Les Palestiniens critiquent l’envoyé « américain sioniste » pour la paix
Rechercher

Les Palestiniens critiquent l’envoyé « américain sioniste » pour la paix

En colère face aux efforts américains accusés de vouloir remplacer sa propre gouvernance, l'AP a expliqué que l'action de Jason Greenblatt "n'a aucune chance de réussir"

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

L'envoyé spécial de Trump, Jason Greenblatt, à Ramallah, le 14 mars 2017. (Crédit : Flash90)
L'envoyé spécial de Trump, Jason Greenblatt, à Ramallah, le 14 mars 2017. (Crédit : Flash90)

Une série de déclarations faites par l’envoyé américain pour la paix au Moyen Orient Jason Greenblatt ces derniers jours a suscité l’indignation des Palestiniens, qui le qualifient de « sioniste » ayant épousé les positions israéliennes les plus extrémistes.

L’Autorité palestinienne a indiqué lundi que les efforts de Greenblatt de réaliser la paix entre les Palestiniens et Israël « n’ont aucune chance de réussir ».

Les Palestiniens sont tout particulièrement en colère contre ce qu’ils considèrent comme un effort américain de remplacer les dirigeants actuels de l’AP.

Greenblatt, dans un discours tenu avant la conférence annuelle de l’Institut d’études stratégiques nationales, a déclaré que « les Etats-Unis sont plus que jamais déterminés à parvenir à un accord garantissant un avenir pacifique et prospère pour les Israéliens et les Palestiniens, c’est pourquoi cette administration continue de travailler sur un plan de paix qui puisse amener les deux parties à la table ».

« Il est facile de s’éloigner de la table [des négociations] », a-t-il ajouté, « mais cela n’aide personne et réduit, voire élimine les chances de parvenir à un accord de paix global, ce qui serait terrible pour le peuple palestinien ».

L’envoyé du président américain Donald Trump au Moyen Orient Jason Greenblatt rencontre le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 25 mai 2017. (FLASH90)

Greenblatt a également défendu la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale israélienne, le 6 décembre. « Quand le président Trump a pris sa décision historique de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, il ne réécrivait pas l’histoire, il rétablissait une réalité historique », a-t-il dit.

Greenblatt a également rejeté les accusations palestiniennes affirmant que cette initiative de Trump a été une tentative de déterminer une question relative au statut final. « Le président a été absolument clair sur le fait que les Etats-Unis n’ont pas préjugé sur les questions de statut final, y compris les limites spécifiques de la souveraineté israélienne à Jérusalem ».

Lors d’une réunion à Bruxelles de la commission de liaison ad hoc, un regroupement de 15 pays et entités qui fait office de mécanisme de coordination principal au niveau politique pour l’assistance au développement des Palestiniens, Greenblatt a rejeté les affirmations selon lesquelles l’administration Trump décourageait d’éventuels développements en raison de la menace de Trump de réduire le financement versé aux Palestiniens.

« Les Etats-Unis ont été le plus grand donateur des Palestiniens de l’histoire », a-t-il déclaré. « En tant que tel, personne ne devrait nous parler de notre aide financière ».

Plus tôt, Greenblatt aurait dit aux ambassadeurs de l’Union européenne réunis à Ramat Gan que les implantations ne seraient pas un problème entravant un accord de paix israélo-palestinien.

A Ramallah, le ministère des Affaires étrangères de l’AP a accusé le « sioniste américain » Greenblatt d’épouser les positions des extrémistes en Israël.

De gauche à droite, l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer, l’envoyé au Moyen Orient du président américain Donald Trump, Jason Greenblatt, le conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, la conseillère américaine à la sécurité nationale Dina Powell et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman, à Tel Aviv, le 24 août 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

« Greenblatt ne se préoccupe pas de l’opinion des Palestiniens », a indiqué le ministère. « Ses propos montrent qu’il ne pense pas que les Palestiniens soient partie prenante du processus politique ».

Se référant au plan de paix de l’administration Trump dont les détails doivent encore être annoncés, le ministère de l’AP a clamé qu’il « contourne » les Palestiniens.

« C’est un plan qui a été esquissé par Israël et approuvé par l’administration américaine », a déclaré le ministère. « Nous souhaitons rappeler à Greenblatt que d’autres avant lui ont tenté d’éviter les Palestiniens et qu’ils ont échoué et battu en retraite ».

« Si Greenblatt veut ouvrir des canaux entre Israël et certains pays arabes tout en excluant les Palestiniens, nous soulignons qu’aucun pays de la région n’oserait accepter un tel plan qui abandonnerait la dimension palestinienne ou renoncerait à Jérusalem », a-t-il ajouté. « Pour cette raison, nous pensons que le plan de Greenblatt et de son groupe sioniste sont condamnés à l’échec ».

Le ministère de l’AP a également accusé Greenblatt d’agir comme agent de promotion des positions extrémistes israéliennes. Même certains politiciens et journalistes israéliens commencent à paraître moins radicaux que Greenblatt, a-t-il poursuivi.

Ahmed Majdalani, haut-responsable de l’OLP, a affirmé que six hommes d’affaires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza avaient refusé une invitation de Greenblatt durant sa dernière visite dans la région. Il n’a toutefois pas mentionné leurs noms.

Majdalani a ajouté que la tentative de l’administration Trump visant à chercher de nouveaux leaders pour l’Autorité palestinienne était condamnée à l’échec. Des tentatives similaires à l’initiative d’Israël dans les années 1970 et 1980 avaient également échoué, a-t-il noté.

Le haut responsable de l’OLP Ahmed Majdalani. (Capture d’écran : YouTube)

Jibril Rajoub, un membre éminent du Fatah, a déclaré que ni Greenblatt, ni l’administration américaine n’étaient autorisés à imposer quoi que ce soit aux Palestiniens.

Rajoub a dit que « l’accord du siècle » du gouvernement américain avait pour objectif de « liquider » et de « mettre un terme » à la cause palestinienne.

« Elle [l’administration Trump] ne trouvera pas de pantin palestinien pour atteindre son but », a ajouté Rajoub, affirmant que l’accord ne trouvera jamais de soutien parmi les Palestiniens et les Arabes et qu’il est condamné à échouer.

« Notre volonté est libre et indépendante et personne ne peut la contrôler », a-t-il maintenu. « Nous œuvrerons aux côtés des pays arabes pour déjouer l’accord. Nos efforts se concentreront sur le découragement de toute tentative de créer un accord palestinien pour l’accord du siècle ».

Qais Abd Al-Karim, leader du Front démocratique pour la libération de la Palestine et membre du Conseil législatif palestinien, a également accusé Greenblatt et l’administration américaine de chercher à « liquider » la cause palestinienne.

« Ce dont parle l’envoyé américain, ce n’est pas d’un processus de paix », a dit Abd Al-Karim. « Il s’agit plutôt d’une tentative de liquidation de la question palestinienne et de la destruction de tous les droits nationaux des Palestiniens ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...