De jeunes Ethiopiens cherchent à entrer sur la scène technologique israélienne
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De jeunes Ethiopiens cherchent à entrer sur la scène technologique israélienne

Tech-Career a pour objectif d'aider les Ethiopiens à s'intégrer pleinement sur le marché du travail en leur permettant de développer des compétences professionnelles aux niveaux technique et commercial

Les élèves de Tech-Career en cours (Crédit :
 Shoshanna Solomon/Times of Israel)
Les élèves de Tech-Career en cours (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

David, 25 ans, est assis tranquillement sur sa chaise, attendant son tour pour prendre la parole. Et lorsqu’il le fait, c’est avec conviction – même si sa voix est douce et traduit une part de timidité inhabituelle chez un jeune israélien.

David – ce n’est pas son vrai nom – est sorti de son cours en programmation informatique pour parler de la discipline qu’il a choisi d’étudier. Aussitôt terminé, il va rejoindre sa classe constituée d’hommes et de femmes âgés de 21 à 30 ans qui étudient la gestion réseau, le développement logiciel, l’assurance qualité et la sécurité des données.

Ils viennent de tout le pays pour s’immerger dans leurs études pour pouvoir eux aussi participer à la scène technologique en pleine explosion de la nation des start-ups. Et ils ont tous certaines choses en commun : Des diplômes sanctionnant leurs années de lycée, le service militaire ou un service national alternatif effectué, et ils sont tous d’origine éthiopienne.

Et maintenant, ils apprennent les technologies à Tech-Career, organisation à but non-lucratif fondée par et ciblant les Israéliens éthiopiens qui y développeront les compétences nécessaires pour pouvoir faire partie de la scène technologique nationale.

Des étudiants de Tech-Career au travail (Crédit : Shoshanna Solomon/TimesofIsrael)
Des étudiants de Tech-Career au travail (Crédit : Shoshanna Solomon/TimesofIsrael)

David est issu d’une fratrie de six enfants et il est le premier dans sa famille à être né en Israël. Ses parents ont immigré en 1991 dans le cadre de l’opération Salomon, la seconde de deux vagues d’immigration massive au cours de laquelle les Juifs éthiopiens ont entrepris un voyage périlleux – un grand nombre d’entre eux l’ayant fait à pied, via le Soudan – pour rejoindre la Terre promise.

« J’ai fait mon service militaire sans savoir véritablement quoi que ce soit sur les ordinateurs », dit David. « C’est seulement avant la fin de mon service que j’ai réalisé qu’il y avait quelque chose qui s’appelait les sciences informatiques. Je suis ici parce que j’ai un objectif. Il n’y a pas beaucoup de personnes issues de la communauté éthiopienne dans les hautes-technologies mais je constate que des diplômés de ce cours réussissent à trouver des emplois dans ce secteur. Et c’est ce que je veux moi aussi ».

Ouvrir les portes de l’industrie technologique

Tech-Career a été fondé en 2002 par Asher Elias, entrepreneur social et dans les hautes-technologies éthiopien qui s’est donné pour objectif d’aider les jeunes Ethiopiens à s’intégrer pleinement dans la société israélienne en leur faisant acquérir les compétences professionnelles leur permettant de se qualifier pour des postes bien rémunérés dans les industries high-tech. Lorsqu’il a fondé son ONG, seulement quatre Ethiopiens israéliens étaient employés dans ce secteur, et tous avaient été formés en Ethiopie.

Une étude rendue publique par le Centre Taub d’études politiques sociales en Israël – sur la base de chiffres fournis par le Bureau central des statistiques – a établi que dans l’éducation comme sur le marché du travail, les Israéliens d’origine éthiopienne ont fait de gros progrès au cours des deux décennies. En 2011, 72 % des éthiopiens israéliens dans la tranche d’âge d’activité maximale (25-54 ans) ont un travail, un chiffre légèrement inférieur au taux d’activité de 79 % de la population juive non-éthiopienne.

Il y a toujours des écarts significatifs entre les Israéliens d’origine éthiopienne et les autres. Environ 21 % des éthiopiens israéliens éduqués en Israël se trouvent aux plus hauts niveaux du marché du travail en comparaison des 40 % du reste de la population juive, et environ 60 % sont employés dans des activités qui exigent peu de qualification ou aucune qualification, en comparaison de 41 % dans le reste de la population juive (parmi les immigrants de première génération, ces deux chiffres sont bien plus bas). Les Éthiopiens israéliens représentent 145 000 personnes ou 2 % de la population totale.

A l’école, les Ethiopiens n’obtiennent pas souvent le soutien et les encouragements qui sont nécessaires pour accéder à de hauts niveaux de connaissance en maths, sciences et culturel et les tests de recrutement pré-service militaire – qui s’adressent à la population au sens large et pas obligatoirement à la culture éthiopienne – les amènent à s’enrôler dans les unités de combat au détriment des unités de renseignement d’élite, dont sont originaires un très grand nombre d’entrepreneurs israéliens en technologie.

Tech-Career organise cinq cursus professionnels par an qui durent chacun entre six à huit mois. Les étudiants dorment dans les dortoirs, ce qui les déconnecte de leurs occupations quotidiennes, de leurs inquiétudes familiales et financières. Ils obtiennent une rémunération de la part de l’Assurance nationale et Tech-Career aide les étudiants qui ont besoin d’un financement supplémentaire. Ils s’immergent dans leurs études et ont accès, 24 heures sur 24, à des laboratoires informatiques. Ils reçoivent des conseils et un soutien personnalisé et passent des examens de certification en programmation – comme le certificat professionnel de réseau certifié par Cisco à la fin du programme.

En plus de leurs études technologiques, les participants investissent environ 200 heures pour acquérir la maîtrise des aptitudes commerciales non-techniques, comme la rédaction d’un CV, la préparation à un entretien d’embauche, la gestion du temps et le travail d’équipe.

« J’en suis maintenant au stade de la préparation de mes entretiens », explique David. « J’apprends comment me présenter de la meilleure façon possible ».

Taquineries et plaisanteries entre étudiants durant les cours de Tech-Career (Crédit : Shoshanna Solomon/TimesofIsrael)
Taquineries et plaisanteries entre étudiants durant les cours de Tech-Career (Crédit : Shoshanna Solomon/Timesofisraël)

Dans les classes, les étudiants, hommes et femmes, se taquinent et plaisantent les uns avec les autres – ils reviennent sur les bancs de l’école mais avec une mission claire : celle de réussir.

« Nous sommes très stricts avec nos étudiants », explique Doron Toren Shamia, qui a la charge de placer les étudiants dans des entreprises technologiques une fois qu’ils sont diplômés. « Notre objectif est de leur donner des certificats professionnels qui leur permettront de travailler dans les secteurs les plus en pointe de la technologie ».

Au cours du cursus, les étudiants obtiennent également un soutien personnalisé de la part de cadres des hautes technologies et d’anciens diplômés qui interviennent bénévolement pour les familiariser avec la culture du travail high-tech, les présenter à leur réseau social, les préparer à des entretiens d’embauche et faciliter leur intégration dans la main d’oeuvre.

Toren Shamia a développé un réseau d’entreprises et de mentors avec lesquels elle se trouve en contact, dont la firme de cybersécurité Check Point Software Technologies Ltd., HP, Nice Systems, Wix.com et les Raphael Advanced Defense Systems, pour aider à dépasser la barrière obstruant l’entrée à la scène technologique partenaire des militaires.

Les étudiants de Tech-Career cherchent l'accès à la scène des start-ups israéliennes (Crédit : Shoshanna Solomon/TimesofIsrael)
Les étudiants de Tech-Career cherchent l’accès à la scène des start-ups israéliennes (Crédit : Shoshanna Solomon/Timesofisraël)

Nous ne voulons pas de traitement spécial », dit-elle. Les mentors qui travaillent avec Tech Career aident les étudiants à obtenir leurs entretiens, mais le terrain de jeu est égalitaire et s’ils obtiennent le travail, ce sera de leur propre fait. « Nous ne leur donnons pas le poisson, mais les outils nécessaires pour la pêche ».

Lorsqu’il n’étudie pas, David est bénévole dans une école auprès d’enfants éthiopiens; intervenant lors de l’aide aux devoirs, et il se rend dans un jardin une fois par semaine, travaillant avec des personnes âgées éthiopiennes qui cultivent les épices et les plantes qu’elles faisaient pousser en Ethiopie.

« Une partie de notre programme consiste aussi à nous assurer que les étudiants apprennent à rendre à leur communauté », explique Naphtali Avraham, 49 ans, le directeur général de Tech-Career, qui est à la tête de l’ONG depuis deux ans et demi. A l’âge de 13 ans, Avraham a quitté sa famille et traversé le Soudan pour atteindre Israël en compagnie d’un groupe de neuf enfants.

Le directeur-général de Tech-Career Naphtali Avraham (Crédit : Shoshanna Solomon/TimesofIsrael)
Le directeur-général de Tech-Career Naphtali Avraham (Crédit : Shoshanna Solomon/TimesofIsrael)

« Vous ne pouvez pas aider si vous n’êtes pas fier de vos racines », estime Avraham, officier dans les forces aériennes israéliennes pendant plus de 20 ans. « Vous pouvez puiser dans vos capacités à vous uniquement si vous savez quelle a été votre histoire et les efforts livrés par vos parents pour venir ici et les difficultés qu’ils ont affrontées ».

Tech-Career aide les étudiants à réaliser qu’ils ont les aptitudes et le talent pour travailler dans tous les secteurs, ajoute-t-il, « sachant qu’ils ont conscience du fait qu’ils peuvent dépasser toutes les barrières ».

L’agenda du programme comprend également l’apprentissage de l’anglais commercial, des visites dans les entreprises pour avoir un aperçu sur la culture high-tech israélienne, et des opportunités de formation par le biais de stages.

Quatre-vingt dix pourcent des diplômés certifiés – ou 132 sur 147 diplômés ayant participé aux neuf cours technologiques de 2013 à 2016 – travaillent maintenant dans leur secteur de formation. Plus de 20 diplômés de Tech-Career, par exemple, sont employés à Bynet Data Communications Ltd. qui a organisé des cours professionnels de réseau certifiés par Cisco aux côtés de Tech-Career et du ministère de l’Economie.

« De plus en plus d’étudiants rejoignent nos rangs », atteste Avraham. « Leur nombre montre que le barrage a cédé et ils considèrent dorénavant qu’il est possible de faire partie de ce monde. Mais il y a encore tant de choses à réaliser ».

Il n’y a pas encore eu de « sortie » – de vente ou d’offre publique initiale d’actions – de la part d’un entrepreneur éthiopien en Israël, raconte-t-il. « Et cela, nous voulons le changer », dit-il. « Pour être entrepreneur, vous devez avoir de l’argent, des contacts et des réseaux. Vous ne pouvez pas être préoccupé par votre pain quotidien ».

De plus, les entreprises devraient être encouragées à promouvoir la diversité culturelle dans leurs rangs, ajoute-t-il. « Promouvoir la diversité n’est pas seulement une bonne chose pour les immigrants éthiopiens. Mais c’est une bonne chose pour la société israélienne dans son ensemble ».

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