaques d’immatriculation a été retrouvée près d’un incendie proche d’Oranit, en Cisjordanie. Des chiffons imbibés d’essence ont été retrouvés dans la voiture.

D’autre part, beaucoup d’utilisateurs arabophones de réseaux sociaux en Israël et à l’étranger se réjouissaient des incendies. Le hashtag « Israël brûle » en arabe a été le troisième plus fréquent sur Twitter dans plusieurs pays arabes voisins.

Les responsables israéliens de la sécurité ont cependant mis en garde contre les conclusions trop rapides sur la cause de la vague d’incendies, affirmant que les preuves d’une large campagne d’incendies volontaires restaient ambiguës.

Les enquêteurs ont déclaré qu’une grande partie des incendies, la moitié selon certains, auraient clairement été causés par des accidents et/ou la sécheresse exceptionnelle et les vents des derniers jours. D’autres incendies auraient une origine humaine, et d’autres font toujours l’objet d’une enquête.

Roni Alsheich, le chef de la police israélienne, a mis en place jeudi une unité d’enquête spéciale pour déterminer les causes des incendies et localiser les pyromanes. Le même jour, il avait reconnu que les incendies avaient « dans certains cas […] probablement des motifs nationalistes. »

Israël devrait également recevoir vendredi une aide internationale supplémentaire, après la réponse de plusieurs pays à la demande d’Israël. Trois avions grecs de lutte contre le feu et un chypriote sont déjà en action, et dans la nuit, un avion turc, deux avions croates, deux avions italiens et deux avions russes sont arrivés pour rejoindre vendredi la lutte contre les flammes, a annoncé le bureau du Premier ministre.

Des avions grecs de lutte contre le feu sont arrivés en Israël le 24 novembre 2016. (Crédit : ministère de la Sécurité intérieure)
Des avions grecs de lutte contre le feu sont arrivés en Israël le 24 novembre 2016. (Crédit : ministère de la Sécurité intérieure)

Un supertanker américain, un Boeing 747 reconverti qui peut opérer la nuit, devrait arriver vendredi vers minuit, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

A Beit Meir, au moins dix bâtiments avaient été consumés vendredi à 6h00 du matin, et de petits incendies brûlaient toujours dans les espaces publics du village.

Environ 25 camions et 60 pompiers ont passé plusieurs heures dans la nuit à essayer d’empêcher la propagation des flammes, qui ont commencé à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de la capitale.

Des pompiers israéliens luttent contre les flammes à Beit Meir, près de Jérusalem, le 25 novembre 2016. (Crédit : AFP/Ahmad Gharabli)
Des pompiers israéliens luttent contre les flammes à Beit Meir, près de Jérusalem, le 25 novembre 2016. (Crédit : AFP/Ahmad Gharabli)

La police a fermé la route principale d’entrée dans le village, et les habitants ont été déplacés dans les villages voisins de Shoresh et Tzora.

La police a rapporté vendredi matin un autre départ de feu à Kiryat Gat, au sud de Tel Aviv, coupant la circulation.

Vendredi également, le village de Kaabiya, en Galilée, a vu les flammes qui consument la forêt voisine atteindre les frontières de la commune. La police a évacué cinq familles, mais a précisé que cette mesure était une précaution, puisque les pompiers pensent pouvoir contenir l’incendie.

A Haïfa, plus de 100 équipes ont été déployées dans la nuit pour repousser le feu et qu’il ne se propage pas depuis les 11 quartiers déjà touchés.

« Il y a eu des vents importants pendant toute la nuit, et cela n’aide pas », a déclaré vendredi matin un porte-parole des pompiers.

Les habitants pourraient être autorisés à revenir dans certaines des zones brûlées ces prochains jours, a suggéré le responsable.

De grandes zones de Haïfa étaient toujours privées d’électricité vendredi matin. Selon Oren Helman, vice directeur général de la Corporation électrique israélienne, l’électricité a été coupée dans les zones touchées par la flamme par mesure de précaution.

Les écoles et les jardins d’enfants n’ont pas ouvert vendredi dans les quartiers de Haïfa qui ont été évacués. Les autorités ont ordonné aux habitants de ne pas rentrer chez eux avant d’en recevoir l’autorisation.

« Nous avons vu des appartements complètement brûlés, c’est une vision terrible », a déclaré un pompier de Haïfa à la radio militaire vendredi matin. « Les flammes étaient immenses, elles passaient au-dessus de nos têtes. »

Vendredi matin, la situation était « sous contrôle », a déclaré prudemment Rosenfeld, « mais les choses peuvent changer et évoluer au moment même où nous parlons ».

Il y a eu beaucoup d’incendies dans d’autres régions du pays jeudi et pendant la nuit. Pendant la soirée, un feu a éclaté près de Shuafat, à Jérusalem Est, et deux maisons ont été évacuées. Un pompier a été légèrement blessé près de Shaar Hagai, qui est situé à proximité de la route 1 qui relie Jérusalem à Tel Aviv.

Une quarantaine d’incendies indépendants a également éclaté près de Nazareth. Pendant la nuit, les pompiers se battaient pour contenir un feu qui s’approchait du quartier Givat Barak de Nazareth Illit, ainsi qu’un feu de forêt à Kaabiya, qui aurait menacé la première ligne de maisons, et un feu de broussailles près du quartier Shikun Hapoalim de la ville.

Jeudi soir également, au moins 16 camions étaient déployés autour du village de Galilée de Har Halutz, au nord de Carmiel, où un nouvel incendie a démarré tard jeudi et menaçait d’entrer dans la commune. Au moins cinq maisons ont été endommagées avant que le feu ne soit éteint.

Un autre incendie a été rapporté vendredi matin, entre les villes arabes de Galilée de Kabul et Tamra. Il n’y aurait ni blessé ni dégât.

Un incendie faisait toujours rage mais était contenu près de Dolev, en Cisjordanie.

Les incendies ont également rassemblé les communautés. Des dizaines d’organisations et de conseils municipaux, dont le Mouvement islamique en Israël, le mouvement des kibboutz, le mouvement de jeunesse Bnei Akiva et l’Union sioniste, ont mis en place des services pour permettre à la population d’accueillir les évacués chez eux.

Des stations de radio populaires, dont la station musicale de l’armée Galgalatz, ont transformé leurs pages Facebook tableau d’informations pour les offres et les demandes d’aide.

Dans un communiqué, le Mouvement islamique en Israël, une organisation qui cherche à promouvoir l’islam dans le pays, a déclaré qu’il mettait en place une salle de situation dans la ville de Kfar Qassem, et a annoncé sa « volonté à aider à prendre les familles évacuées en raison des incendies dans tout le pays. »

« Dans toutes les communautés arabes, l’accueil se fait pour tous les citoyens, arabes, chrétiens et juifs, sans distinction, a déclaré le mouvement. Des dizaines de familles de la population arabe sont prêtes à accueillir les familles touchées par les incendies à Haïfa et dans les pays, juifs et arabes de la même manière. »

En Galilée, des villages druzes ont déjà accueillis des habitants juifs et musulmans évacués de Haïfa.

Les équipes israéliennes ont été rejointes jeudi soir par huit camions et 40 pompiers palestiniens, qui participent à la bataille pour contenir les incendies massifs de Haïfa et de Shaar Hagai.

L’AFP a contribué à cet article.

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