Les Gazaouis malades, sans coordination avec l’AP, n’entrent plus en Israël
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Les Gazaouis malades, sans coordination avec l’AP, n’entrent plus en Israël

L'ONU n'a pas établi d'alternative permettant le transfert des malades nécessitant des soins urgents depuis que l'AP, en charge de ces voyages, a cessé la coopération avec Israël

Des Palestiniens sont vus au point de passage d'Erez avec Israël près de Beit Hanoun dans le nord de la bande de Gaza le 27 août 2018. (AFP/MAHMUD HAMS)
Des Palestiniens sont vus au point de passage d'Erez avec Israël près de Beit Hanoun dans le nord de la bande de Gaza le 27 août 2018. (AFP/MAHMUD HAMS)

Deux mois et demi après que l’Autorité palestinienne a mis un terme à la coordination avec Israël qui permettait aux résidents de la bande de Gaza de venir au sein de l’Etat juif ou en Cisjordanie pour des raisons humanitaires, aucun mécanisme alternatif n’a depuis permis de proposer rapidement des soins aux malades de Gaza dans des cas d’urgence, a indiqué un article paru jeudi.

Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) avait annoncé, il y a deux semaines, qu’il s’efforcerait de rationaliser ce processus – mais rien n’a été fait pour le moment. De surcroît, seulement la moitié des cas urgents transmis aux autorités israéliennes sont approuvés, selon Haaretz.

L’AP a mis un terme à la coordination à la fin du mois de mai, rompant tous les liens avec Israël pour protester contre l’intention de l’Etat juif d’annexer des pans de la Cisjordanie – une intention que le pays n’a pas encore mené à bien.

Fin mai, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait annoncé que l’Autorité palestinienne était dorénavant « dégagée » de tous les accords et autres protocoles signés avec Israël dans le cadre de la réponse des Palestiniens à l’annexion prévue, qui n’a pas eu lieu malgré les promesses du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un contexte d’objections exprimées par des membres de l’administration du président américain Donald Trump.

Environ 30 000 autorisations avaient été émises en 2019 pour que des Gazaouis puissent entrer en Israël pour des raisons humanitaires. Sur ces demandes, 16 000 concernaient des habitants de la bande devant être hospitalisés et les 14 000 requêtes restantes avaient été soumises par des personnes désireuses d’accompagner ces malades.

Au mois d’avril, seuls 159 permis similaires ont été attribués, avait fait savoir Haaretz au mois de juin.

La Commission civile de l’AP reçoit habituellement les requêtes et les traite avant de les transférer à Israël. Mais celle-ci a cessé d’assumer cette tâche depuis la fin de la coordination sécuritaire entre les Israéliens et les Palestiniens, a fait savoir le Coordinateur des activités gouvernementales sur les territoires (COGAT) dans un communiqué.

Un infirmier palestinien s’occupe de Jehad al-Qedra, atteint par un cancer, alors qu’il reçoit son traitement dans un hôpital du camp de réfugiés de Khan Younès, dans la bande de Gaza, le 16 juin 2020. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

Le reportage publié jeudi dans Haaretz a rapporté que l’organisation Médecins pour les droits de l’Homme avait fait état, depuis la fin de la coordination, d’une hausse de 500 % du nombre de demandes reçues par le groupe pour aider des malades à sortir de Gaza pour obtenir des soins urgents.

L’organisation a également déclaré que l’Etat juif n’examinait que les requêtes où la vie des malades était en péril – comme dans des cas de cancer et de pathologies cardiaques – ou les dossiers portant sur de jeunes enfants. Mais même parmi ces cas, Israël n’apporterait actuellement son approbation qu’à 50 % des demandes d’entrée sur le territoire, a continué le groupe de défense des droits de l’Homme.

L’OCHA, une agence de l’ONU, a déclaré à Haaretz que son mécanisme alternatif de coordination subissait des retards pour des « raisons bureaucratiques » non-précisées, des difficultés qui ont essentiellement émergé au cours d’entretiens avec les responsables palestiniens.

Pour leur part, continue le journal, les patients déplorent de longs interrogatoires au poste-frontière d’Erez, à leur entrée en Israël, même après approbation de leur dossier. Certains sont même parfois renvoyés chez eux. L’article note que les autorités ont commencé à conditionner l’entrée au sein de l’Etat juif à la présentation d’IRMs ou autres imageries scanner, et qu’il faut aussi apporter la preuve que le traitement recherché n’est pas disponible dans la bande.

Les malades dont l’entrée avait été approuvée avant le début de l’épidémie de coronavirus avaient, pour leur part, eu l’autorisation de rester en Israël. Parmi eux notamment, un petit garçon qui a pu survivre grâce à une greffe de rein. L’organe avait été prélevé sur sa mère. Cette intervention avait pu être réalisée avec l’aide financière d’une ONG arabe israélienne, a expliqué la Douzième chaîne vendredi.

La chaîne a ainsi expliqué qu’Abdel-Karim, âgé de presque trois ans, avait dû traverser un véritable supplice bureaucratique pendant huit mois, entravé par l’épidémie de coronavirus et la fin de la coordination entre Israël et l’AP, avant de finalement recevoir la greffe, au début du mois de juillet, à l’hôpital Rambam de Haïfa avec le soutien d’une organisation appelée « Think About Others Association ».

Des passagers au point de passage frontalier d’Erez emprunté par les Gazaouis venant recevoir un traitement médical en Israël. (Gili Yaari/Flash90)

Haaretz a pour sa part mis l’accent dans son article de jeudi sur le cas d’un jeune Gazaoui atteint par une anémie aplasique et qui est décédé avant de pouvoir être transféré – parce que les Israéliens auraient tardé à approuver son dossier.

Selon le journal, Jalal Sharafi était tombé malade au mois de mars et une première prise de contact portant sur une greffe de moelle épinière avait eu lieu avec le centre médical Sheba, près de Tel Aviv, en date du 4 mai.

L’article précise qu’un rendez-vous avait été pris le 12 juillet – même s’il ne mentionne pas la fin de la coordination sécuritaire décidée par l’AP, ni la manière dont ce nouvel état de fait avait pu affecter le processus.

Il détaille le rejet initial par Israël de la demande d’entrée sur le territoire, et ce pour des raisons de sécurité, le 13 juillet. L’Etat juif avait finalement approuvé la requête du malade mais rejeté celle qui avait été soumise par le père de Sharafi, qui désirait l’accompagner.

Et lorsque Israël a enfin approuvé la présence d’un membre de la famille auprès de lui à son rendez-vous à l’hôpital, le 19 juillet, Sharafi était mort.

« Chaque jour qui passe sans la mise en place d’un mécanisme international alternatif coûte des vies », a commenté l’organisation Médecins pour les droits de l’Homme. « Et en fin de compte – en tant que responsable du contrôle des frontières, en tant que décisionnaire des entrées des malades dans le pays pour y être soignés – c’est Israël qui doit prendre en charge la vie des patients jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. »

Le COGAT, l’instance de liaison militaire avec les Palestiniens, dit « passer à l’acte – bien au-delà d’une lecture littérale de la loi, en coordination avec les responsables concernés et malgré l’ombre du gel de la coordination avec l’AP et de la pandémie de coronavirus – pour permettre l’entrée des résidents de la bande en quête de traitements vitaux pour eux ».

« Chaque demande est examinée individuellement et en profondeur par des professionnels », a-t-il ajouté. « La réduction des passages au poste-frontière d’Erez aux seuls cas médicaux et humanitaires urgents ne vise qu’à entraver autant que possible la circulation du coronavirus dans le secteur. »

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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