Les jeunes qui s’opposent à « l’occupation » devraient-ils être exemptés de service militaire ?
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Les jeunes qui s’opposent à « l’occupation » devraient-ils être exemptés de service militaire ?

L’armée reconnait les pacifistes comme des objecteurs de conscience, mais ceux qui s’opposent à une stratégie militaire spécifique ne jouissent pas de ce titre

Tamar Alon, deuxième à partir de la gauche, et Tamar Zeevi, au centre, protestent contre l'enrôlement dans le service militaire. Le paneau indique "ni employées ni combattantes, nous sommes des 'refuseuses' et des féministres". (Crédit : Mesarvot)
Tamar Alon, deuxième à partir de la gauche, et Tamar Zeevi, au centre, protestent contre l'enrôlement dans le service militaire. Le paneau indique "ni employées ni combattantes, nous sommes des 'refuseuses' et des féministres". (Crédit : Mesarvot)

JTA – Elles s’appellent toutes les deux Tamar. Elles ont toutes les deux 19 ans. Et elles refusent d’effectuer leur service militaire obligatoire au sein de l’armée israélienne, en raison de leur opposition à l’activité d’Israël en Cisjordanie.

Mais après plusieurs audiences consécutives sur la base militaire de Tel Hashomer lundi, l’armée a jugé que seule Tamat Zeevi était objectrice de conscience. Elle a été relâchée jeudi, après avoir passé 115 jours derrière les barreaux de la prison militaire, mais Tamar Alon reste incarcérée.

La commission militaire qui gère les cas d’objections de conscience n’a pas souhaité s’exprimer sur ces cas précis. Mais Mesarvot, une organisation féministe qui refuse l’armée, et à laquelle sont affiliées Zeevi et Alon, a diffusé un communiqué après la libération de Zzvi, indiquant que c’était la première fois en 15 ans que l’armée avait reconnu « un opposé aux implantations » comme un objecteur de conscience. L’armée estime généralement que les objecteurs de conscience sont pacifistes, et non pas des objecteurs politiques, selon le communiqué.

En dépit de la forte polarisation politique en Israël, et de la quasi-universalité du service militaire, les objecteurs de conscience se font rares dans le pays. Et pourtant, ces cas sont étroitement surveillés, en raison des précédents qu’ils pourraient instaurer.

Liron Libman, un ancien procureur de l’armée et ancien chef du département de la loi internationale de l’armée, a averti que la reconnaissance « sélective » de l’objection, un refus de servir dans certaines circonstances, est très subjective et pourrait donc saper l’autorité de l’armée. Libman, qui a quitté ses fonctions en 2011, s’inquiète que de tels critères ouvrent la voie aux problèmes des soldats religieux qui refuseraient d’évacuer les implantations en Cisjordanie.

Tamar Ze’evi, objectrice de conscience. (Crédit : Ido Heimberg/Mesarvot)
Tamar Ze’evi, objectrice de conscience. (Crédit : Ido Heimberg/Mesarvot)

Libman a déclaré que la Commission de Conscience devrait se contenter de la définition d’objecteur de conscience utilisé par la Cour suprême, qui a, à plusieurs reprises, ordonné que seuls les pacifistes soient reconnus comme objecteurs de conscience. Ceux qui s’opposent à l’occupation, où à toute autre politique gouvernementale ne seront pas considérés comme tels.

Dans une décision rendue en 2002, la Cour suprême a indiqué que seule la Suisse reconnait « l’objection de conscience sélective », une pratique que les Suisses ont eux-mêmes renforcée. La politique actuellement en vigueur au sein de l’armée américaine indique que les objecteurs de conscience doivent refuser de prendre part à la guerre « quelle que soit sa forme » pour des convictions religieuses ou morales.

Le philosophe israélien Avi Sagi, qui a participé aux affaires des deux Tamar en tant que seul civil de la Commission de conscience, a déclaré que la commission définissait généralement l’objection de conscience comme un refus de servir dans l’armée pour des raisons morales, et non politiques. C’est une définition plus large – mais aussi plus subjective – que celle demandée par la loi israélienne, ou par toutes les démocraties aux politiques plus libérales, ou qui ne font pas l’objet de menaces, a-t-il dit.

Grâce à son expérience à la Commission de conscience, Sagi a développé ce qu’il a appelé la théorie des « doubles motivations » des objecteurs de conscience. L’idée de base est qu’une personne qui cherche à obtenir le statut d’objecteur de conscience ne devrait pas être disqualifiée par son activisme politique. Mais les motivations primaires de la personne doivent être de protéger ses valeurs, et non pas de changer la société ou la politique. En pratique, la motivation devrait être déterminée au moyen d’un interrogatoire.

« La Commission n’a pas besoin de baser ses décisions sur un précédent [juridique] », a déclaré Sagi au JTA. « En tant que penseur libéral dans un pays libéral, je pense que nous avons le devoir de défendre ceux qui ne peuvent pas servir dans l’armée parce qu’ils sont objecteurs de conscience. C’est pour cette raison que le dialogue est si important dans le travail de la Commission. »

Sagi n’a pas parlé des affaires spécifiques pour des raisons de confidentialité, et parce que les audiences de la Commission ont lieu à huis-clos. Mais Zeevi a indiqué qu’elle a décrit ses motivations à la Commission dans des termes plus personnels que ceux employés par Alon. La mère d’Alon, Moriah Shlomit, a déclaré au quotidien Haaretz que sa fille faisait désormais de la désobéissance civile.

« Elle a souligné au jury qu’elle ne changera pas sa conscience pour coller aux définitions du jury, qui correspondent aux besoins de l’armée, même si elle doit en payer le prix et rester en prison », a déclaré Shlomit. Elle a poursuivi en disant que sa fille a ajouté que « même si la Commission insiste pour décrire ce que je fais comme de la désobéissance civile, ce titre ne me dérange pas non plus ».

Au contraire, Zeevi a déclaré au JTA qu’elle a décrit son refus de servir comme un problème de convictions personnelles. Dans un blog paru sur la plate-forme du Times of Israël en novembre, le jour où elle devait se présenter pour commencer son service, elle explique qu’elle « posait des limites morales » et qu’elle « résistait activement face à un gouvernement et à une politique qui viole les droits de l’Homme et alimente la violence et la réalité cruelle ».

« La [Commission] pouvait discerner mon témoignage et celui de Tamar, parce que mon objectif dans mon refus de servir, était de pourvoir vivre en accord avec mes valeurs. J’ai beaucoup réfléchi à cela, j’ai douté, j’ai eu honte etc. », dit-elle. « Pour Tamar, tout était question de générer une discussion politique et d’amorcer un changement. »

Zeevi a été relâchée la semaine dernière de la Prison 6 au nord d’Israël, où elle a séjourné 115 jours. Alon est restée à la Prison 4 dans le centre d’Israël, où elle est incarcérée depuis 125 jours. La Commission a recommandé qu’Alon soit conduite devant un autre jury, qui pourrait la libérer pour inaptitude à servir.

« Je pense qu’il est très important pour eux de faire la différence entre mon cas et celui de Tamar Alon », explique Zeevi. « Ils voulaient souligner la différence, bien que nos positions ne soient pas si éloignées. Je pense que nous méritions toutes les deux d’être libérées. »

L’armée n’a pas souhaité commenter sur le fonctionnement de la Commission de conscience. Mais dans un bref e-mail adressé au JTA, elle a indiqué que l’affaire Zeevi s’inscrivait dans le cadre d’une « politique de longue date ».

Sagi a également ajouté que la décision rendue dans l’affaire Zeevi n’avait rien de nouveau. Il a expliqué que la Commission traite généralement les affaires de la même manière depuis les 15 ans durant où il a été membre. Il a ajouté que la Commission traite environ une dizaine de cas par an.

Les soldats du Bataillon Bardales s'entraînent à la guérilla urbaine au petit matin, à Nitzanim, dans la région d'Arava au sud d'Israël le 13 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Les soldats du Bataillon Bardales s’entraînent à la guérilla urbaine au petit matin, à Nitzanim, dans la région d’Arava au sud d’Israël le 13 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

En tant que haut-membre de la Commission, Sagi affirme qu’il en est l’un des membres les plus influents. En juillet, il a envoyé une lettre à ses collègues, les exhortant à corriger ce qu’il considérait comme une rare erreur. Le jury avait refusé d’accorder à Omri Baranes, une autre opposante, le statut d’objectrice de conscience, parce qu’elle n’était pas pacifiste, et elle avait fait appel.

« Les règles fondamentales de la Commission stipulent qu’elle manque de connaissances sur la nature de l’objection de conscience », a écrit Sagi.

« L’opposant cherche à protéger son monde et ses valeurs, il n’est pas motivé par un désir de réformer l’ordre politique ou social… Une société morale, et d’autant plus une société libérale fera tout ce qui est en son pouvoir pour protéger l’individu. Elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas qu’un membre de la communauté civile n’ait à confronter son monde et le système morale et social. »

L’appel de Baranes a été un succès, et elle a été libérée en août après 67 jours dans une prison militaire.

Bien qu’il y ait eu des résistants israéliens au moment de la guerre d’Indépendance, en 1948, ils sont de moins en moins nombreux, et ils sont considérés comme des marginaux. Cela ne veut pas dire que les Israéliens ne cherchent pas à fuir de leurs obligations militaires. Des milliers d’Israéliens sont exemptés d’armée chaque année, pour des raisons religieuses, ou à travers la présentation de certificats psychiatriques douteux.

Près de 30 % des Israéliens éligibles au service militaire, c’est-à-dire à l’exclusion des non-juifs et des ultra-orthodoxes, n’ont pas effectué leur service militaire, selon l’armée.

Zeevi, qui vient d’une famille aisée de Jérusalem, a affirmé que la plupart de ses proches soutiennent son refus de servir dans l’armée, mais que ce n’est pas le cas de nombreux Israéliens. Même l’une de ses sœurs pense qu’elle fuit le service.

« Car une de ses amies a péri durant [la guerre de Gaza en 2014 », a déclaré Zeevi. « Elle n’est pas d’accord avec ma position et estime qu’il est de ma responsabilité de servir dans l’armée. »

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