Les partisans de Trump utilisent un terme nazi pour désigner les journalistes
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Les partisans de Trump utilisent un terme nazi pour désigner les journalistes

Le terme ‘lügenpresse’, populaire avant la montée de Hitler au pouvoir, est utilisé par les partisans de l'alt-right

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

WASHINGTON – Les journalistes couvrant la campagne du candidat républicain Donald Trump ont pris l’habitude d’être insultés par ses partisans. Mais samedi, une journaliste de BuzzFeed couvrant un de ses rassemblements a remarqué une nouvelle dynamique qui commence à se développer.

« Lügenpresse ! », se sont exclamés certains des partisans du candidat à la présidentielle en se tournant vers la section de presse tout en clamant d’autres chants, que l’on entend plus habituellement lors des événements organisés par Trump, comme « Dites la vérité ! » et « CNN Craint ! », selon un article publié sur le site.

L’expression « lügenpresse » signifie « presse à mensonges » en allemand. Bien que les origines du terme remonteraient au 19e siècle, il est surtout connu pour son utilisation par le parti nazi pour délégitimer les médias et pour réfuter les informations publiées.

C’est un mot « contaminé par les nazis », a analysé la linguiste allemande Nina Janich, pour Reuters l’an dernier, après qu’un panel a déclaré le terme était « le non-mot de l’année » en 2014, notant qu’il était de plus en plus utilisé par la partie anti-islam de la société allemande.

Le meeting de Trump prévu à Cleveland, dans l’Ohio – la plus grande ville que, selon les analystes, Trump doit absolument gagner – a eu lieu alors qu’un récent sondage annonçait que la victoire s’éloignait pour Trump. Il a, cependant, toujours une mince avance dans le Buckeye State comme l’annonce la moyenne de Real Clear Politics qui lui donne une avance de 0,4 point.

La journaliste de BuzzFeed, Rosie Gray, a expliqué qu’elle a été témoin de l’utilisation du terme au cours du week-end. Elle a décrit comment à la fin du rassemblement, un homme portant un chapeau Make America Great Again s’était approché du carré de la presse et a commencé à crier la phrase allemande. Il a ensuite expliqué la signification du terme et son importance à quelqu’un qui se tenait à ses côtés.

https://twitter.com/RosieGray/status/789985264282271744.

Gray a tweeté une vidéo de l’échange. Elle n’a pas réussi à connaître les noms des deux hommes avant que la presse itinérante ne soit escortée hors de la salle.

Le terme « lügenpresse » a également été adopté par le mouvement alt-right [droite alternative], un groupe de nationalistes blancs et néo-nazis qui partage une philosophie extrémiste et est engagé à la préservation de l’influence de la « race blanche ».

Beaucoup de gens associés au mouvement alt-right ont soutenu Trump tout au long de cette élection. Un récent rapport de l’Anti-Defamation League (ADL) a constaté que l’augmentation du harcèlement antisémite des journalistes venait souvent des partisans de Trump.

Richard Spencer, qui dirige l’Institut national de la politique, un institut de reflexion blanc-nationaliste, a précisé à BuzzFeed dans un email que le terme « lügenpresse » a été utilisé dans la sphère de l’alt-right depuis « un an, au moins ».

« Je vois des ‘presse à mensonges’ et ‘lügenpresse’ partout », a-t-il affirmé. « C’est typique de l’alt-right : sérieux… ironique… et avec une référence sournoise pour commencer ».

https://twitter.com/SamizRedDot/status/785369292451770368

https://twitter.com/DieHardJMcClane/status/785338847785656320?ref_src=twsrc%5Etfw

D’autres publications en ligne de l’alt-right, comme Occidental Dissent, utilisent souvent le terme. Il peut également être trouvé comme un hashtag souvent cité sur Twitter.

Breitbart News, un site en ligne populaire pour les cercles de l’alt-right, et une publication qui a contribué à faciliter la montée du Trump, a une fois publié une interview qui faisait l’éloge de ce terme.

Dans une interview avec Lutz Bachman, qui a fondé le mouvement anti-immigration et anti-islamique PEGIDA en Allemagne, l’auteur Raheem Kassaam a déclaré : « cela ne sera pas une surprise pour tout le monde que les médias traditionnels se déchaînent contre un mot qui met en évidence leurs propres manquements intentionnels ».

« Mais le PEGIDA de Bachmann a popularisé le terme au point où il est devenu un pilier – même un cri de ralliement – pour les nationalistes, les mouvements populistes à travers le continent », a-t-il ajouté.

L’ancien président exécutif de Breitbart, Stephen Bannon, a démissionné de ce poste en août pour devenir le directeur de campagne de Trump.

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