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Les mouvements de contestation dans le monde arabe depuis un an

En 2011, plusieurs pays arabes avaient été secoués par des mouvements qui ont notamment provoqué la chute des présidents Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte

Des manifestants anti-gouvernements incendient des pneus pour bloquer une autoroute qui relie Beyriuth au nord du Liban à Zouk Mosbeh, le 28 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)
Des manifestants anti-gouvernements incendient des pneus pour bloquer une autoroute qui relie Beyriuth au nord du Liban à Zouk Mosbeh, le 28 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

Du Soudan et de l’Algérie, où des mouvements populaires ont écarté des chefs d’Etat au pouvoir depuis des décennies, à l’Irak et au Liban, secoués par des révoltes inédites, rappel des contestations dans le monde arabe depuis près d’un an.

En 2011, plusieurs pays arabes avaient été secoués par des mouvements qui ont notamment provoqué la chute des présidents Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte.

A ce jour, la Tunisie fait figure d’exception en poursuivant sa transition démocratique. Dans d’autres pays, comme en Syrie, au Yémen et en Libye, les révoltes contre les pouvoirs en place ont dégénéré en guerres toujours en cours.

Soudan

Le 19 décembre 2018, des centaines de Soudanais manifestent contre le triplement du prix du pain. Les rassemblements deviennent hebdomadaires et réclament la démission d’Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans.

Le 6 avril 2019, la contestation prend la forme d’un sit-in à Khartoum devant le siège de l’armée.

Le 11, l’armée destitue M. Béchir, remplacé par un Conseil militaire de transition. Mais des milliers de manifestants restent devant le QG de l’armée, rejetant un « coup d’Etat ».

Le président soudanais Omar el-Béchir. (Crédit : ASHRAF SHAZLY / AFP)

Le sit-in est dispersé le 3 juin dans le sang par des hommes armés en tenue militaire.

Mi-août, un accord âprement négocié entre l’armée et la contestation est signé, à la faveur d’une médiation de l’Ethiopie et l’Union africaine.

Le pays se dote d’un Conseil souverain, une instance à majorité civile mais dirigée par un militaire, pour superviser la transition devant durer un peu plus de trois ans et ouvrir la voix à des élections.

La répression de la contestation a fait plus de 250 morts, selon un comité de médecins proche des manifestants.

Algérie

Le 22 février commencent des manifestations massives contre la candidature à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, très affaibli depuis un AVC en 2013.

Le 2 avril, M. Bouteflika démissionne sous la pression de la rue et de l’armée.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le 3 2017 (Crédit : RYAD KRAMDI / AFP)

Mais les manifestants continuent à descendre en masse dans la rue, chaque vendredi principalement, déterminés à se débarrasser de l’ensemble du « système » – l’appareil hérité des 20 ans de présidence Bouteflika -, dont le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, devenu l’homme fort du pays.

Faisant fi du refus du mouvement de la tenue, en l’état, d’une élection, le pouvoir a fixé la présidentielle au 12 décembre, après l’annulation du scrutin de juillet, faute de candidats.

Egypte

Le 20 septembre, plusieurs centaines de personnes manifestent au Caire et dans d’autres villes pour exiger le départ du président, au pouvoir depuis 2014. Un rassemblement est organisé de nuit dans la capitale sur la place Tahrir, haut-lieu de la révolution de 2011 qui avait abouti au renversement d’Hosni Moubarak.

Totalement inattendues sous le régime de M. Sissi, qui mène une répression sans merci contre l’opposition, les manifestations font suite à la diffusion de vidéos d’un homme d’affaires en exil accusant le chef de l’Etat de corruption.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi au Caire, le 28 avril 2017. (Crédit : Andreas Solaro/AFP)

Une semaine plus tard, seules quelques manifestations d’ampleur limitée ont lieu.

Depuis le 20 septembre, près de 3 000 personnes ont été arrêtées.

Irak

Né d’appels lancés sur les réseaux sociaux, un mouvement de contestation sociale débute le 1er octobre. Parti de Bagdad, le mouvement réclamant des emplois pour la jeunesse et le départ des dirigeants « corrompus » gagne la quasi-totalité du sud du pays.

Des tirs contre les cortèges font plus de 150 morts.

Le mouvement s’interrompt, le temps du plus important pèlerinage chiite, avant de repartir le 24 au soir, à la veille du premier anniversaire de l’entrée en fonctions du gouvernement d’Adel Abdel Mahdi.

Le Premier ministre irakien Adel Abdul-Mahdi s’exprime aux médias lors d’une conférence de presse à l’occasion d’une visite à Ankara, en Turquie, le 15 mai 2019.(Burhan Ozbilici/AP)

Elle prend de l’ampleur avec des manifestations monstres à Bagdad et dans le sud du pays. Des piquets de grève paralysent universités, écoles et administrations. Des violences nocturnes ont lieu contre des QG de partis et de milices.

Depuis début octobre, plus de 250 personnes, en majorité des manifestants, ont été tuées dans des violences.

Liban

Le 17 octobre, le gouvernement annonce une taxe sur les appels effectués via les applications de messagerie Internet dans un contexte de grave crise économique. Cette mesure, bien que retirée rapidement, fait exploser la colère des Libanais qui descendent aussitôt dans la rue.

Des dizaines de milliers de Libanais vont se rassembler à Beyrouth, à Tripoli (nord), mais aussi à Tyr (sud) ou encore Baalbeck (est), scandant « le peuple réclame la chute du régime ». Plusieurs axes routiers sont bloqués par des barricades.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri s’adresse à la nation à Beyrouth, au Liban, le 29 octobre 2019. (AP/Hassan Ammar)

Le 29, le Premier ministre Saad Hariri démissionne, avant d’être chargé par le président Michel Aoun d’expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement.

Le lendemain, les barrages routiers sont temporairement levés. Mais le 31 au matin, les manifestants en rétablissent un certain nombre afin d’afficher leur détermination.

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