Les groupes pour Olim réagissent aux fraudes dans les entreprises d’options binaires
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Les groupes pour Olim réagissent aux fraudes dans les entreprises d’options binaires

Tandis que le Times of Israel continue d'enquêter sur les "loups de Tel Aviv", l'escroquerie financière à échelle mondiale, les principales agences d'emploi pour les anglophones ont cessé d'accepter les annonces de ces entreprises

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Nouveaux immigrants français en Israël à leur arrivée à l'aéroport international Ben Gurion de Tel Aviv, le 29 juin 2015. (Crédit : Zed Films)
Nouveaux immigrants français en Israël à leur arrivée à l'aéroport international Ben Gurion de Tel Aviv, le 29 juin 2015. (Crédit : Zed Films)

À quelques exceptions près, les nouveaux immigrants en Israël ne viennent pas ici pour s’adonner à une vie de crime. Mais que ce soit dû à l’ignorance, au désespoir ou à la tentation de salaires élevés, plusieurs milliers de personnes ont trouvé un emploi dans les sociétés d’options binaires et de Forex, un réseau largement frauduleux d’entreprises qui utilise des pratiques trompeuses afin d’escroquer des centaines de milliers de victimes dans le monde et les délester d’importantes sommes d’argent, le tout avec l’autorisation tacite des autorités israéliennes, qui n’ont pas encore pris de mesures pour stopper cette industrie.

Des groupes comme Secret Tel Aviv, Janglo, Nefesh B’Nefesh et Gvahim, qui sont en première ligne de la bataille afin d’orienter les nouveaux arrivants vers des métiers honnêtes, proposent tous des offres d’emploi et servent de passerelle de confiance entre les immigrants et le monde du travail israélien.

Mais les sociétés d’options binaires corrompues et les sociétés de Forex, les « loups de Tel Aviv », sont désireux d’accéder à ce vivier de jeunes immigrants intelligents qui parlent leur langue maternelle sans accent – et sont donc parfaits pour tromper et faire les fausses déclarations indispensables au fonctionnement de la fraude.

Comme le Times of Israel l’a signalé, une grande partie de cette industrie est basée sur le vol : loin d’investir dans des valeurs par l’entremise de transactions classiques et légitimes, les clients malheureux des entreprises frauduleuses jouent en fait à un jeu de casino frauduleux.

Comment les organisations de recherche d’emploi font-elles face à la pression exercée par ces sociétés afin de publier des annonces sur leurs forums ? C’est une question importante parce que, comme un avocat israélien (qui a demandé à rester anonyme) l’a déclaré au Times of Israel, les employés de l’industrie pourraient faire face à des difficultés juridiques et même des demandes d’extradition vers des pays étrangers dont la loi punit ces crimes. « Sans aucun doute, les gens qui travaillent dans ces entreprises (frauduleuses) s’exposent à des actions juridiques, pénales et civiles, dans l’avenir », a-t-il dit.

Suite à l’article du Times of Israel du 23 mars dernier sur la corruption généralisée dans l’industrie des options binaires, Janglo, un forum en ligne pour les anglophones en Israël, a annoncé le 30 mars dernier qu’il n’accepterait plus d’offres d’emploi et de publicités provenant d’entreprises de Forex et d’options binaires sur son site.

« Cette décision vise non seulement les emplois de vente », a écrit le directeur du site Zev Stub, « mais aussi d’autres postes comme les emplois dans le domaine de l’informatique et de l’administration au sein de ces entreprises. Nous allons développer une liste de surveillance de ces sociétés dans les jours et les semaines à venir. Vous pouvez nous signaler ces entreprises à l’adresse site@janglo.net ».

Dans une interview au Times of Israël, Stub, qui dirige le site de Jérusalem, a déclaré que ce fut une décision difficile à prendre, mais après avoir demandé à ses lecteurs leurs opinions sur les pratiques corrompues et frauduleuses décrites par le Times of Israel, il a conclu que cette industrie devait être évitée à tout prix.

« D’une certaine manière, le problème des sociétés d’options binaires est plus une question touchant Tel-Aviv que Jérusalem », a déclaré Stub. « Donc, je n’ai jamais vraiment eu à l’affronter directement. Je savais que le monde des options binaires était suspect, mais il me semblait qu’il s’agissait plutôt d’une zone grise. Après clarification, il ne s’agit vraiment pas d’une zone grise mais d’une zone noire ».

Quand il a demandé à ses lecteurs à quel point l’industrie des options binaires était mauvaise, a précisé Stub, leur réponse a été sans appel. « J’ai été surpris. Les gens disaient ‘Bien sûr, vous devez les exclure, ce n’est même pas une question’. »

Stub a compilé une liste grandissante de sociétés qui sont maintenant interdites sur son site. Il dit que l’un de ses défis a été de déterminer quelles entreprises sont légitimes et lesquelles ne le sont pas.

« Quand j’ai fait cette annonce, j’ai reçu un appel provenant de ce que j’ai pensé être une société de Forex légitime à Jérusalem. Ils voulaient m’expliquer qu’ils ne sont pas une société d’options binaires et qu’ils fonctionnent de manière légitime et la femme avec qui je parlais avait l’air de quelqu’un de gentil et de religieux, une personne avec de bonnes valeurs ». Mais tandis qu’il lui parlait, Stub a reçu un courriel d’un lecteur qui disait : « Voici une annonce de Forex que vous devez avoir manqué », et c’était pour cette même entreprise.

« En tant que modérateur, distinguer le bon du mauvais est très difficile. Aujourd’hui encore, je suis en contact avec une entreprise qui fait beaucoup de promotion sur Janglo. Ils ont une plate-forme financière de Forex et ils me demandaient : « Pourquoi n’avez-vous pas accepté nos messages ces derniers temps ? Parce que nous ne sommes pas une société d’options binaires, nous faisons autre chose ». En même temps, toutes leurs annonces indiquent qu’une année d’expérience dans le binaire est un plus ».

Une interdiction totale

Jonny Stark, le fondateur et directeur de Secret Tel Aviv, un site Web et un groupe Facebook ayant plus de 100 000 adeptes, adopte une approche plus large. Il interdit toutes les sociétés de commerce en ligne en Israël qui ne sont pas des sociétés financières traditionnelles.

Stark note que cette politique a été mise en place depuis un an et demi et, en plus de sociétés de commerce en ligne, son site interdit les entreprises frauduleuses de « green card », les serruriers et les entreprises de déménagement, ainsi que les sociétés de jeux de hasard et les entreprises qui installent des logiciels malveillants et des virus sur les ordinateurs des utilisateurs.

« Il fut un temps où j’envoyais 20-30 e-mails par jour à des gens en leur demandant de cesser d’afficher des offres d’emplois dans le binaires et le Forex. Ça s’est beaucoup ralenti. Si quelqu’un publie l’offre à nouveau, nous le retirons du groupe. Malheureusement, beaucoup de personnes ont été bloquées », dit-il. « Si quelqu’un poste une offre d’emploi et ne dit pas le nom de la société, nous enlevons le message et lui demandons quelle est son entreprise. »

Il y a quelques années, se souvient Stark, il avait un ami proche venant des Etats-Unis qui venait de terminer l’armée et était à la recherche d’un emploi.

« Je passais beaucoup de temps avec lui, à travailler sur son CV afin qu’il puisse trouver un emploi dans la vente dans une bonne compagnie. A mi-chemin du processus, il a accepté un emploi dans les options binaires et nous nous sommes arrêtés de travailler sur son CV. Mais après un an, il a quitté Israël. Son rêve sioniste s’est terminé. Il avait essentiellement travaillé à délester les gens de leur argent ».

Depuis qu’il a interdit toutes les annonces binaires et Forex, Stark dit avoir reçu beaucoup de critiques de personnes dans l’industrie. « Cinquante pour cent des (annonceurs d’options binaires) disent : ‘OK, nous ne le ferons plus’. Mais 20 % d’entre eux le font à nouveau, de sorte qu’ils sont retirés du site. Les 50 % restants se disputent avec moi. Certains diront : ‘Vous savez que nous sommes une société réglementée. Il y a de bonnes entreprises et de mauvaises entreprises, et nous sommes une bonne compagnie’. L’autre approche est juste de m’attaquer, en disant ‘Qui êtes-vous pour nous dire ce que nous ne pouvons pas faire ? Vous empêchez les gens d’obtenir des emplois’. »

Stark affirme que sa réponse à cet argument est, « Si les gens volent des voitures tout le temps, ne devrions-nous pas les empêcher de voler des voitures, même si c’est leur travail ? »

Néanmoins, dit-il, il se sent responsable d’offrir des alternatives à ceux qui sont employés dans l’industrie. « Je ne voulais pas simplement attaquer les gens. Si nous voulons empêcher les gens d’obtenir des emplois dans les options binaires et le Forex nous devons faire en sorte qu’ils puissent obtenir des emplois dans d’autres industries. »

Stark a lancé un de conseil de l’emploi il y a dix mois. Selon lui, le conseil a été utilisé par 2 500 personnes à ce jour et a offert plus de 1 000 emplois.

« J’ai entendu dire qu’il y avait 12 000 personnes qui travaillent dans l’industrie (des options binaires / Forex). Il y a quelques semaines quelqu’un m’a dit que ce chiffre s’élevait à 20 000. Nous comprenons que les gens aient besoin de travail. Vivre à Tel Aviv est cher et il est difficile de faire sa vie ici. Mais nous pensons qu’il y a suffisamment de bons emplois, de sorte que les gens ne doivent pas utiliser cela comme une excuse ».

Il a ajouté : « Si vous êtes ‘bon’ dans le domaine du binaire ou du Forex, ces compétences sont transférables – vous pouvez aussi avoir beaucoup de succès dans d’honnêtes sociétés high-tech. »

« Une bonne ambiance et de l’argent ! »

Une lecture rapide des offres d’emploi proposées par Nefesh B’Nefesh, une organisation à but non lucratif qui soutient les nouveaux immigrants en Israël, révèle que de nombreuses annonces – dans le climat croissant de consternation concernant les fraudes des compagnies d’options binaires – assurent aux éventuels candidats « Pas de Forex / d’options binaires ».

Toutefois, Nefesh B’Nefesh propose également des annonces qui semblent être pour des entreprises d’options binaires, comme celle-ci, datant du 28 mars :

« Une start-up qui réussit dans l’industrie du commerce en ligne est à la recherche de personnes énergiques dans le domaine de la vente! Venez travailler pour une grande entreprise, située à Tel-Aviv. (BONNE AMBIANCE et ARGENT !!!). Des responsables de conversion (vendeurs). Des responsables de rétention. Service client. Chargés de formation pour les vendeurs et de formation sur les marchés boursiers et rédacteurs de vente (De l’expérience dans le domaine du binaire ou du Forex est un must). »

Un deuxième annonceur, qui a publié une annonce lundi, cherchait également à pourvoir des emplois dans l’industrie du Forex.

Interrogé sur ces annonces, Yael Katsman, une porte-parole de Nefesh B’Nefesh, a envoyé au Times of Israël le texte des règles de publication du groupe.

« S’il vous plaît, ne publiez dans ce groupe que des emplois ou des événements liés à l’aide à l’emploi aux Olim. Ne publiez pas d’annonces concernant des opportunités dans le Forex et les options binaires dans ce groupe. Si vous embauchez dans ce domaine, envoyez-nous la description de l’emploi, ainsi que ses exigences et son emplacement à giyus@nbn.org.il.”

Interrogée pour savoir si cela signifie que Nefesh B’Nefesh évalue les emplois dans le domaine des options binaires et du Forex au cas par cas, Katsman n’a pas répondu.

Gvahim, une association à but non lucratif aidant les nouveaux immigrants à trouver des emplois de haute qualité en Israël, a déclaré au Times of Israel qu’elle évitait clairement cette industrie : « Par principe, nous ne référons ou ne recommandons pas d’emplois dans le domaine du Forex et des options binaires aux nouveaux immigrants ».

Le Times of Israel travaille à éviter la publication d’annonces dans le domaine des options binaires et du Forex sur le site.

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